Effrontée

Croissance trop rapide: l’envers du décor avec Laurine Bemer (La Meuf En Rouge)

24/09/2024

Une croissance trop rapide, ça fait rêver de loin et ça brise pas mal de monde de proche. Dans cet épisode 91 d’Effrontée, je reçois Laurine Bemer, alias La Meuf En Rouge: 1,2 million d’abonnés sur LinkedIn, un mois à 100 000 euros, et un effondrement personnel à la clé. On parle ouvertement des coulisses qu’on ne montre pas: la fatigue, les manipulateurs qui sentent l’argent à des kilomètres, les haters, l’intuition qui crie quand on refuse de l’écouter, et le moment où il a fallu ralentir pour ne pas tout perdre.

Une croissance trop rapide, ça ressemble à quoi en chiffres

Laurine se lance en copywriting pendant ses études. Premier mois: 0 euro. Deuxième mois: 500. Troisième mois: 4 500. Quatrième mois: 19 200 euros de chiffre d’affaires.

> « Tu arrives au quatrième mois, tu ne sais même pas encore pourquoi t’es là, tu ne t’es même pas encore mis en place de stratégie, et en fait, tout est allé super vite, ça a fonctionné, et tu te dis, l’entrepreneuriat, c’est trop facile. »

En parallèle, elle prend des dizaines de milliers d’abonnés par mois sur LinkedIn et passe à 1 million d’abonnés en un an. Elle pivote du copywriting vers l’infoprenariat parce que les marges sont meilleures. Premier gros lancement le 12 juin 2023: entre 3 000 et 6 000 euros encaissés la première journée. Premier mois post-lancement: 30 000 euros. En août 2023, elle encaisse 100 000 euros sur le mois.

Le détail important: c’est pas un coup de bol pur. Laurine estime le mix à environ 50% chance (timing LinkedIn, plateforme pas saturée), 50% travail (oser créer une formation, oser la vendre, 7 heures par jour à comprendre l’algorithme). Mais la chance fait partie de l’équation et il faut le nommer.

Ce que personne ne te dit sur une croissance trop rapide: les manipulateurs

C’est la première fissure. Quand l’argent rentre vite et que la visibilité explose, les approches changent. Des gens qui veulent profiter, financièrement ou autrement. Des manipulateurs qui savent exactement comment fonctionne la psychologie humaine et qui s’adaptent à la personne en face.

> « Les gens qui sont foncièrement gentils, qui n’ont pas besoin de prendre le succès des autres, ils pensent que tout le monde est comme eux. Du coup, tu te doutes pas forcément quand quelqu’un t’approche. »

Laurine identifie un red flag concret: si une personne présumément « plus haute » que toi (en revenus, en statut) vient vers toi sans raison apparente, elle attend probablement quelque chose. Pas par défaut malveillante, mais à surveiller.

Sa parade principale, c’est l’intuition. Pas une stratégie sophistiquée, juste écouter le truc dans l’estomac qui dit non. Et quand on lui demande pourquoi elle dit non, elle a appris à répondre « je ne le sens pas » sans se justifier davantage.

> « L’intuition, c’est quelque chose qui se travaille. C’est tout simplement se péter la gueule, repartir, recommencer. À chaque fois que je ne l’ai pas écoutée, ça a foiré. »

Cette confiance en l’intuition, ça se bâtit en se trompant. C’est lent et c’est inconfortable. Mais c’est ce qui te protège quand tu as plus à perdre qu’avant.

Les haters: la rançon obligée d’une croissance trop rapide

Avec un million d’abonnés, les haters arrivent. Laurine les appelle « les bénévoles » parce qu’ils travaillent gratuitement pour son algorithme. Elle a fait 10 millions de vues sur LinkedIn l’an dernier. En budget pub, ce serait des centaines de milliers d’euros.

Sa raison concrète d’avoir des haters: elle existe. Elle parle d’argent, elle a 22 ans au démarrage, elle n’a pas la taille mannequin. Rien à voir avec une opinion controversée, juste sa présence qui dérange ceux qui bossent depuis 20 ans sans avoir percé.

Sa progression dans la gestion des haters:

1. Phase 1 (au début): elle pleurait, elle se justifiait, elle voulait convaincre. Résultat: perte de temps, zéro impact, les gens restaient sur leur position. 2. Phase 2: blocage systématique des récidivistes après 2-3 commentaires. 3. Phase 3 (aujourd’hui): elle a une community manager qui filtre. Elle ne lit plus les commentaires haineux. Elle ne prend rien personnellement parce qu’elle sait que 5 minutes après son scroll, le hater l’a oubliée.

Sur la question de cacher les commentaires négatifs sous ses pubs: au début, oui, par souci de « 100% satisfaction ». Maintenant, non. Si quelqu’un est entre deux chaises et qu’un commentaire négatif le décide à ne pas acheter, c’est du tri naturel. Pas un client pour elle.

Le burnout au bout d’une croissance trop rapide

Le moment de bascule arrive début 2024. Pendant une semaine, Laurine disparaît complètement: ses parents pensent appeler la police. Elle est incapable de répondre à un message, ouvrir un mail lui colle l’angoisse, elle peine à se doucher.

> « J’étais une larve. Je ne suis pas sortie de chez moi. Je peinais limite à aller me doucher. Je n’avais plus envie. »

Elle ne s’auto-diagnostique pas mais elle a discuté avec d’autres entrepreneures qui ont eu un diagnostic de burnout. Les symptômes correspondaient.

Le piège du momentum, c’est précisément ça: quand tu fais un mois à 10K, tu ne veux pas faire 8K le mois suivant. Tu vises 15. Puis 20. Mathématiquement, multiplier par deux chaque mois est impossible. À un moment, ça casse.

Le déclic, c’est d’accepter que la croissance n’est pas linéaire et qu’une année sur deux peut être stable plutôt qu’en croissance. Et que stabiliser une boîte qui marche, c’est de la croissance aussi: ça ne se voit pas sur la courbe de chiffre d’affaires, mais ça se voit dans la solidité.

Stabiliser après une croissance trop rapide: déléguer 80% et se payer la paix

En 6 mois, Laurine a brûlé 100 000 euros de trésorerie pour déléguer environ 80% de son business: création de contenu, community management, pré-comptabilité. Son équipe compte 12 personnes maintenant.

L’objectif n’est pas de ne plus travailler. C’est de récupérer du temps de cerveau pour la vision et la stratégie, plutôt que de continuer à écrire ses propres posts LinkedIn quand elle est CEO.

> « Mon business, il est au service de ma vie, ce n’est pas ma vie qui est au service de mon business. »

Son conseil concret pour quelqu’un qui démarre: documenter ses processus dès le jour 1, même seul. Loom pour s’enregistrer en train de faire la tâche. Ou un outil comme Tango qui prend des screenshots automatiques au fur et à mesure des clics et écrit les étapes (j’en parle dans l’épisode parce que je l’utilise depuis 2 ans). Tu mets ça dans Notion et tu as une bibliothèque prête à transmettre dès qu’une personne entre dans la boîte. Ça te fait 80% du travail d’onboarding déjà fait.

Cette discussion fait écho à celle que j’ai eue avec Tony Neves à l’épisode 75: plus tu fais des promotions, plus tu génères de revenus, mais il faut connaître son rythme tenable. Lui en parle aussi dans son livre Solopreneur par Tony Neves (aussi disponible sur Amazon FR).

Pour aller plus loin: 3 questions fréquentes

Comment savoir si on est dans une croissance trop rapide vs une bonne dynamique?

Le signal le plus clair, c’est ton corps et ta tête. Si tu travailles 70-80 heures par semaine depuis des mois, que tu n’as pas pris de week-end ou de vacances depuis plus d’un an, et que tu sens que t’arrêter une semaine ferait s’écrouler la boîte: t’es dans la zone à risque. Le chiffre d’affaires monte mais l’humain derrière n’a pas suivi. C’est ce point d’écart-là qui finit par casser.

Pourquoi ralentir n’est pas reculer après une croissance trop rapide?

Parce que stabiliser une boîte (process, recrutements, délégation, systèmes) prend au minimum un an et coûte de l’argent et de l’énergie. Pendant cette phase, le chiffre d’affaires peut stagner ou baisser, mais la valeur réelle de l’entreprise monte: tu construis quelque chose qui peut tourner sans toi, qui peut réitérer l’année suivante, qui n’est pas qu’un coup de chance impossible à reproduire.

Comment se protéger des manipulateurs quand on devient visible?

L’intuition, principalement. Et le réflexe simple: quand quelqu’un de « plus haut » que toi t’approche sans raison claire, demande-toi ce qu’il vient chercher. Ça ne veut pas dire couper toutes les relations en haut, mais ça veut dire arrêter de penser que les bonnes intentions sont la norme. Bâtis aussi un cercle de pairs au même niveau que toi: ils n’ont rien à te prendre, donc tu peux baisser la garde.

Mes prochaines étapes

Si tu veux du contenu uncensored chaque semaine sur les coulisses d’une business ambitieuse (les vrais chiffres, les vrais flops, les vrais virages), rejoins ma communauté VIP par courriel le Speakeasy: genevievegauvin.com/speakeasy.

Pour creuser le thème de la croissance et de la durabilité en business, écoute aussi l’épisode 65 avec Annie Prévost sur entreprendre gros sans se brûler et l’épisode 73 sur bâtir une entreprise anticapitaliste avec beaucoup d’ambition.

Cet article contient des liens d’affiliation. Si tu décides d’acheter un de ces outils via mes liens, je reçois une petite commission, sans coût supplémentaire pour toi. Je recommande seulement des outils que j’utilise et que j’aime.

Show notes

Format: Entrevue avec Laurine Bemer (La Meuf En Rouge) Durée: environ 60 minutes Sujets abordés:

  • Le parcours chiffré d’une croissance trop rapide: de 0 à 100K€/mois en moins de 18 mois
  • Le ratio chance/travail dans une croissance fulgurante sur LinkedIn
  • Les manipulateurs qui apparaissent quand l’argent et la visibilité explosent
  • Comment travailler son intuition pour repérer les red flags
  • Gérer les haters: les 3 phases de Laurine (justifier, bloquer, ignorer)
  • Le burnout entrepreneurial et la disparition d’une semaine
  • Pourquoi stabiliser une boîte est aussi de la croissance
  • Déléguer 80% de son business: 100K€ de trésorerie cramés en 6 mois
  • Documenter ses process dès le jour 1 avec Loom, Tango ou Notion

Liens & ressources:

  • Livre Faites de vos réseaux sociaux une machine à cash par Laurine Bemer:

– Amazon CA: Faites de vos réseaux sociaux une machine à cash (lien affilié) – Amazon FR: Faites de vos réseaux sociaux une machine à cash (lien affilié)

  • Livre Solopreneur par Tony Neves:

– Amazon CA: Solopreneur (lien affilié) – Amazon FR: Solopreneur (lien affilié)

📝 Lire le transcript intégral

T’écoutes Effrontée épisode 91. Aujourd’hui, on parle de l’envers de la médaille d’une croissance trop rapide avec La Meuf En Rouge, a.k.a. Laurine Bemer. Si tu ne la connais pas, laisse-moi te la présenter. Laurine, aussi connue sous le nom de La Meuf En Rouge, est une créatrice de contenu qui a démarré son ascension sur LinkedIn. Aujourd’hui, elle comptabilise plus de 1,2 million d’abonnés et est devenue coach réseaux sociaux.

Mais avec elle, aujourd’hui, on ne parle pas de stratégie, on ne parle pas de médias sociaux. On parle de sa croissance qui a été astronomique, mais qui est venue avec beaucoup de difficultés. Elle nous partage tout ça avec énormément de transparence. J’espère vraiment que tu vas pouvoir en retirer des leçons, des warnings, voir les red flags qu’on n’a pas vus.

Je suis présentement avec Laurine Bemer. Laurine, comment ça va? Ça va très bien, merci de m’accueillir sur ton podcast. Je suis trop contente, on va parler d’un sujet trop passionnant. Oui, 100%. J’ai l’honneur de recevoir La Meuf En Rouge elle-même. Je suis contente qu’on puisse discuter parce que ça fait pas très longtemps qu’on a commencé à se parler, mais j’ai l’impression qu’on a cliqué full.

Le 15 mai dernier, après t’avoir tagué dans mes stories parce que t’avais été demandée sur le podcast, on a finalement échangé pour la première fois. Comme quoi, des fois, on s’en prend peu pour ouvrir une discussion avec quelqu’un qu’on suit sur Instagram. Quand je t’ai demandé ce dont t’avais envie de parler, à ma grande surprise, ça n’a pas été de stratégie de médias sociaux. C’était de croissance rapide et de l’envers de la médaille qui va avec.

Pourquoi vouloir parler de l’envers de la médaille de la croissance rapide? C’est ce que tu as vécu personnellement? Oui. Quand on fait appel à toi sur un podcast, on veut que tu parles de ta zone de génie. Mais l’entrepreneuriat, ce n’est pas que ça. Au bout d’un moment, tu répètes juste ce que tu dis tout le temps, ça devient lassant.

Ce qui m’a donné envie de parler de ça avec toi, c’est quand tu avais parlé de ton lancement du dernier Ka-Ching, où tu avais expliqué que t’avais vécu limite l’enfer. Là, je me suis dit, en fait, on vit tous des périodes compliquées comme ça, il y a toujours des solutions, mais des fois, t’as l’impression que tu es au pied du mur. Ça m’avait beaucoup aidée pour mes lancements qui arrivaient après.

Donc, elle ressemble à quoi, ta croissance rapide? Au début, j’étais étudiante quand j’ai démarré l’entrepreneuriat. Je me suis lancée dans le copywriting, l’écriture de pages de vente pour des clients. Je m’étais formée pendant plus d’un an pendant mes études en parallèle. Premier mois: 0 euro. Deuxième mois: 500 euros, on a rentré une facture. Troisième mois: 4 500 euros. Quatrième mois: 19 200 euros, presque 20 000 euros de chiffre d’affaires.

Tu arrives au quatrième mois, tu ne sais même pas pourquoi t’es là, tu ne t’es même pas mis en place de stratégie, tout est allé super vite, ça a fonctionné, tu as de la trésorerie, et tu te dis: l’entrepreneuriat, c’est trop facile, c’est le jeu le plus simple de la Terre. En parallèle, je commence à prendre la confiance, je développe mes réseaux sociaux, je prends des dizaines de milliers d’abonnés par mois sur LinkedIn, et en un an, je fais un million d’abonnés.

T’étais encore comme copywriter, c’était quoi que tu partageais? J’ai fait du copywriting, après, comme j’étais sur LinkedIn, j’ai commencé à faire un peu de la formation en ligne sur attirer tes clients sans avoir à aller les chercher grâce à LinkedIn. C’était des produits hyper nichés. Ça a très bien marché. Après, j’ai fait des coachings de groupe, c’était plus orienté infoproduits parce que ça marchait beaucoup mieux que le copywriting. En parallèle, on me demandait du ghostwriting, donc écrire les posts LinkedIn des dirigeants. Après, je me suis totalement focalisée sur l’infoprenariat parce qu’il y avait le plus de marge avec un produit que tu pouvais vendre à un million de personnes comme à dix.

Au quatrième mois, t’étais rendue à 19 000 euros: est-ce que ça incluait tes revenus de formation? T’as créé tes formations très rapidement, mais est-ce que tu travaillais 80 heures par semaine? C’était horrible. C’était le pire mois de ma vie parce que j’avais en même temps mon ghostwriting, ma formation LinkedIn et une autre offre où j’étais associée avec une amie. Trois offres en même temps, plus gérer ma com, plus faire grossir ma boîte. J’étais à 80 heures par semaine et je n’étais pas du tout épanouie, mais je me suis dit: je me sécurise.

Pour la formation, oui, j’ai commencé très vite parce que dès le premier mois sur LinkedIn, j’ai suivi une masterclass de mon amie Valentine Sauda. Tout de suite, j’ai commencé à prendre 1000 abonnés par mois. Je me suis dit: il n’y a personne qui prend 1000 abonnés par mois en partant de zéro, je vais faire une formation. J’ai fait 10 000 euros avec cette formation en un mois et demi.

Comment est-ce que tu as su mettre tes efforts sur LinkedIn? C’était un peu du hasard. LinkedIn, pour moi, c’était le réseau où on met les CV. Quand j’ai compris qu’il y avait un envers du décor, je me suis dit: vas-y, je mets mes efforts dessus. Je passais 7 heures par jour sur LinkedIn pour comprendre l’algorithme, créer du lien avec les gens. Si on avait fait une masterclass sur Instagram, j’aurais probablement été sur Instagram. C’est encore une fois le hasard. Quand tu commences, tu prends ce qui t’est offert.

Comment est-ce que ta business a changé après le quatrième mois? Ça s’est un peu plus tassé, j’étais à 3, 4, 5 000 euros par mois. Je me payais le SMIC français pour conserver la trésorerie. J’avais la peur du manque, c’est arrivé tellement vite que je me suis dit: ça peut partir aussi très vite. Un an après, en février 2023, j’avais fait plein de petites formations, c’était drainant. J’ai dit: j’arrête, je me concentre sur un monoproduit qui deviendra plus tard mon produit phare.

Pendant février, mars, avril, mai, je me coupe de toutes mes sources de revenus, je fais un gamble. Soit ça passe, soit ça casse. J’avais 20K de trésorerie. Je crée le produit pendant plusieurs mois, je le fais bêta tester. Je le lance le 12 juin 2023 et ça fait un carton. La première journée: entre 3 et 6 000 euros. J’avais fait plein de lancements avant, mais c’était des petits produits entre 50 et 300 euros. Là, j’explose en notoriété, en chiffre d’affaires, on me prend beaucoup plus au sérieux.

Le premier mois post-lancement: environ 30 000 euros. Le deuxième: 30, 40 000. En août 2023, je m’entoure d’une équipe puisque j’ai un peu plus de trésorerie. Et août 2023, c’est le truc que je n’aurais jamais pensé faire: 100 000 euros encaissés sur le mois.

Au début, il n’y avait pas vraiment de FOMO, c’était la nouveauté. Quand ça a commencé à s’essouffler, j’ai augmenté le prix parce que les clients avaient des résultats, j’avais amélioré le produit. À chaque augmentation, je refaisais un lancement. Ceux qui n’avaient pas pris la première salve se rejoignaient à la deuxième. Je parlais avec Tony Neves un peu avant: il disait la même chose, plus tu fais des promotions, plus tu fais de revenus.

Comment est-ce que ta vie a changé? En août 2023, tout bascule, je me dis: j’ai gagné au jeu de l’entrepreneuriat. Tu sais le moment où tu n’es plus lucide. J’augmente un peu mon salaire pour avoir un beau bilan en vue d’acheter une maison. Je ne regarde plus ce que je dépense quand je fais les courses, c’est un feeling d’abondance, de sécurité. Mon papa avait cassé son téléphone, deux jours après il en avait un nouveau chez lui. Ce sont les petites choses qui font la différence dans la vie des gens qu’on aime.

Comment est-ce que tu as réalisé que la croissance était moins facile à vivre que prévu? Tu te fais approcher par beaucoup de monde, des gens qui veulent pas que ton bien, qui ont compris que tu peux leur servir à quelque chose. Au début, tu t’en rends pas compte parce que tu te fais avoir une fois, deux fois, et puis tu deviens limite parano.

Quand je parle de « riches » qui traînent avec les « riches », je parle des ultra-riches, des gens qui brassent des milliards par mois. Plus tu augmentes dans l’échelle sociale, plus tu as plusieurs moyens de te faire avoir. Les gens qui sont arrivés là-haut ne sont pas tous arrivés de manière éthique. Maintenant, tu commences à avoir le flair quand tu t’es fait avoir une fois, dix fois.

Qu’est-ce qu’on voit pas? On réalise une fois qu’on a pris conscience. Tu te rends compte qu’après, tu rallies les wagons et tu te dis: là, c’était border, je m’en suis pas rendu compte. Le problème des gens foncièrement gentils, c’est qu’ils pensent que tout le monde est comme eux. Les manipulateurs savent exactement comment la psychologie humaine fonctionne, ils s’adaptent. Il n’y a pas de signe avant-coureur à part l’intuition.

Quand tu n’as pas envie de faire un truc et qu’on te demande pourquoi: il n’y a pas de raison, c’est juste que je ne le sens pas. C’est une vraie réponse parce qu’on a tous un sixième sens, l’intuition. À chaque fois qu’on ne sait pas l’écouter, ça se passe mal.

Mes red flags: si une personne présumément plus haute que toi vient vers toi, c’est qu’elle attend quelque chose. Quelqu’un qui fait des millions par an et qui t’aborde alors que tu te sens en dessous, c’est qu’il a un intérêt. Ces gens-là ne se mélangent pas avec les plus petits sauf si.

Comment est-ce que tu as passé par-dessus la paranoïa? Je ne suis pas passée par-dessus. Je vais chez la psy. Il y a plein de choses qui m’ont créé des traumatismes. Un traumatisme, c’est juste un truc que t’as vécu, t’arrives pas à t’en remettre, tu te dis: comment j’ai pu croire ça, pourquoi ça m’arrive à moi. Chacun a sa guérison à faire.

Comment est-ce que tu as bâti la confiance en ton intuition? L’intuition, c’est quelque chose qui se travaille. C’est se péter la gueule, repartir, recommencer. À chaque fois que je ne l’ai pas écoutée, ça a foiré. C’est impalpable, c’est limite spirituel, mais quand tu fais résistance, en général c’est des signes qui ne trompent pas. Au début, écoute pas ton intuition, tu verras où ça te mène. Après, tu te rendras compte que quand t’as ce truc dans l’estomac ou la gorge, il ne faut pas y aller.

Avec une communauté d’un million, viennent les haters. C’est la rançon du succès. Les réseaux sociaux, c’est un outil magique: l’an dernier sur LinkedIn, j’ai fait 10 millions de vues. En budget pub, ce serait des centaines de milliers d’euros. Mais ça banalise le harcèlement, la haine. Tout le monde pense être protégé derrière un écran, c’est faux.

La seule solution qui fonctionne: ne rien prendre personnellement. C’est pas moi qu’ils attaquent, ils ont envie de balancer leur truc, cinq minutes après ils ont scrollé dix vidéos, ils m’ont oubliée. J’ai une community manager qui s’occupe des commentaires, elle ne me fait pas de retour. Ceux qui critiquent, c’est ceux qui ne créent pas de contenu.

Pourquoi t’as eu autant de haters? Qu’est-ce que t’as dit? Est-ce que t’existes? Oui, j’existe. J’ai pas la taille mannequin, j’ai un petit double menton, je parle d’argent, je suis une jeune femme, j’avais 22 ans. C’est très frustrant pour des gens qui travaillent depuis 10, 20, 30 ans, de voir arriver en flèche quelqu’un qui sort de nulle part et qui gagne bien sa vie.

Au début, j’ai beaucoup pleuré. J’essayais de me justifier parce que je voulais laisser la parole à tout le monde. Plus je répondais, plus je perdais du temps et ça ne changeait rien. Les gens sont allés payer sur Internet pour voir mes bilans, pour vérifier si je mentais. Peu importe que je montre A plus B, ils étaient focalisés sur leur état d’esprit.

Phase 2: je bloquais tout le temps. Dès qu’un mec ou une meuf revenait deux, trois fois, c’était bloqué. Maintenant, je ne fais plus rien, je laisse les gens faire parce que je ne vois plus leurs commentaires.

Sur la peur que les commentaires négatifs entraînent d’autres haters: au début, je voulais 100% de satisfaction. Après, je me suis rendu compte qu’il y en avait qui étaient de mauvaise foi. S’ils veulent te nuire, ils vont te nuire. Si quelqu’un est entre deux chaises et qu’un commentaire négatif le fait pas acheter, c’est du tri naturel. J’appelle aussi les haters « les bénévoles » parce qu’ils travaillent gratuitement pour moi.

Quand est-ce que t’as réalisé que c’était correct de ralentir? En août, j’avais du chiffre qui rentrait, mais je m’étais cramée pendant un an et demi. J’ai commencé à ralentir en début d’année 2024. Pendant 4 mois, j’avais vraiment du mal. Pendant une semaine, j’ai disparu de la circulation. Mes parents ont failli appeler les flics, ils n’avaient pas de nouvelles. J’étais incapable de répondre à un message.

Le truc dans l’estomac qui te fait que dès que tu dis « je vais ouvrir un message », ça te fout le cafard. J’étais comme ça pendant une semaine, j’étais une larve. Je peinais limite à aller me doucher. Je pense que j’étais en burn-out. Je ne veux pas m’auto-diagnostiquer, mais les symptômes ont fait que. Heureusement, j’ai des amis qui m’ont permis de tenir.

Quand tu n’as pas envie de bosser, t’as pas envie. C’est OK. On nous vend le truc de la discipline, « quand tu n’as pas envie, il faut quand même le faire », mais non, ça ne veut rien dire. Au contraire.

Quand on commence, il y a la discussion: est-ce que c’est nécessaire de pousser beaucoup au début? Pour bâtir la première étape, tu n’auras pas le choix de donner un coup. Mais ça devient tricky avec une croissance rapide où tu te dis: je ne peux pas perdre ce momentum, sinon je perds tout. Oui, exactement. Quand tu fais un mois à 10K, tu veux pas faire 8K le mois d’après, tu veux 15. Puis 20. Puis 100. Mathématiquement, multiplier par deux chaque mois, c’est impossible. À un moment, ça s’arrête.

Comment est-ce que tu te donnes l’opportunité d’avoir une forme de croissance maintenant? En 6 mois, j’ai cramé 100 000 euros de trésorerie parce que j’ai délégué environ 80% de mon business: création de contenu, CM, pré-comptabilité avec mon assistante virtuelle. Mon rôle de CEO avec 12 personnes dans l’équipe, ce n’est pas d’écrire mes posts LinkedIn, c’est de dire où on emmène le bateau.

J’ai accepté que la croissance, c’est pas tout le temps croître en chiffre d’affaires. La croissance, c’est aussi dans la tête. Le fait d’accepter de déléguer 80% de mon business, et de me dire « demain, je peux partir, mon business marche quand même »: rien que ça, c’est de la croissance. Mon business est au service de ma vie, ce n’est pas ma vie qui est au service de mon business.

J’ai fait le deuil de me dire que toutes les années, je serais en croissance, c’est pas possible. C’est possible, mais moi, c’est pas ce que je veux. Une année sur deux, je serai potentiellement en croissance ou pas. J’ai fait une assez bonne année l’an dernier pour me dire: cette année, calme down.

Mon expérience perso de croissance rapide, c’était au début de l’entreprise: 400 000 USD la première année. On ne connaissait rien à la gestion des finances. Mais au niveau de l’humain derrière, qui n’est pas capable d’être l’entrepreneur qui supporte cette business-là, ça fait en sorte que tout va s’écrouler. Tu as besoin de croître financièrement et de croître humainement en parallèle.

Tous les entrepreneurs à succès avec qui j’ai parlé ont le même schéma: stabiliser. Ça ne veut pas dire stabiliser le chiffre d’affaires, ça veut dire recruter des gens très bons pour mener la boîte vers le haut. Ça prend au minimum un an, beaucoup d’argent, beaucoup d’énergie. Si tu ne le fais pas dès le début, tu te retrouves avec une boîte qui fait du chiffre mais l’année d’après, tu peux pas réitérer parce que rien n’est scalable.

Une dernière chose à dire aux gens qui veulent tout, tout de suite, mais qui devraient ralentir? C’est tellement difficile parce que si je dis « expérimentez », je vous envoie au casse-pipe. Mais on apprend toujours plus de ses erreurs que de ses succès. Le vrai secret, c’est la résilience: là, j’ai merdé, je ne vais pas recommencer.

Mon meilleur conseil concret: faire des process et faire quelque chose de scalable tout de suite. OK, comment vous faites vos visuels sur Canva? Comment vous faites vos posts LinkedIn? Vous prenez Loom et vous vous enregistrez. Dès que vous aurez quelqu’un qui entrera dans la boîte, vous aurez fait 80% du travail.

J’ajouterais Tango, un outil que j’utilise depuis 2 ans: il prend des screenshots automatiques au fur et à mesure que tu cliques et écrit le nom des boutons. Tu mets ça sur Notion, tu as une bibliothèque prête. Génial, je vais le dire à mon OBM.

Où est-ce qu’on peut te retrouver? Sur TikTok, Instagram au nom de La Meuf En Rouge. Sur LinkedIn, Laurine Bemer. Une dernière info: à l’heure où ce podcast sort, ça fait 5 jours que mon livre est sorti. Vous pouvez me retrouver dans les librairies: Faites de vos réseaux sociaux une machine à cash. J’explique tout ce qui m’a permis jusqu’à présent de vendre sur les réseaux sociaux, mais surtout, j’explique plein de moments dans ma vie en toute transparence qui m’ont permis d’être la personne que je suis aujourd’hui.

Toi qui écoutes, si tu veux trouver les liens que Laurine a partagés, tu peux retrouver ça dans les notes de l’épisode au genevievegauvin.com/91-episode-effrontee-laurine-bemer-meuf-en-rouge. Partage l’épisode dans tes stories, tagge-moi (@_genevievegauvin) et tagge Laurine (@lameuf_enrouge) pour nous dire ce que t’en as pensé.

Laurine, un gros merci d’être passée sur Effrontée. Merci à toi.

T’as aimé l’épisode? Évidemment, vu que t’es rendue jusqu’ici. Si tu veux supporter Effrontée, la meilleure façon, c’est de me laisser un témoignage sur Apple Podcast. Va sur l’application, tape « Effrontée » dans la barre de recherche, clique sur « Abonner » puis descends jusqu’à « Évaluation et avis ». Laisse-moi 5 étoiles si t’aimes le contenu et un témoignage. Un énorme merci. À la semaine prochaine!

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