Ta relation à l’argent, c’est rarement juste une question de budget. C’est une question de famille, de loyauté et de traumas qu’on traîne sans même le savoir. Fabrice Florent, fondateur du média féminin MadmoiZelle.com (7 millions de visites mensuelles à son apogée), l’a compris à la dure: pendant 7 ans, il a dirigé une boîte florissante sans se verser le moindre salaire. Pas par générosité. Par peur.
Dans cet épisode 127 d’Effrontée, on plonge dans ce que ça veut vraiment dire de travailler sa relation à l’argent: pas des tableaux Excel ni des budgets mensuels, mais aller chercher ce que tes parents t’ont transmis sur l’argent bien avant que tu ne saches lire.
Relation à l’argent: le poids de l’héritage familial
Fabrice a grandi avec un grand-père ouvrier communiste et un père qui répétait une chose: les patrons, c’est tous des salauds. Ils s’en mettent plein les poches et n’en foutent pas une.
Quand il est devenu patron à 28 ans, qu’est-ce qu’il a fait? Il a travaillé comme un damné. Et il ne s’est pas payé pendant 7 ans.
> « Par loyauté envers mon père, je faisais en sorte de me payer le moins possible. J’avais tellement peur de manquer d’argent que je sous-payais tout le monde. Ça me rassurait. »
C’est ça, la relation à l’argent dans sa forme la plus sournoise. C’est pas conscient. C’est pas rationnel. C’est une programmation qui tourne en background depuis ton enfance et qui sabote tes décisions de dirigeant.e sans que tu t’en rendes compte.
Sa femme de l’époque payait toutes les factures. Fabrice revenait la voir chaque année pour lui demander: est-ce que t’as besoin que je me paye? Sinon, j’embauche quelqu’un d’autre et je fais grossir la boîte. Ce deal inconscient lui permettait de ne jamais avoir à se verser un salaire. Et donc, de ne jamais risquer d’être ce « salaud de patron qui s’en met plein les poches ».
Le pire? Il ne s’en rendait pas compte. Quand une directrice commerciale exceptionnelle arrive en 2014 et veut faire exploser les revenus de MadmoiZelle, Fabrice lui met des bâtons dans les roues. Pas par jalousie. Par peur inconsciente. Il lui a envoyé un message des années plus tard pour s’en excuser.
Le déclic pour lui: une coach lui pose une seule question en début de séance. « Qu’est-ce qui se disait sur l’argent chez tes parents? » Il se met à sangloter. Pas quelques larmes. Des sanglots.
Ce n’est pas une question de comptabilité. C’est une question d’identité.
Comprendre sa relation à l’argent: pourquoi c’est plus deep qu’un budget
L’argent, c’est neutre. C’est un moyen de transaction. Ça, la plupart des gens le savent intellectuellement. Mais la façon dont on le vit, ça n’a rien à voir avec l’intellect.
Fabrice cite le travail de Christian Junot: ce qu’on projette sur l’argent vient de beaucoup plus loin que notre propre expérience. Des traumas familiaux, des faillites dans l’arbre généalogique, des croyances qui se transmettent de génération en génération comme un héritage de marde qu’on se passe sans se poser de questions. Une faillite dans l’arbre généalogique il y a 3 générations peut encore influencer ton rapport à l’argent aujourd’hui, parce que le message qui a été transmis en silence c’est: si t’en as trop, on va te le prendre. Donc gagne le moins possible.
Et selon lui, améliorer sa relation à l’argent, ça passe rarement par apprendre à tenir un budget.
> « J’ai des clients qui viennent pour ça: tenir un budget, gérer leur cash. Mais si tu continues à avoir peur de manquer, cette peur-là ne va pas partir malgré le fait que tu aies fait un tableau génial. »
Ce qu’il voit dans son coaching: quand ses clients travaillent sur leur rapport à leurs parents, à leur estime d’eux-mêmes, à leurs blessures profondes, leur relation à l’argent s’améliore. Et souvent, ils arrivent en fin de coaching en disant: « On n’a pas du tout parlé d’argent. » Exactement.
Il y a aussi le sujet du tabou. Fabrice a commencé MadmoiZelle pour briser le tabou sur la sexualité féminine en 2005. Quinze ans plus tard, il réalise que l’argent est encore plus tabou. Pas la mécanique financière, ça, les gens en parlent. Mais la psychologie derrière, les émotions autour de l’argent, les croyances qu’on a héritées sur ce qu’on mérite ou pas, c’est encore largement inexploré. C’est pour ça qu’il a lancé le podcast Histoire d’argent.
Relation à l’argent et leadership: deux faces de la même peur
Pendant 15 ans, Fabrice a dirigé MadmoiZelle avec une peur constante en arrière-plan: que la boîte coule. Il mettait la pression sur ses équipes parce qu’il se la mettait lui-même. Il sabotait sa directrice commerciale quand elle voulait faire exploser les revenus, parce qu’inconsciemment, un patron qui gagne bien, c’était un salaud.
En vendant MadmoiZelle en 2020 et en traversant une période de plusieurs deuils simultanés (son associé décédé brutalement, son divorce après 25 ans de mariage, la fin d’un projet de 15 ans), il a fait un reset complet.
La définition du succès qu’il a aujourd’hui:
> « C’est réussir à m’inventer la vie que j’ai envie de m’inventer avec le plus de liberté possible et le moins de contraintes possibles. »
Ce n’est plus le succès de la visibilité, du volume, de la preuve. C’est le succès de la sérénité. Une relation à l’argent qui ne t’empêche plus de dormir, un leadership qui n’a pas besoin de lever la voix, une vie construite sur ce que TU veux plutôt que sur ce que tu dois prouver.
Relation à l’argent et mort: l’exercice du cercueil
Ce n’est pas un sujet qu’on amène souvent dans une conversation sur les finances, mais Fabrice l’a vécu de plein fouet. Il a fait un stage de 5 jours sur la relation à la mort. Et à un moment du stage, les participants se voient proposer 10 minutes dans un cercueil fermé, pour réfléchir à ce à quoi ils veulent « mourir » et ce qu’ils veulent « renaître ».
> « Je suis sorti de là avec une envie de bouffer la vie, mais énorme. Mon corps a compris. Il y a 3 centimètres entre ton nez et le couvercle. Tu ne peux plus bouger. Et là, le contraire s’active: je veux l’espace, je veux l’expansion, parce qu’éventuellement, il n’y en aura plus. »
Quel rapport avec la relation à l’argent? Quand tu prends conscience que ta fenêtre de temps est limitée, la peur de manquer perd une partie de son grip. Les contraintes qu’on se met, les croyances limitantes héritées, les « je n’ai pas le droit de gagner autant », tout ça prend une perspective différente quand tu réalises que ce temps est fini.
Être précurseur: le prix de l’avance sur son temps
MadmoiZelle était féministe avant que le féminisme soit cool. En 2012, Fabrice publie le premier article national français dédié au harcèlement de rue. Deux ans avant que les grands médias s’y intéressent. Sans être reconnu. Sans être cité.
Ça aurait pu l’amèrber longtemps. Mais il a fait un choix:
> « Je n’ai jamais regardé ce que les concurrents faisaient parce que ça ne m’intéresse pas. Ce qui compte, c’est que nos lectrices le savent. »
Ce take s’applique directement en business: quand tu es précurseur, tu vas être seul pendant longtemps. Pas de pairs qui valident, pas de reconnaissance immédiate. La question c’est: est-ce que t’as besoin de la validation externe pour continuer? Ou est-ce que tu te fies à l’impact réel sur les gens qui te suivent?
Fabrice reçoit encore aujourd’hui des messages de femmes qui disent « MadmoiZelle m’a éduquée et m’a aidée à construire la femme que je suis ». Ça, ça ne s’efface pas.
Pour aller plus loin: 3 questions fréquentes
Comment commencer à travailler sa relation à l’argent?
Par la question la plus simple et la plus inconfortable: qu’est-ce qui se disait sur l’argent dans ta famille? Pas un jugement, juste une observation. Qu’est-ce qui était tabou? Qu’est-ce qu’on t’a transmis sans le dire explicitement? C’est souvent là que ça commence.
Est-ce que travailler sa relation à l’argent garantit de gagner plus?
Pas directement. Mais ça enlève les freins inconscients qui te font sous-vendre, refuser des opportunités ou saboter ta propre croissance. Fabrice a mis 7 ans à se payer parce qu’une croyance héritée le paralysait. Une fois qu’il l’a identifiée, les décisions financières sont devenues plus fluides, plus claires.
Relation à l’argent saine: c’est quoi concrètement?
Pour Fabrice, c’est la tranquillité. Une relation à l’argent où tu peux voir les chiffres sans paniquer, traverser une surprise financière sans disparaître sous ta couette, et profiter de ce que tu te paies sans culpabiliser. Pas la perfection. La sérénité.
Mes prochaines étapes
Si cet épisode t’a donné envie de creuser ta propre relation à l’argent, commence par écouter l’épisode 25 sur les habitudes pour mieux gérer ton argent. Et pour le volet mindset et ambition autour de l’argent, va aussi voir l’épisode 122 sur l’argent et l’ambition avec Nick Pineault.
Pour du contenu uncensored chaque semaine, rejoins mon Speakeasy: genevievegauvin.com/speakeasy.
Show notes
Format: Entrevue Effrontée avec Fabrice Florent Durée: 60 min
Sujets abordés:
- La relation à l’argent comme baromètre de l’évolution personnelle
- Héritage familial et croyances limitantes sur l’argent
- 7 ans sans salaire: comment une loyauté inconsciente envers son père sabotait ses revenus
- Le passage du leadership de performance au leadership tranquille
- Être précurseur trop en avance: le prix et les bénéfices
- La mort comme libérateur: le stage du cercueil et ce qu’il révèle
- Redéfinir le succès: liberté et réduction des contraintes
Liens & ressources:
- Site web de Fabrice: fabflorent.com
- Instagram de Fabrice: @fabflorent
- Podcast Histoires d’Argent: lnk.to/histoiresdargent
- Mon entrevue sur Histoires d’Argent: écouter sur Spotify
- Podcast Histoires de Darons: écouter sur Spotify
- Podcast Histoires de Succès: écouter sur Spotify
- Accompagnement de Fabrice sur la relation à l’argent: fabflorent.com/accompagnement-relation-argent
- Version vidéo sur YouTube: youtu.be/JjWfuLC1kYc
- Speakeasy de Gen: genevievegauvin.com/speakeasy
- Instagram de Gen: @_genevievegauvin
📝 Lire le transcript intégral
T’écoutes effrontée épisode 127. Aujourd’hui, on parle d’une transition de 7 millions de visites mensuelles par mois chez Mademoiselle au Leadership Tranquille avec Fabrice Florent. Si tu ne le connais pas, laisse-moi te le présenter. Fabrice est fondateur du média féminin Mademoiselle.com, qu’il a dirigé entre 2005 et 2020 avant de le revendre et d’en quitter la direction. Depuis, il est producteur de ses podcasts d’interviews sur différents thèmes autour de la paternité, la maternité, la masculinité, du succès et de l’argent. La relation à l’argent l’a tellement passionné qu’il s’est formé dès 2023 pour devenir en 2024 spécialiste de la relation à l’argent et se lancer dans le coaching sur ce sujet si important et pourtant si méconnu. Sur ce, bonne écoute!
C’est pas compliqué. T’es tannée de marcher sur des œufs pour pas froisser ceux qui considèrent que t’es juste trop. Pour toi, la vie, ça n’a pas de limite. Plus de cash, plus de temps, plus de succès, plus d’impact. Peu importe ce que tu veux, il n’y a personne qui va t’arrêter de prendre ta place. C’est sincèrement le temps de t’arrêter de cacher tes ambitions.
Je m’appelle Geneviève Gauvin. Chaque semaine, j’anime Effrontée. Le rendez-vous hebdomadaire pour les entrepreneurs insatiables et fiers de l’aide. Ici, c’est le safe space de celles qui osent questionner les modèles et les limites pour faire les choses en grand. Travailler 5 heures par semaine? Why not? Vouloir être millionnaire? Y’a où le problème? Voyager de temps plein pis travailler de l’étranger? Où est-ce que je signe? En plus de te partager mes conseils et mes stratégies pour faire toujours plus en travail en moins, tu vas aussi découvrir des entrepreneurs dont l’ambition est sans limite. On va explorer les secrets de leur succès, leurs chiffres fascinants, pis discuter en paire pour t’inspirer à toi-même à atteindre les sommets dont toi, tu rêves. Je te donne la permission de vouloir toujours plus. Je te donne la permission d’être 100% effrontée.
Aujourd’hui, je te présente quelqu’un dont la voix t’a probablement déjà accompagnée, que ce soit pour te réconcilier avec ton père en tant que père, avec ton banquier aussi, avec tes propres ambitions ou encore dans l’expérience Ka-Ching en 2024. Fabrice Florent, c’est une des voix les plus marquantes de l’audio francophone. Fondateur du médium Mademoiselle, qu’il a dirigé pendant 15 ans. Il a donné la parole à toute une génération de femmes, bien avant que le mot « safe space » devienne un argument marketing. Il a aussi lancé des dizaines de podcasts, dont « Histoire de darons », « Histoire de succès », « Histoire d’argent », où il pousse les gens à se raconter sans filtre, mais toujours avec bienveillance. Et je parle d’expérience comme je fais partie de ses invités. Aujourd’hui, il se consacre à ce qu’il fait de mieux: écouter, poser les bonnes questions, puis accompagner les autres à faire la paix avec leur relation à l’argent. Fabrice, bienvenue!
Merci pour cette présentation, c’est trop chouette, hein?
Ben, écoute, ça me fait plaisir. Puis c’est pas dans mes habitudes, honnêtement, parce que d’habitude, j’ai les intros qui me sont fournies par les invités, littéralement, que j’ai introduit en début d’épisode. Puis, comme je te disais en off avant, en faisant ma recherche pour cet épisode-là, je te dis, j’étais genre, hé, j’étais inspirée. J’étais comme, ben, il va falloir qu’on le présente. Il va falloir qu’on le présente un peu plus que ça, parce que t’as fait tellement de choses. T’as essayé plein de choses. T’as été un précurseur dans plein de différents types de projets, notamment le podcast. Fait qu’aujourd’hui, j’avais envie de te parler de trois choses qu’on n’aborde pas assez ensemble. C’est ce que devient notre rapport à l’argent quand on fait le vrai travail nécessaire. À quoi est-ce que ça peut ressembler le succès qu’on n’a plus besoin de se prouver? Puis, qu’est-ce que ça fait d’être toujours en avance, parfois trop? Est-ce que t’es prêt pour parler de ça?
Allons-y. Parfait.
Ben, écoute, parlons justement de relations d’argent, parce que c’est le début que je voulais parler. T’as interviewé des centaines de personnes sur leur rapport à l’argent. T’as vécu toi-même une transformation assez majeure. Est-ce qu’on peut dire qu’une relation saine à l’argent, c’est une relation qui est vivante, qui évolue?
Ah ben oui, parce que quoi qu’il arrive, je crois que tant que c’est vivant, c’est pas paralysé. C’est-à-dire que c’est un peu bête à dire, mais pour moi, une relation, comme tu dis, vivante à l’argent, c’est une relation qui n’est pas contrôlée par la peur. Parce que la peur a tendance à paralyser, tu vois. Et pour moi, dès que tu commences à réfléchir à ta relation à l’argent et que tu commences à la remettre en question, en cause, tu commences à la travailler, effectivement, elle devient, comme tu dis, vivante. Et pour moi, déjà, ça veut dire que t’es sur le bon chemin. Donc, bien joué.
Merci. Mais d’ailleurs, peux-tu me parler de ta propre transformation majeure par rapport à l’argent? Parce que ça a évolué à travers le temps. Assez que maintenant, t’en es rendu à aider les autres, à en parler sur ton podcast aussi. Donc, c’est quoi un petit peu le parcours par lequel t’es passé pour en arriver là?
Ben alors, moi, j’ai fondé cette entreprise, comme tu disais, qui s’appelle Mademoiselle, en 2005. Donc, j’avais 28 ans. Je dois faire une parenthèse par rapport à Mademoiselle, OK? Parce qu’en général, quand tu dis, j’ai fondé Mademoiselle, les Français comprennent. Puis je dis, ah oui, c’est vraiment cool. Les Québécois comprennent, fuck out. Fait qu’il a fallu que je cherche. Puis je suis comme, OK, mais c’est quoi cette affaire-là? Puis, oh my God, il y avait combien de millions de visiteurs par année sur ce site-là? C’est énorme. Fin de la parenthèse.
Mais bon, voilà. Il y avait aussi pas mal de lectrices québécoises. Oui, bon, ben écoute. Je faisais peut-être pas partie du lectorat à ce moment-là. Non, non, mais c’est sûr. Mais je sais qu’on avait créé tout un forum et on avait créé tout un pont, justement, entre la France et le Québec. Un pont culturel. On se faisait… Moi, j’étais allé au Québec, justement, et j’avais trouvé qu’il y avait beaucoup de cultures françaises là-bas et que finalement, on avait assez peu de la culture québécoise à l’époque en retour. Donc, je trouvais ça injuste. Alors que, justement, il y a plein de super artistes au Québec. Et à part, entendons-nous, Céline Dion, Garou…
Oui, mais Céline, elle fait partie d’un pays indépendant maintenant.
Oui, c’est ça. Ça reste comme notre joyau national, on s’entend, là. Mais bon, écoute, on a aussi Simple Plan. Savais-tu? À l’époque, il y a les Cowboys Fringants qui étaient arrivés aussi en France. Exactement. J’avais trouvé ça chouette. Je n’ai jamais compris pourquoi les Cowboys Fringants avaient percé en France, d’ailleurs, OK, on s’en va vraiment ailleurs, mais les Cowboys Fringants, c’est tellement extrêmement culture québécoise avec des expressions qui ne font aucun sens pour les Français, mais somehow, ils ont percé en France.
Je fais beaucoup de parenthèses. Non, mais c’est bien. C’est aussi, tu vois, en fait, fondamentalement, ils parlent français, tu vois. Donc, c’est hyper important aussi. En tout cas, bref. Donc, le pont entre le Québec et la France.
Mais donc, ouais, j’ai lancé cette boîte en 2005 qui s’appelle Mademoiselle. Et en fait, je l’ai vendue 15 ans plus tard, dans une période assez compliquée de ma vie, puisque c’était vraiment une grosse remise en question de plein de choses. Je venais de me séparer de mon ex-femme avec qui j’avais été pendant 25 ans auparavant. Et donc, en fait, j’étais en train de vendre cette boîte que j’avais depuis 15 ans. Et en fait, je ne savais pas du tout ce que je voulais faire après. Le seul truc que je savais, c’est que je voulais changer de projet. Je voulais quitter Mademoiselle. C’était trop tard pour moi. Il fallait que je fasse autre chose.
Et en gros, j’ai pris une coach qui allait m’aider, tu vois, à trouver ma voie, à voir un petit peu ce que je voulais faire après. Et je me souviens très bien, parce qu’en plus, elle avait le Covid à l’époque. Donc, c’était en visio. Et elle me demande, au bout de trois minutes, qu’est-ce qui se disait sur l’argent chez tes parents? Et moi, je ne m’attendais pas du tout à ça. Et non seulement, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’elle me pose cette question, mais en lui répondant, je me mets à pleurer. Mais je me mets à pleurer fort. C’est-à-dire que je ne me mets pas juste des larmes. Je me mets à vraiment commencer à sangloter. Ça vient me prendre. Et en fait, j’avais un peu pris par-dessus la jambe qu’en fait, elle, son job, c’était aussi de réfléchir à ma relation à l’argent et comme elle me disait, me transformer économiquement. Je trouvais ça beau comme terme.
Et en fait, en terminant cette session, je raccroche et je me remets à pleurer encore. Et je me dis, c’est compliqué, quoi. Moi, dans ma tête, ça faisait 15 ans que j’avais géré cette boîte. Mademoiselle a toujours été rentable puisque c’était une boîte que j’avais autofinancée, bootstrappée, comme on dit aujourd’hui. Et donc, forcément, pour moi, j’avais une relation saine à l’argent. Sauf que, en fait, en regardant dans le rétro, qu’est-ce que j’ai fait? Pendant 7 ans, je ne me suis pas payé. Je ne me suis pas versé le moindre salaire. J’avais tellement peur.
Tu vivais comment?
Alors, déjà, je vivais. Et tu survivais ou tu vivais? Non, je vivais parce qu’en fait, c’était ma femme, à l’époque, qui payait toutes les factures. Et on avait un deal entre nous qui était un peu clair, qui était « OK, en fait, tous les ans, je revenais la voir et je lui disais : est-ce que tu as besoin que je me paye? Ou alors juste, j’embauche quelqu’un d’autre et je fais grossir la boîte. » Et on avait un peu ce deal. Et je crois que ça nous allait très bien tous les deux. Avec le recul, je crois qu’elle aussi, c’était intéressant pour elle parce que ça lui a donné, l’air de rien, une stature aussi, une posture aussi au sein de notre couple parce que c’était elle qui ramenait l’argent. Et que moi, ça m’allait très bien parce que ça m’empêchait de pouvoir gagner de l’argent.
Pourquoi?
Et ça, j’ai compris après. C’est que toute mon adolescence, moi, je viens d’une famille plutôt à gauche, grand-père ouvrier, communiste. Mon père, pas communiste, mais très à gauche. Et en gros, qui m’a dit pendant toute mon adolescence, les patrons, c’est tous des salauds. Ils n’en foutent pas une et ils s’en mettent plein les poches. Et donc moi, quand je suis devenu patron, qu’est-ce que j’ai fait? Moi, j’ai travaillé comme un damné pour ma santé, tu vois. Et je ne me suis pas payé pendant des années, des années. Et donc ça, c’est à titre perso, mais aussi à titre par rapport à l’écosystème de l’entreprise. Comme j’avais un mal fou à gagner de l’argent, je faisais en sorte de sous-vendre en permanence.
Et donc, en fait, j’avais tellement peur de manquer d’argent. J’avais tellement peur de manquer d’argent qu’en fait, je sous-payais tout le monde. Et ça me rassurait. Plutôt que d’avoir fait venir une directrice commerciale en 2014, qui était géniale, qui voulait faire péter tous les prix vers le haut, qui voulait faire en sorte de faire exploser la boîte et tout. Non seulement, elle y a réussi, mais je lui ai mis tellement de bâtons dans les roues. Je lui ai envoyé un message il y a deux ans parce qu’on a travaillé ensemble pendant trois ans et on s’est très bien entendus. Mais en fait, je ne me rendais pas compte à quel point je lui pourrissais la vie pour faire en sorte qu’elle gagne le moins d’argent possible. Et c’était pas conscient.
Ça, c’est de la projection aussi.
Ouais, c’était pas du tout conscient. Mais je lui ai laissé un message en lui disant, écoute, je suis désolé, vraiment, je me rends compte aujourd’hui à quel point je n’étais pas cool avec toi, en fait. J’ai juste fait en sorte de te pourrir la life alors qu’en fait, elle venait pour travailler pour moi, pour faire grandir la boîte qu’elle adorait aussi et pour travailler pour que finalement, mon patrimoine grossisse aussi, quoi, tu vois. Mais il ne fallait pas avoir trop d’argent. Qu’est-ce que j’aurais fait de tout cet argent? J’aurais été un salaud de patron qui s’en mettait plein les poches. Voilà.
Donc, ce que j’ai découvert après, c’est que, tout simplement, par loyauté envers mon père, et ça, j’aurais bien aimé découvrir plus tôt, en découvrant le travail de Christian Junot notamment, par loyauté envers mon père, en fait, tout simplement, je faisais en sorte de me payer le moins possible, quoi. Donc, je vends ma boîte en 2020 et je me rends compte de tout ça. Et je me rends compte de tout ça et je vais creuser auprès de mes parents. Je vais essayer de comprendre un petit peu ce qui se passe, ce qui se joue pour eux aussi, tu vois. Et je me rends compte à quel point, en fait, j’ai récupéré plein de choses qui, en plus, ne leur appartiennent même pas. C’est-à-dire que ça appartient aussi aux générations précédentes. C’est vraiment… C’est fou, hein.
Qu’est-ce qu’on traîne pendant des générations? Parce qu’on a tendance à dire, effectivement, ah, ça ne m’appartient pas, ça appartient sûrement à mes parents. Mais oui, non plus, ça ne leur appartenait pas. C’est juste comme un leg, un héritage de marde qu’on se passe de famille en famille. Tiens, regarde ça précieusement. C’est là-dessus qu’on a bâti, genre, notre personnalité.
Ouais. Et notre personnalité, c’est exactement ça. C’est-à-dire qu’il y a un moment donné où, je le dis souvent dans le podcast Histoire d’argent, et c’est un truc que Christian Junot explique, il fait ça depuis 15 ans. En gros, il dit, l’argent, c’est un mur, c’est neutre, c’est un moyen de transaction en fait à la base. Et que si on vient lui redonner finalement son rôle, c’est totalement neutre. Et c’est nous, en tant qu’humains, qui venons projeter plein de choses qui n’ont strictement rien à voir avec ce moyen de transaction. Et très souvent, ce qu’on vient projeter, c’est justement des choses qu’on a héritées de nos parents sans même en avoir conscience. Et quand je parle d’hérité, ce n’est pas de l’argent, parfois c’est de l’argent, mais là pour le coup, moi ça n’en était pas. Ça peut être des traumas, ça peut être des souvenirs, ça peut être des traumas familiaux dans le sens où il peut y avoir eu, tu vois, à un moment donné dans ton arbre généalogique, une faillite, un vol, un truc vraiment traumatique qui a fini par traumatiser tous les gens, si bien que si tu as de l’argent, on va te le voler. Donc il vaut mieux en gagner le moins possible.
Bref, ce sujet m’a tellement passionné quand j’ai commencé à creuser le mien que je me suis dit mais il faut qu’on en parle en fait. Et donc j’ai commencé à faire ce podcast qui s’appelle l’histoire d’argent. Je me suis rendu compte à quel point on avait tous, toutes et tous des relations complètement fuckées à l’argent et que ça valait la peine d’en parler quoi. Parce que surtout pour moi, le vrai truc, c’est que c’est tellement tabou. Pour moi, c’était encore plus tabou que le sexe. C’est-à-dire que quand j’ai commencé Mademoiselle, très tôt, on a commencé à parler de sexualité. Et pour moi, il y avait un tel tabou en 2005 par rapport au sexe que Mademoiselle, je trouve, a grandement contribué à faire connaître, à créer du discours, à créer des discussions entre les jeunes femmes qui lisaient Mademoiselle, que ça permet de faire dégonfler un petit peu la tension qui peut y avoir autour du sujet. Et bien, typiquement, sur l’argent, je me suis rendu compte qu’on n’était pas du tout bien barré, quoi.
Même chose au Québec, honnêtement. Il y a aussi, j’ai écouté une série récemment qui a été produite au Québec, puis ils ont cinq ou six femmes qui font énormément d’argent, que ce soit parce que c’est eux qui le gagnent, parce qu’ils sont entrepreneurs, et ainsi de suite. Et il y a une de ces Québécoises-là qui est Sonia Zarbatany, qui a déjà été sur le podcast Effrontée il y a un moment. Et Sonia a été invitée à une émission qui s’appelle Tout le monde en parle au Québec, qui est comme l’espèce de finale du dimanche. Puis pour parler de ce show-là qui venait juste d’être lancé, puis c’était tellement une espèce de dissection sur est-ce que c’est correct les femmes qui montrent de l’argent, est-ce que c’est systématiquement superficiel, on est encore là, on est encore là, puis elle a extrêmement bien défendu son point, puis l’ambition, puis l’argent au final, tu sais, je veux dire, c’est correct de parler d’argent, puis c’est correct de le montrer aussi, puis après ça, de déconstruire toutes ces choses-là, on est encore là, tu sais.
Est-ce que ça t’arrive encore d’avoir des tensions financières, est-ce que tu considères que ta relation à l’argent, elle est parfaite maintenant, elle est guérie?
Elle n’est pas parfaite, elle n’est pas guérie, mais elle va beaucoup mieux, tu vois. Typiquement, là, je suis en train de déménager, il y a ma fille qui va prendre son appart, ça va engendrer des frais, etc. Je vois bien que ça crée encore chez moi des tensions, mais c’est des tensions qui sont divisées par mille par rapport à avant, quoi. Tu vois, là où avant, ça aurait été dans ma tête pendant des plombes et des plombes, là, j’y pensais hier matin dans ma douche, je me suis dit, ok, juste, tu le vois venir, tu vois. Aujourd’hui, c’est vraiment de voir les émotions que ça me crée, de réussir à les reconnaître, de réussir à les regarder, à leur faire un petit câlin s’il faut, tu vois, et en fait, de me dire à partir de là, ok, c’est quoi le plan d’action? C’est-à-dire qu’à un moment donné, plutôt que de juste rester dans le mental en permanence et d’entretenir la peur et de continuer à avoir peur, de me dire, ok, donc après, une fois que tu l’as vue, une fois que tu l’as reconnue, cette peur, une fois que tu l’as acquiescée, que tu l’as accueillie, c’est quoi la suite, quoi?
Et alors qu’avant, j’ai des clients, tu disais tout à l’heure que je faisais du coaching, donc ouais, je fais du coaching et j’ai des clients qui ont de l’argent, tu vois, qui arrivent à se payer un coaching, mon coaching, il est assez cher et en fait, ça leur prend la tête en permanence. Tu vois, typiquement, j’ai un appartement à Paris qui me coûte 2000 euros par mois, en fait, c’était horrible parce que pendant tout un temps, je culpabilisais tellement de payer cet appartement si cher qu’en fait, tous les mois, à partir du moment où ça allait revenir, je me disais, putain, ça y est, je vais encore repayer 2000 euros par mois pour cet appartement et puis un jour, j’ai compris que, en fait, j’adore vivre dans cet appartement, j’adore vivre dans cet appartement, je travaille dans cet appartement, il y a des gens qui viennent pour mes interviews dans cet appartement et qui me disent, putain, il est trop chouette cet appartement, c’est trop chouette ce quartier, je dis, eh oui. Et donc en fait, j’ai switché et depuis, je suis là, en fait, c’est une partie de ce que j’estime être ma vie riche, tu vois, certes, c’est cher et je vous entends bien que c’est cher mais j’ai arrêté de me pourrir la vie avec ça.
Et je crois que c’est ça le vrai problème de la, quand on a des soucis de relation à l’argent, c’est que c’est en permanence là parce qu’en fait, l’argent est tout le temps dans nos vies, en permanence. Ça fait quatre ans que je réfléchis à est-ce qu’il y a un truc qui régit plus nos vies que l’argent en dehors de la communication. J’ai pas trouvé.
C’est quand même vrai, je veux dire, dans n’importe où, juste où est-ce que tu es physiquement en ce moment est dicté par le niveau d’argent. Oui, t’es né quelque part, tu le contrôles pas, mais à partir de ce moment, la suite, tu sais, t’as parlé, c’est cher à Paris, moi je suis comme, ben, oui, c’est vrai, c’est en euros. Mais tu sais, je sais qu’à Montréal, ça coûte plus cher que vivre en banlieue, tu sais, je le sais, mais en même temps, c’est un choix de vie. Donc de le framer différemment puis de dire ta vie, c’est aussi une espèce de changement de perspective qui t’aide à apprécier qu’est-ce que ton argent t’amène au lieu de dire ah non, ça sort de mon compte puis c’est terminé puis je le reverrai plus aussi, tu sais.
Il part.
Oui, il part, il reviendra jamais. Mais, est-ce que la relation à l’argent, selon toi, est un baromètre de notre évolution personnelle?
Alors là, tu touches à un sujet intéressant. Ça va faire 150 épisodes que j’interview des gens, donc 150 relations à l’argent différentes, donc je me suis formé, je coache des gens aujourd’hui, etc. C’est intéressant parce que, comme je l’ai dit plus tôt, comme on vient projeter des choses dessus et des émotions et des traumas et des souvenirs, en fait, plus on a réglé ces soucis-là en nous, plus on a fait en sorte de les rendre plus sereins en nous, moins on va venir le projeter sur l’argent. Et donc, très régulièrement, j’ai des clients à la fin du coaching qui me disent mais on n’a pas du tout parlé d’argent.
Je suis là, ouais. Et pourtant, ta relation à l’argent, comment ça va?
Ben, ça va beaucoup mieux. OK? Parce qu’en fait, on a travaillé sur leur rapport à eux, sur leur rapport à leurs parents, sur leur rapport à leur conjoint, sur leur rapport à leur propre estime d’eux-mêmes et on n’a quasiment pas parlé d’argent. Sauf, j’ai parfois des clients qui viennent me dire OK, j’ai du mal à tenir un budget, etc. OK, on peut travailler sur de la technique mais en fait, ce n’est pas ça le vrai truc. C’est qu’en fait, si tu apprends à devenir un magnifique gestionnaire d’argent, si tu arrives à gérer un budget au cordeau, en fait, si tu continues à avoir peur de manquer, cette peur-là ne va pas partir malgré le fait que tu aies fait un tableau génial, quoi, tu vois.
Mais ça reste le mot relation. La relation à l’argent. Tu sais, je veux dire, c’est tellement plus deep qu’essayer de comprendre un système puis un processus puis le cash flow puis où est-ce qu’il s’en va puis la comptabilité et ainsi de suite. Ça reste quelque chose qui est émotionnel. Tout l’aspect technique est très important parce qu’il faut aussi l’avoir, tu vois. Il faut aussi avoir cet aspect de tableau, etc. Il ne faut pas avoir peur de regarder les chiffres, etc. Mais effectivement, avant tout, pour moi, c’est émotionnel et le problème, c’est que c’est émotionnel et en fait, derrière ces émotions, il y a souvent un rapport à notre éducation, un rapport à nos parents, un rapport à des sujets qui sont beaucoup plus deep que ce que tu pourrais t’imaginer au premier abord, quoi.
Ça ressemble à quoi en fait, c’est quoi ta définition d’une bonne relation à l’argent aujourd’hui?
Pour moi, c’est une relation où tu es dans la tranquillité avec. C’est-à-dire que de la même façon que si tu es dans un couple et que tu as la sensation d’une bonne relation de couple, c’est quoi? C’est une relation où tu es capable de venir tout te dire, où tu es capable d’être entendu, où tu es capable de venir dire les choses sans avoir peur, en te sentant bien à l’aise là où tu es. En fait, c’est exactement pareil pour moi dans ta relation à l’argent. C’est-à-dire, OK, parfois, il peut y avoir des frictions et il peut y avoir des choses qui vont faire que tu vas avoir besoin de te mettre d’accord. Il peut y avoir éventuellement des disputes, des choses pour remettre au cordeau. Mais en attendant, tu es tellement serein dans cette relation-là que tu n’as pas du tout envie de la quitter.
Et donc, pour moi, il y a un vrai truc où ça devient fluide. Tu vois, il y a quelques mois, il y a mon comptable qui a fait une merde et je l’avais en tête. Mais sur le moment, je me suis dit, OK, c’est son job, c’est lui qui va se démerder, je n’ai pas envie de m’en occuper. Et puis un jour, il m’envoie un mail en me disant, oh là là, j’ai merdé et tout machin, il faut sortir genre 25 000 euros pour les impôts, quoi. Beaucoup d’argent. Beaucoup d’argent que je n’avais pas. Et je me suis vu paniqué mais l’espace de 30 secondes. Et tu vois, le temps de l’émotion arrive. OK, donc là, tu es en train d’avoir peur. Avant, j’aurais couru comme un poulet sans tête. Je serais sans doute allé faire une sieste parce qu’en fait, je n’avais pas envie de voir la situation. Là où aujourd’hui, j’ai vu, OK, donc c’est quoi techniquement, j’ai des factures qui doivent rentrer, etc., comment je peux faire, est-ce qu’il y a des échelonnements possibles. Et en fait, ça s’est réglé sans aucun problème. Dix minutes plus tard. Mais avant ça, j’ai encore eu besoin de paniquer comme, oh putain, mais merde, d’où ça sort?
Finalement, qu’est-ce qui s’est réglé rapidement, ta situation financière du 25 000 ou ta réaction émotionnelle?
En fait, il y avait les deux. C’est-à-dire que je me suis rendu compte aussi que sur un autre compte, j’avais de l’argent que j’avais complètement oublié, que j’avais mis de côté au cas où. Voilà. Donc ça aussi, c’est un truc avant qui n’existait pas dans ma vie et tant mieux. Mais c’est aussi l’aspect émotionnel. C’est-à-dire que je crois qu’avant, ça m’aurait pris la tête pendant une semaine. Et comme je te dis, j’aurais eu plutôt tendance à mettre la tête sous le seau, à faire en sorte que ça n’existe pas ou alors à le déléguer à quelqu’un et à ne pas m’en mêler. Là où je vois vraiment à quel point c’est devenu hyper centré. C’est tranquille.
Je trouve ça intéressant parce qu’il y a toute une discussion autour de la maturité émotionnelle. Les gens qui ont plus de maturité émotionnelle, souvent, ils vont moins réagir rapidement. Ils vont se laisser un espace, un padding entre la situation actuelle puis quelle action ils vont prendre. Ils ne vont pas tout de suite être dans la réaction. Puis les gens qui sont très dans la réaction sont très manipulables aussi dans le sens où comme tu peux tout le temps leur faire croire quoi que ce soit parce qu’ils vont réagir à n’importe quoi. Donc, quand tu es capable de mieux contrôler cette réaction-là, je pense que non seulement tu es moins manipulable, mais ça montre aussi ce processus-là. Je te parle de relations avec les autres personnes, mais c’est la même chose avec ton argent aussi. Quand tu es capable de faire le step back entre, OK, il y a une grosse dépense qui vient de se pointer, que je n’avais pas prévu, qu’est-ce que je vais faire? Puis de tomber un peu plus, de vivre tes émotions de surprise, de colère à la limite, peu importe ce que c’est, mais de prendre ton step back puis de dire qu’est-ce que je vais faire maintenant, c’est quoi la solution? Je veux dire, au final, quand tu vois ça comme un outil puis que ce n’est pas la fin du monde, je pense que c’est là où tu as plus de maturité dans ta relation avec l’argent.
Oui, je comprends ce que tu veux dire, mais tu vois, je crois que ce que j’analyse aussi, c’est que je viens d’une famille où l’argent a manqué, où ce n’était pas forcément très simple, tu vois, et en fait, j’entends maintenant, tu vois, notamment, j’ai une cliente qui m’a dit, tu sais, pour moi, l’argent, la richesse, c’est comme si je n’y avais pas droit, c’est comme si ce n’était pas dans mon ADN, tu sais, c’est comme si je n’avais pas les codes. Et c’est aussi un truc, je crois, qui m’a beaucoup touché quand elle m’a dit ça parce que je me suis vu comme ça, c’est-à-dire que pour moi, j’étais exactement dans la même situation il y a encore quelques années, c’était, en fait, ce n’est pas pour moi, je n’y ai pas droit, je ne peux pas y toucher.
Et quand c’est à ce point-là engrammé, tu vois, dans tes gènes, parce que pour moi, c’est limite, ça vient de tellement loin par rapport à des gens qui peuvent avoir eu des situations, il faut, on a démontré en plus, je crois que les traumas créent des changements au niveau génétique. Et donc tu finis par récupérer les traumas qui viennent parfois de plusieurs générations. Bah, typiquement, ce n’est pas aussi simple que, ok, bon, donc maintenant, il faut réussir à avoir une relation tranquille, etc. C’est comme quand on dit arrête de stresser, quoi, tu vois, c’est très chiant.
Oui, ça fonctionne toujours, ça. Calme-toi. Merci.
Mais arrête de stresser. Mais en fait, voilà, le sujet, il est tellement plus profond et plus deep que ça.
Ben, ben, ouais, tu croyais juste qu’on parlerait d’argent, quoi. Et non, pas du tout, on va parler de ta mère.
Mais écoute, j’aimerais qu’on switch un petit peu et qu’on parle un peu plus de ton parcours à toi parce que là, on parle de tranquille, on a les mots tranquillité, on a les mots maturité aussi puis pour moi, le mot leadership tranquille te rejoint beaucoup. On l’a mentionné, tu as déjà été à la tête d’un média qui était super populaire avec toute la pression, la visibilité, les responsabilités que ça implique aussi, mine de rien. Aujourd’hui, tu n’as pas besoin d’un organigramme, ni d’une validation massive, j’imagine, pour continuer d’avoir de l’impact. Est-ce que c’est ça, selon toi, le leadership plus mature?
Voilà. Alors, je crois qu’il faut vraiment prendre conscience qu’il y a encore cinq ans, je n’étais pas du tout le même bonhomme.
Qu’est-ce qui s’est passé?
Écoute, un truc incroyable qu’on appelle la thérapie. On n’a plus besoin de faire lire le podcast. La thérapie, guys. La thérapie de l’argent. La thérapie, la quarantaine. Effectivement, le fait d’avoir vendu cette boîte, quinze ans plus tard, après l’avoir montée, d’avoir la sensation peut-être d’avoir coché une case dans ma vie. La vente ou l’atteinte du succès avec Mademoiselle?
Non, en fait, la vente, la possibilité de l’avoir vendue, d’en être parti et pas l’argent qui en découle, c’est juste l’idée de l’avoir léguée, tu vois, de l’avoir donnée et qu’en fait, la boîte continue à exister alors que j’y suis plus. Ça a été un vrai, comment dire, ça a été une espèce de reset.
Tu sais, c’est un peu comme je suis passé au collège, j’étais au collège et en fait, c’était pas cool pour moi le collège à l’époque, j’étais avec des copains qui me harcelaient, etc. Je suis passé au lycée et en fait, tous mes copains n’étaient plus dans mon lycée. Ça m’a permis de pouvoir reprendre tout à zéro, de pouvoir me dire OK, toutes mes casseroles du collège, là, je les dégage, tu vois. Ça a été exactement pareil pour moi, c’est-à-dire, OK, donc je venais de divorcer, on n’en a pas parlé mais un an avant ça, il y a mon associé qui est décédé très brutalement, tu vois, qui avait 15 ans de plus que moi, qui était un peu ma figure paternelle, qui m’a appris plein de choses dans la vie, qui m’a propulsé dans la vie que j’ai rencontré quand j’avais 20 ans et qui est mort comme ça en l’espace de 10 minutes. Ça remet les choses à plat, tu vois, ça remet vraiment le truc de OK, donc la vie est courte, qu’est-ce que tu décides de faire de ta vie?
En tout cas, c’est vraiment la question que je me suis posée et de me dire, OK, donc maintenant, tu veux aller… C’était bien, là, toute cette période où tu as eu plein de salariés, tu as eu plein de gens, ta boîte, elle a eu du succès. Maintenant, de quoi tu as envie? J’ai envie d’un truc plus tranquille, j’ai envie d’un truc avec effectivement moins de gens dans mon équipe, j’ai envie d’un truc qui soit centré autour de moi plutôt que je me sacrifie sur le projet. J’ai envie de gagner de l’argent de façon très sereine, j’ai envie d’explorer plein de choses que je n’ai pas pu explorer pendant ces 15 ans-là ou ces 20 ans-là. En plus, je venais de divorcer, donc j’ai aussi découvert l’amour à plus de 40 balais.
Tu es là, OK, qu’est-ce qu’il se passe? Honnêtement, si justement, ça fait plus de 15 ans que j’étais avec mon chum, puis si j’étais pour commencer à dater aujourd’hui, je me sentirais genre désemparée. Je serais genre sur une application, genre je ne sais pas comment tu as fait, chapeau.
Écoute, on s’est mis avec ma femme en 95, donc autant dire que tu vois, non seulement il n’y a pas d’application, mais il n’y a pas d’internet ou tout juste. Fair enough.
Donc, tu vois, d’aller aussi explorer, d’avoir du temps aussi pour moi, pour explorer justement plein de choses que je n’avais pas eu le temps d’explorer auparavant. Et en fait, tout ça m’a amené aussi à travailler énormément sur moi, parce que, en fait, c’était tellement de deuil, en dehors du deuil de mon ami, de la mort de mon ami, ça a été le deuil de plein de choses, le deuil de ma vie maritale, le deuil de ma vie entrepreneuriale. Je n’avais pas d’autre choix, en fait, que d’aller travailler sur moi et d’aller bosser. Et en fait, comme je suis plutôt du genre curieux, j’y suis allé à fond. J’y suis allé, j’ai plongé, quoi. Et ma fille, elle a sa psy depuis qu’elle a 8 ans. Je vois à quel point sa vie à 19 ans n’a strictement rien à voir avec celle que j’avais à 18-19 ans. Elle est tellement plus alignée par rapport à ce qu’elle veut. Ça ne l’empêche pas de galérer, d’avoir peur, etc. Mais c’est tellement plus serein.
C’est quoi ta réflexion de succès aujourd’hui?
Je crois que ma définition du succès est très simple. C’est de réussir à m’inventer la vie que j’ai envie de m’inventer avec le plus de liberté possible et le moins de contraintes possibles.
J’aime la partie des contraintes. Parce qu’on parle souvent de la partie de la liberté, mais c’est tellement vague. Puis ça peut dire n’importe quoi pour n’importe qui. Pour certaines personnes, c’est vraiment une liberté physique. Genre, ils veulent vraiment aller voyager. Ce que j’ai fait, check. Mais une fois que t’as ça, après ça, c’est les heures. Mais une fois que tu contrôles tes heures aussi, c’est quoi ta liberté? Mais les contraintes, je trouve ça intéressant. C’est quoi les contraintes maintenant que tu veux plus avoir?
Ben, j’en ai plus beaucoup. Franchement, tu vois, là, typiquement, je te disais que je suis en train de déménager. En fait, j’ai plus envie de vivre à Paris, donc je vais quitter Paris. Je vais aller vivre au bord de l’océan. Mon bel appart, l’océan. OK, fair enough. Ça va être incroyable. Et tu vois, typiquement, auparavant, j’avais un mal fou à envisager de faire des interviews en visio. Mais j’ai fait pas mal d’interviews là, ces derniers six mois, en visio, avec des gens à l’étranger, etc., et je me suis vu, en fait, me dire, mais non, t’arrives à faire des interviews excellentes, quoi. Donc, tu vois, je m’étais mis une contrainte dans la tête qui venait sans doute aussi valider le fait que je vivais à Paris et pas à l’endroit où je voulais vivre près de l’océan. Et en fait, en explorant un petit peu cette contrainte-là et en me disant, OK, comment tu pourrais faire autrement, j’ai vu qu’en fait, je n’en avais plus besoin, quoi.
Il y a des affaires, encore des affaires qu’on traîne, des idées qu’on se fait. Tu sais, moi, au contraire, j’ai commencé via visio parce que je n’avais pas d’autre choix dans le sens où prendre l’avion, ça coûte des petits sous quand même. Puis c’est sûr qu’il y a plein de monde super intéressant au Québec aussi, mais si je ne voulais pas me limiter, je n’avais pas vraiment le choix. Puis après ça, c’est même presque de rester encastré dans ce modèle-là au contraire. Je ne sais pas. Mais écoute, je vais passer à ma dernière section de cette entrevue-là parce que je pense que c’est un sujet qui t’intéresse aussi. Le coup d’être trop en avance. Tu as fait des projets qui étaient souvent en avance sur ton temps, que ce soit en lançant un média qui était assez féministe aussi en 2005, en donnant la parole au père, bien avant que ça soit vraiment trendy aussi, en parlant d’argent dans un podcast qui était assez intime. Est-ce que tu as vu ces intuitions-là finir par être reconnues par le public, par tes pairs, ou est-ce que le fait d’avoir été trop tôt, des fois, ça t’a freiné ou ça t’a même découragé?
C’est une question métaphysique, quoi.
Non, mais… Comment dire? Je t’avoue que je n’ai jamais regardé ce que les concurrents faisaient parce que ça ne m’intéresse pas. Ce qui m’intéresse, c’est de faire le truc que j’ai envie de faire et c’est tout. Je crois que parmi les pairs, il n’y a pas grand monde qui est prêt à reconnaître effectivement que Mademoiselle a été précurseur par plein d’aspects. Et en gros, vraiment, en 2012, être féministe, ce n’était pas facile. Ce n’était pas cool. Ce n’était pas trendy. On a fait notre premier article sur le harcèlement de rue en 2012 sur Mademoiselle, bien avant que tout le monde en parle. Et d’ailleurs, mon directeur commercial à l’époque, il avait été chercher le premier article national dédié au harcèlement de rue. C’était en 2014. Donc, deux ans avant. Et nous, entre-temps, on avait fait plein d’articles sur le sujet. Et en fait, à l’époque, quand on sort cet article, on a vraiment la moitié de nos lectrices qui nous disent merci, merci de dire tout haut ce que je suis en train de vivre tout bas, etc. Et l’autre moitié qui vient nous insulter en nous disant ça va, vous nous cassez un peu les ovaires, arrêtez d’en faire de trop, quoi. Et je comprends en plus, tu vois, parce que c’est un sujet tout nouveau, avant de prendre conscience que, en fait, c’est pénible et c’est compliqué.
Il y a aussi, j’imagine, qu’il doit y avoir une partie de toi qui a surtout pas envie de voir ce truc-là et qui préfère le voir comme un compliment plutôt comme une mini-agression à chaque fois, quoi.
Je peux comprendre. Mais ouais, d’une manière générale, les pairs ont… Il n’y a pas beaucoup de pairs qui ont reconnu, comme tu dis, le fait d’être en avance. Et je t’avoue que j’ai décidé un peu de m’en foutre, tu vois. C’est-à-dire qu’à un moment donné, il y avait un vrai truc d’ego derrière tout ça qui était… OK, en fait, mademoiselle était féministe avant que ce soit cool, quoi. Mais je crois que le truc derrière tout ça, c’est que c’était surtout mon ego qui voulait qu’on reconnaisse qu’en fait, mademoiselle était féministe avant que ce soit cool. Donc, merci pour mon ego parce que ça me fait plaisir que tu le reconnaisses. Mais en fait, pour moi, le seul truc qui comptait… Et tu vois, c’est marrant parce que c’est vraiment des discussions qu’on avait eues à l’époque avec les journalistes de l’équipe qui me disaient qu’on n’était pas assez cités, on n’était pas assez reconnus d’une manière générale dans les autres médias alors qu’en fait, on débusquait parfois des trucs, on faisait des enquêtes, etc. Et on était assez peu repris. Et moi, je leur disais, mais en fait, je suis désolé, mais moi, je m’en fous. C’est-à-dire que pour moi, tout ce qui compte, c’est que nos lectrices le savent et que nos lectrices savent qu’en fait, nous, on est là et qu’on est là depuis longtemps et que je reçois encore aujourd’hui, alors que ça fait 5 ans que j’ai vendu, des messages de femmes qui disent « J’ai découvert Mademoiselle quand j’étais au lycée. Merci beaucoup parce que ça m’a permis de construire la femme que je suis aujourd’hui. J’ai appris plein de choses et ça m’a vraiment éduquée. » Moi, il n’y a que ça qui compte, quoi, tu vois.
Je trouve ça super intéressant parce que, tu sais, quand tu es précurseur dans un quelconque sujet, dans une quelconque niche, tu vas être tout seul pendant longtemps. Genre, tu vas être tout seul que ce soit à travers tes pairs, mais que ce soit les gens qui te comprennent. Même émotionnellement, c’est difficile des fois de défricher finalement le chemin. Puis j’aime que tu parles de la partie d’ego parce que ça me rappelle, tu sais, quand j’ai commencé en business, moi, j’étais partenaire avec mon chum puis mon chum qui parlait de l’alimentation, de santé, santé alternative, ce genre de truc-là. Puis c’est un running gag encore aujourd’hui. On était en 2012, 2013, peu importe, puis il parlait que la qualité des huiles d’olive n’était pas bonne, puis que, ici, il fallait vraiment faire attention parce que c’était trashy. Puis ça a pris, puis ça l’a fâché pendant longtemps que cinq ans, sept ans plus tard, là, les gens commencent à en parler comme si c’est neuf. Et tu sais, quand je t’écoute parler, je suis comme, oui, mais pour les gens qui t’écoutaient en 2012, tu leur amenais tellement de valeur, puis peut-être que c’était un public qui était plus restreint à ce moment-là parce que, oui, t’étais tout seul, puis oui, peut-être que les gens te citaient pas et ainsi de suite, mais à ces gens-là, tu leur amenais énormément de choses. Donc de reframer un petit peu cet aspect-là, je pense que ça peut aider.
Tu prends une décision éditoriale, tu prends une décision de format qui est contre un petit peu ce qui est mainstream. Il y a une partie de courage là-dedans, genre, ben, je vais essayer, je ne sais pas qu’est-ce que ça va donner en termes de lectorat, en termes de réponses. Comment tu as-tu vu ça?
Le sujet, une fois que le sujet est là, je ne peux pas faire autrement que d’en parler. C’est-à-dire que tu vois, le podcast sur la paternité en 2017, en vrai, ça fait déjà deux ans que j’y pense. C’est juste que je n’avais pas pris le temps jusque-là. Et à ce moment-là, je suis là, en fait, j’ai envie de le faire pour moi avant tout. Et tu vois, typiquement, histoire d’argent, je l’ai fait pour moi. Là, je suis en train de réfléchir à faire un podcast sur la mort pour parler du rapport.
Oh my! Dis-moi que ce n’est pas ton dernier podcast.
Non, mais je trouvais quand même intéressant que tu parles de ça parce que tantôt, je voulais te poser une question puis la conversation n’est pas allée là-dedans. Est-ce que tu crois que les leaders puis les gens extraordinaires de ce monde ont une relation avec la mort qui est différente des autres?
Je ne les ai pas tous interviewés. Pas encore. Je n’ai pas interviewé l’autre best-in. Hypothèse. Je ne sais pas quelle est sa relation à la mort. Mais je pose la question parce que tu as mentionné toi-même. Quand ton mentor est décédé, il y a eu une espèce de réflexion change. Et c’est quelque chose qu’on voit souvent. Tu as comme un membre de la famille qui décède d’un cancer puis là, ça te fait penser à ta propre mortalité puis à partir de ce moment-là, il y a comme des contraintes, des affaires dans ta tête qui s’enlèvent. Est-ce que cette relation, perception de la mort, de ta propre mortalité est… Peut-être que tu n’as pas encore la réponse justement, mais je pense que ça va aller dans tes épisodes de podcast.
Are you ready?
Mon Dieu, je ne sais pas si je vais trouver la réponse. En gros, j’ai fait un stage de cinq jours sur la relation à la mort et on n’a pas le droit du tout de parler de ce qui se passe dans ce stage parce qu’il y a un côté un peu confidentiel que je peux comprendre. En revanche, il nous propose, il nous donne la possibilité de pouvoir parler d’un seul exercice qu’on a fait. Tu veux que je te raconte ou pas?
Oui, oui, oui, oui.
En gros, ça se passe dans une grande maison où il y a une sorte de grande pièce dans laquelle tous les jours on travaille, on réfléchit, on fait des exercices, etc. Et en gros, il nous demande à la fin de journée de ne pas aller dans cette salle-là parce que le soir, on va faire un rituel. OK, très bien. On se pointe le soir, ils ouvrent le rideau, la pièce est plongée dans le noir avec plein de bougies partout et au milieu de la pièce, trois cercueils. Trois vrais cercueils qui sentent le pin, tu sais.
Oui. Je comprends que c’est l’arbre.
Je comprends que c’est la France. C’est pas la baguette.
Et en gros, ils nous ont proposé de, si on le souhaitait, bien sûr, on n’est jamais obligé, d’aller passer dix minutes dans le cercueil et d’aller passer dix minutes dans le cercueil fermé.
Oui, j’imagine. Écoute, expérience life-changing, comme ils disent. Expérience transformatrice. À ça. Moi, ma première pensée, c’est genre, je suis claustrophobe. Mais j’imagine, il faut que ce sont comme des exercices de réflexion. Je ne peux pas croire que c’est juste à ce que je suis correct couché dans un cercueil.
En fait, c’était génial parce qu’ils nous demandent à quoi vous voulez mourir en rentrant dans le cercueil et qu’est-ce que vous voudrez faire renaître en en sortant.
Je suis sorti de là avec une envie de bouffer la vie, mais énorme.
Ah, OK. Je pensais que tu avais arrêté à bouffer. Ça aurait pu. Peut-être. Ça aurait été curieux comme réaction, mais pourquoi?
Qu’est-ce qui a changé en l’intérieur de ce cercueil?
C’est incroyable parce que, tu vois, de se retrouver dans cette caisse, j’ai compris, je ne sais pas si c’est une expression qui existe au Québec, finir entre quatre planches. Ça veut dire finir dans un cercueil, tu vois?
Je comprends la boîte.
Eh bien, en fait, je me suis rendu compte à quel point c’était vraiment dans les cellules, c’est-à-dire que je ne l’ai pas compris, c’est dans mon corps. Maintenant, mon corps l’a compris, l’a pigé. À quel point il n’y avait pas de place? À quel point tu finis et en fait, tu ne peux plus bouger? Et je suis sorti de là, mais vraiment, il y a vraiment trois centimètres entre ton nez et la porte, enfin, et au niveau de tes jambes, tu ne peux pas bouger, tu es juste enfermé, quoi. Normal, tu es enfermé, tu es dans un cercueil.
Et bien, je suis sorti. Tu ne peux plus bouger. Mais en fait, ok, je vais bouffer la vie, quoi. Juste à la limite, genre de façon très littéraire, comme si tu es incapable de bouger, genre, moi, le contraire, c’est l’espèce de, je veux bouger, je veux tout faire, genre, je veux prendre l’espace puis l’expansion que j’ai, au contraire, parce qu’éventuellement, il n’y en aura plus, tu sais.
Ouh, that’s deep, bro. OK. Mais écoute, je trouve que c’est une belle fin. Je trouve que c’est une belle fin de l’épisode. Dans tous les sens. Mais écoute, je pense que ce que tu nous as montré aujourd’hui à travers les trois sujets qu’on a explorés, c’est qu’on peut redéfinir notre rapport à l’argent, au pouvoir aussi, au leadership, à la réussite, sans avoir besoin de lever la voix aussi. Ni d’avoir toujours raison. Puis ça, c’est peut-être la nouvelle forme de réussite ou en tout cas, une des formes de réussite qu’on peut explorer puis qu’on peut atteindre.
J’aimerais inviter les gens à aller te retrouver sur les internets. Où est-ce qu’on peut te retrouver?
Alors, j’ai un site web qui s’appelle fabflorent.com où il y a tout. Et j’ai notamment ma newsletter sur Substack, et j’ai une newsletter sur ma vie perso où je parle de plein de choses, de parentalité, de paternité, de masculinité aussi.
Bien sûr, ça aurait fait un autre épisode d’une heure, fait que oui.
Voilà, merci beaucoup Geneviève pour l’invite, c’était chouette.
Ben, ça me fait plaisir, puis j’invite les gens aussi à aller écouter ton podcast Histoire d’Argent. T’en as-tu d’autres en ce moment?
Non, ben, Histoire de Daron aussi que je fais beaucoup, Histoire de Daron, où j’interview des pères et des mères, pour parler de ce que c’est que la parentalité. J’aime bien Histoire de Daron parce que c’est très rare d’avoir des discussions entre un homme et une femme sur ce que c’est que la maternité. C’est généralement des femmes qui se retrouvent entre elles.
Fair enough. Et qui se parlent ensemble, effectivement. Ben, merci de leur laisser la place comme tu l’as fait aussi avec Mademoiselle.
Toi qui écoutes, si tu veux revisiter le contenu de l’épisode, tu peux retrouver des liens qu’on a mentionnés potentiellement, tu peux te rendre sur Spotify, ou dans Apple Podcast pour lire les notes de l’épisode directement sur l’application. Puis évidemment, si tu as aimé l’entrevue d’aujourd’hui, partage ça dans tes stories sur Instagram, tu peux me taguer, par exemple, Geneviève Gauvin et taguer le compte de Fabrice, Fab Florent, pour me dire c’est quoi la chose que tu ressens de notre discussion. Fab, merci d’être passé sur Effrontée. J’ai très, très hâte que les gens puissent écouter cette entrevue-là. J’ai écrit ça dans mon journaling ce matin. Ça va être une belle entrevue, j’aime full les questions.
Merci Geneviève. Donc, merci pour ton temps aujourd’hui. Bye là.
T’as aimé l’épisode? Évidemment, vu que t’es rendue jusqu’ici. Merci beaucoup pour ton écoute en passant. Si tu veux supporter Effrontée, la meilleure façon de le faire, c’est de me laisser un témoignage sur Apple Podcast. Puis vraiment, c’est super simple à faire. Va sur l’application Apple Podcast puis tape « Effrontée » dans la barre de recherche. Une fois que tu m’as trouvé, clique sur « S’abonner » puis descends en bas de la liste d’épisodes jusqu’à la section « Évaluation et avis ». Puis à partir de là, c’est à toi de jouer. Laisse-moi 5 étoiles si t’aimes le contenu du podcast puis laisse-moi un témoignage. Dis-moi pourquoi t’écoutes le podcast puis comment est-ce que ça a un impact sur ta business puis ta vie. Un énorme merci d’avance d’avoir pris le temps. C’est vraiment des gens comme toi qui font que le show continue. À la semaine prochaine, là!


0 commentaires