Effrontée

Entrepreneuriat non-oppressif: déconstruire les systèmes qui nous font violence avec Tatiana St-Louis

05/11/2024

L’entrepreneuriat non-oppressif, c’est quoi au juste? Et surtout: est-ce que tu es peut-être en train d’exercer cette oppression sur toi-même, dans ta propre business? Dans cet épisode, j’accueille Tatiana St-Louis d’Aime ta marque pour une conversation dense et nécessaire sur la façon dont nos traumas personnels et intergénérationnels influencent nos décisions d’affaires. On parle aussi de marketing éthique, de vente non-oppressive, et d’une définition du luxe qui va probablement te faire revoir les choses.

L’entrepreneuriat non-oppressif, c’est quoi concrètement?

Tatiana est littéraire reconvertie en marketing et communications. Elle a fondé Aime ta marque en 2016 avec une mission claire: aider les femmes entrepreneures à valoriser leur singularité à travers une marque personnelle puissante, sans reproduire les systèmes oppressifs qu’elles ont eux-mêmes subis.

Le concept d’entrepreneuriat non-oppressif part d’un constat simple: on se lance en business pour bâtir quelque chose de meilleur. Mais souvent, sans s’en rendre compte, on recrée dans notre propre entreprise les structures de pouvoir qui nous ont fait violence ailleurs.

> « J’ai essayé de déconstruire comment on établissait des entreprises qui continuaient de perpétuer des modèles oppressifs qu’on voit dans le système, dans le marché de l’emploi, qu’on voit dans la majorité dans le monde. »

Un exemple concret qu’elle donne: des objectifs qui ont l’air neutres, mais qui cachent un moteur malsain. Vouloir faire 100 000$ dans l’année, c’est correct. Mais si ce chiffre-là est lié à ta valeur personnelle en tant que personne, si ne pas l’atteindre signifie que tu es « bonne à rien », là il y a un problème. L’objectif lui-même n’est pas oppressif. Le système de croyances qui l’alimente l’est peut-être.

> « Il y a comme un objectif qui a l’air neutre, mais d’un autre côté, le moteur qui nous amène à agir, il n’est pas neutre. »

Pareil pour le pricing. Sous-évaluer constamment ses produits parce qu’on a l’impression que c’est tout ce que les gens peuvent s’offrir, ça perpétue l’idée que les femmes gagnent moins, qu’elles ne peuvent pas investir, qu’elles ne sont pas capables de voir la valeur quand elles la reconnaissent.

Trauma intergénérationnel et entrepreneuriat non-oppressif: un lien direct

La partie de cette conversation qui m’a le plus frappée, c’est quand Tatiana a expliqué que certains de nos blocages ne nous appartiennent pas. Ils appartiennent à nos parents, à nos grands-parents, aux générations avant nous.

> « Il y a de plus en plus de recherches, ça s’appelle l’épigénétique, qui étudie comment ces traumas-là sont passés à travers l’ADN. On n’a pas besoin d’avoir été dit que c’est dangereux d’être une femme pour ressentir que c’est dangereux. »

Les traumas autour de l’argent, par exemple: des parents qui ont vécu dans la pauvreté transmettent une peur du manque d’argent à leurs enfants, même si ceux-ci n’ont jamais vécu cette pauvreté directement. Cette peur-là peut influencer la capacité à investir, à prendre des risques, à sortir des chemins déjà établis.

Et ce n’est pas une question de thérapie intensive obligatoire. Le premier pas dans un entrepreneuriat non-oppressif, c’est simplement de conscientiser. Mettre de la lumière sur ces dynamiques pour pouvoir ensuite prendre des décisions intentionnelles.

Tatiana recommande de commencer par identifier où est la confusion dans ta business. La confusion est souvent un état traumatique: c’est le cerveau qui décide qu’il n’est plus capable de traiter l’information. Et derrière cette confusion, il y a souvent une réaction traumatique qu’on n’a jamais reconnue.

Comment pratiquer un entrepreneuriat non-oppressif au quotidien

La bonne nouvelle: l’entrepreneuriat non-oppressif ne demande pas la perfection. Tatiana est claire là-dessus.

> « Pas tout ce qui est non-oppressif va être confortable. De ne pas faire une association entre, bien, il faut juste que ma business soit confortable puis que je suive mon flow. »

Prendre des décisions non-oppressives, des fois ça génère de l’inconfort. Par exemple, facturer 100$ un appel exploratoire quand tu es coach, ça peut sembler confrontant. Mais c’est non-oppressif parce que ça reconnaît que ton temps a une valeur, que le soin ne devrait pas être donné gratuitement.

Pour identifier ses propres biais inconscients, elle suggère:

  • Remarquer les « il faut » et les « je devrais »: ce sont souvent des indicateurs qu’une injonction externe a pris de la place dans ta tête
  • Observer les patterns qui se répètent: si tu n’arrives jamais à peser sur publier, si tu gèles devant ton écran, si tu n’arrives pas à mettre un call to action dans ton contenu, c’est souvent une réaction traumatique
  • Commencer à lire sur le féminisme et les systèmes d’oppression: Tatiana mentionne le livre Sorcières: La puissance invaincue des femmes par Mona Chollet (aussi disponible sur Amazon FR) comme une porte d’entrée accessible

Vente non-oppressive: respecter l’autonomie du client

On a aussi parlé de ce que ça veut dire concrètement d’avoir une relation de vente non-oppressive. Et là, Tatiana a dit quelque chose qui m’a vraiment parlé.

> « Le processus de vente, c’est un processus de décision. C’est pas une manipulation. Mais se rappeler que la décision reste toujours dans la main de l’autre personne. »

La dynamique sauveur-sauvé qui s’installe souvent dans une relation de vente est problématique: tu montres à quelqu’un à quel point il manque quelque chose, tu crées une vulnérabilité, puis tu te positionnes comme la solution. Cette dynamique-là n’est pas forcément intentionnelle, mais elle est oppressive.

Un exemple concret qu’elle donne: demander à quelqu’un de prendre une décision sur un appel de vente avec une pression de bonus ou de deadline, surtout pour du high ticket. La pression exercée est peut-être trop haute pour que la personne puisse activer son intelligence. Elle est en état réactif, pas en état de décision consciente.

> « Il y a une position non-hiérarchique qui va être créée entre celui qui est le client, souvent plus vulnérable parce qu’il y a un problème à régler, et quelqu’un qui se considère supérieur parce qu’il a quelque chose que l’autre a besoin. »

Respecter l’autonomie et l’intelligence de ses clients, c’est aussi une marque de confiance en sa propre offre.

L’entrepreneuriat non-oppressif et la relation au luxe

La fin de cet épisode m’a complètement éblouie. Tatiana a proposé une définition du luxe qui renverse complètement la façon dont on l’entend habituellement.

> « Le luxe, c’est ce qui est inutile mais qui procure un plaisir inhérent. »

Et voilà pourquoi ce mot « inutile » est important. Dans notre vision extractive du travail et de la productivité, tout ce qui est inutile n’a pas de valeur. Le luxe fonctionne dans la même logique: c’est quelque chose qui échappe à l’utilité, et pourtant ça a une valeur immense. L’art. Un bouquet de fleurs. Une sieste en plein milieu de l’après-midi.

Travailler avec cette énergie-là, c’est commencer à introduire d’autres façons de définir la valeur des choses: la valeur communautaire, la valeur esthétique, la valeur du plaisir en tant que telle.

Et la honte qu’on peut avoir face au luxe, face à vouloir s’offrir des choses belles? Pour Tatiana, cette honte est elle-même oppressive.

> « Elle fait partie d’un système basé sur l’exploitation. L’idée que chaque personne doit gagner sa place sur Terre en contribuant à la machine capitaliste. »

Pour aller plus loin: 3 questions fréquentes

Qu’est-ce qui distingue l’entrepreneuriat non-oppressif du simple « slow business »?

L’entrepreneuriat non-oppressif n’est pas synonyme de faire moins ou de ralentir. C’est d’être conscient des systèmes qu’on perpétue, même à toute vitesse. Tu peux vouloir scaler ton entreprise et le faire de façon non-oppressive. La différence est dans l’intentionnalité: est-ce que je construis quelque chose parce que ça correspond à mes valeurs profondes, ou est-ce que je cours après un objectif dont le moteur est la peur ou la validation externe?

Comment distinguer un trauma personnel d’un trauma intergénérationnel?

La distinction la plus simple: si un blocage dans ta business n’a aucun sens au regard de ta propre expérience de vie (tu n’as jamais manqué d’argent, mais tu as une peur irrationnelle du manque, par exemple), c’est souvent un signal qu’il est intergénérationnel. Il ne t’appartient pas directement, mais il te traverse quand même. La conscientisation, pas la thérapie intensive obligatoire, est le premier pas.

Est-ce que l’entrepreneuriat non-oppressif est accessible quand on est en mode survie?

C’est la question la plus honnête de la conversation. Tatiana dit oui et non. La conscience, elle, est accessible peu importe où tu en es. Mais bâtir une entreprise intentionnelle demande un certain seuil de sécurité, parce que la créativité ne se déploie pas pleinement quand on est en état de survie. Avoir ce regard-là sur son entreprise, ça reste un privilège pour ceux qui ont déjà leurs besoins de base couverts.

Mes prochaines étapes

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Pour continuer sur ces thèmes, va écouter l’épisode 73 avec Thomas Burbidge sur bâtir une entreprise anticapitaliste tout en ayant de l’ambition et l’épisode 88 sur comment avoir le courage de ne pas être aimée.

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Show notes

Format: Entrevue avec Tatiana St-Louis Durée: 71 min

Sujets abordés:

  • L’entrepreneuriat non-oppressif: définition et exemples concrets
  • Comment les objectifs d’affaires peuvent cacher des moteurs oppressifs
  • Trauma intergénérationnel et son impact sur nos décisions business
  • Identifier ses réactions traumatiques dans l’entrepreneuriat
  • Marketing éthique vs marketing extractif
  • La vente non-oppressive: respecter l’autonomie du client
  • La dynamique sauveur-sauvé dans les relations de vente
  • La définition du luxe comme « inutile mais procurant du plaisir »
  • Sécurité financière, créativité et innovation

Liens & ressources:

  • Livre Sorcières: La puissance invaincue des femmes par Mona Chollet:

– Amazon CA: Sorcières: La puissance invaincue des femmes (lien affilié) – Amazon FR: Sorcières: La puissance invaincue des femmes (lien affilié)

📝 Lire le transcript intégral

T’écoutes effrontée épisode 97. Aujourd’hui, on parle d’entrepreneuriat non oppressif, de trauma intergénérationnel et de relations au luxe avec Tatiana St-Louis. Si tu ne la connais pas parce que ça fait un petit bout que je ne l’ai pas interviewé sur le podcast, laisse-moi te la présenter. Littéraire reconvertie au marketing et aux communications, Tatiana a fondé Aime ta marque en 2016 pour donner aux femmes entrepreneurs les outils nécessaires pour valoriser leur singularité à travers une marque personnelle puissante et authentique.

Que ce soit l’ambition au féminin, l’équilibre travail-famille, le marketing éthique, le leadership ou la promotion de l’éducation, elle œuvre à promouvoir le développement d’entreprises respectueuses, résilientes et prospères par le biais d’une approche féministe et consciente. Sa philosophie est qu’en reconnaissant les systèmes d’oppression personnelle, collectif et intergénérationnel, l’entrepreneuriat devient un lieu de transformation et de changement pour les individus et les communautés qui y participent aussi.

Tatiana est aussi l’animatrice du podcast L’Ambition au féminin, où elle explore les thèmes entourant la réussite personnelle et professionnelle des femmes. Elle aime dire qu’elle travaille avec les sorcières des temps modernes, soit les dissidentes, les activistes et les artisanes de changement qui se sentent appelées à faire bouger le statu quo sans sacrifier leur bien-être psychologique, financier ou spirituel. Ça va être toute une entrevue, ça, mesdames et messieurs. Bonne écoute!

C’est pas compliqué. T’es à mieux de marcher sur des œufs pour pas froisser ceux qui considèrent que t’es juste trop. Pour toi, la vie, ça n’a pas de limite. Plus de cash, plus de temps, plus de succès, plus d’impact. Peu importe ce que tu veux, il n’y a personne qui va t’arrêter de prendre ta place. C’est sincèrement le temps de t’arrêter de cacher tes ambitions.

Je m’appelle Geneviève Gauvin. Chaque semaine, j’anime Effrontée, le rendez-vous hebdomadaire pour les entrepreneurs insatiables et fiers de l’aide. Ici, c’est le safe space de celles qui osent questionner les modèles puis les limites pour faire les choses en grand. Travailler 5 heures par semaine? Why not? Vouloir être millionnaire? Y’a où le problème? Voyager de temps plein puis travailler de l’étranger? Où est-ce que je signe?

En plus de te partager mes conseils qu’une stratégie va faire toujours plus en travaillant moins, tu vas aussi découvrir des entrepreneurs dont l’ambition est sans limite. On va explorer les secrets de leur succès, leur chiffre fascinant, puis discuter en paire pour t’inspirer à toi-même à atteindre les sommets dont toi, tu rêves. Je te donne la permission de vouloir toujours plus. Je te donne la permission d’être 100% effrontée.

Je suis présentement avec Tatiana St-Louis. Tatiana, comment ça va? Ça va super bien. Salut, jeune Pierre. Écoute, j’allais dire long time, no see, no talk, mais c’est pas tout à fait vrai. On habite à peu près à deux rues l’une de l’autre, mais en tant que podcast, it’s been a while.

J’ai regardé la dernière fois qu’on s’était parlé sur le podcast. D’ailleurs, la première fois qui date de, attends, 2018. Oh my God! 2018! Je suis comme, holy shit! Avec l’épisode 44 sur les vraies affaires, où on avait parlé de LinkedIn à l’époque. Est-ce que c’était un média social de Bob Rhin? Je me trouvais vraiment cute avec mon petit titre. Puis ensuite, on a plus comme exploré finalement ton parcours dans l’épisode 51-53, toujours les vraies affaires. On a exploré ton parcours de slasheuse qui a pris pas mal de détours, on va se le dire. D’ailleurs, ça fit finalement le profil de slasheuse, I guess.

Mais aujourd’hui, je crois bien que malgré que tu te lances toujours pas mal, beaucoup de spaghettis au mur, il y a beaucoup de projets que tu lances. Il y a une thématique qui s’est pas mal installée dans ta business depuis notre première entrevue en 2018. Je reviens pas, je reviens pas en 2018, je suis comme, mais où est le temps? Je parle de l’entrepreneuriat non oppressif et conscient. T’es quelqu’un qui parle aussi fréquemment de luxe, puis de relations qu’on a avec le luxe justement. Puis clairement, les deux peuvent coexister, t’en est la preuve vivante.

Mais je voulais qu’on explore ça ensemble aujourd’hui. Fait que parlons tout d’abord de l’aspect non oppressif justement de l’entrepreneuriat. Ça ressemble à quoi l’oppression entrepreneuriale? On oppresse soi-même, nos clients? Qu’est-ce que ça veut dire? Ouais, puis je t’avoue que c’est un terme qui est pas utilisé. Puis je l’utilise moi, je sais pas si d’autres personnes l’utilisent, je pense pas. Je pense que c’est vraiment un terme que j’ai associé.

Que je trademarke. Mais de l’autre côté, je sais entre non oppressif et conscient. Parce que pour moi, les deux vont vraiment ensemble. Puis je suis encore en train d’essayer de cristalliser lequel des deux termes va vraiment être le plus fort pour moi, mais aussi le plus résonant. Le plus juste. Le plus juste.

Et si on part peut-être du côté non oppressif, qui est vraiment la base de ce que j’ai développé dans les dernières années, notamment avec tout l’angle féministe que j’ai apporté à mon entreprise, mais aussi à ma façon d’aider mes clients, puis d’être en relation avec mes clients, notamment à travers mon rôle de coach et de marketeure et de créatrice de contenu, j’ai essayé de vraiment commencer à déconstruire comment on établissait des entreprises qui continuaient de perpétuer des modèles oppressifs qu’on voit dans le système, dans le marché de l’emploi, qu’on voit dans la mise de généralité dans le monde, qu’on voit même à travers certains couples.

Je te donne un exemple vraiment simple, c’est comme si soudainement, le mari ou le conjoint doit donner son approbation sur une grosse dépense qui est faite dans l’entreprise, on perpétue par exemple un modèle patriarcal. Dans certains cas, ce n’est pas toujours le cas, des fois le conjoint est un partenaire équitable dans l’entreprise, mais tout ça pour dire que c’est juste de faire attention de déconstruire les lieux où on pourrait perpétuer des oppressions systémiques à l’intérieur de notre entreprise.

Oppression systémique, c’est un terme peut-être un peu compliqué que pas tout le monde connaît, oppression systémique, en gros, comment on le définit, c’est qu’il y a des identités, comme par exemple, moi je suis une femme, je veux dire, je suis une personne neurodivergente, on a différents types d’identités qui soit rentrent dans la norme, donc les identités qui sont en pouvoir ou qui ont le plus de pouvoir dans la société, ou marginalisées, puis là à ce moment les identités qui sont plus marginalisées, donc hors normes, pas qu’elles sont moins bonnes ou qu’elles sont problématiques, c’est juste qu’elles sont hors normes, bien ces identités-là, le système n’est pas nécessairement créé avec ces personnes-là en tête.

Fait que là, tu sais, il y a comme plein de choses qu’on fait qui vont dans cette direction de maintenir ces structures de pouvoir-là en place, et au sein de nos entrepreneurs, pour moi c’est important qu’on soit conscient de quand on fait ça et comment on le fait et comment est-ce qu’on peut le déconstruire si on veut laisser une trace qui va être plus saine, mais aussi plus durable, et laisser une marque qui va changer un peu les choses aussi.

Quand on est tout seul, qu’on est solopreneur, finalement, il n’y a pas grand-chose, en fait il n’y a personne en haut de nous autres, en fait en l’entrepreneuriat en général, il n’y a personne en haut de nous autres, c’est nous qui va décider comment est-ce qu’on gère l’entreprise, comment est-ce qu’on bâtit les systèmes, et ainsi de suite, mais quand on n’a pas d’équipe, au final, on n’a pas personne d’autre à l’imposer qu’à nous-mêmes, pourquoi est-ce qu’on choisit de garder des systèmes comme ça à l’intérieur même de nos entreprises, souvent quand on est la seule à l’intérieur?

Souvent parce qu’on a toujours opéré comme ça, puis là je vais donner beaucoup d’exemples, parce que je pense que c’est par les exemples qu’on va comprendre. Un des premiers workshops qu’il y a dans mes programmes, ça s’appelle « Se fixer des objectifs non oppressifs ». Et puis là, si on pense juste à l’idée de se fixer des objectifs, ou à notre to-do list, ou à ce qu’on a mis dans nos objectifs trimestriels, dans nos objectifs de l’année, probablement dans certains de ces objectifs, puis on l’a tous fait, on va faire les objectifs smart, je veux faire 5000$ depuis la fin du mois avec mon produit, donc là on devient super précis, des choses comme ça.

Et là, ce qui arrive, c’est qu’on s’est donné cet objectif-là sans nécessairement concevoir « Pourquoi est-ce que je veux faire tant d’argent? » Ou le fameux 100 000$, le fameux genre. Pourquoi est-ce que je veux faire tant d’argent? Est-ce que c’est parce que j’ai l’impression que je ne suis pas assez avancée, ou que ma valeur va être plus justifiée quand j’aurai fait cet argent, ou que je vais enfin pouvoir prouver que je ne suis pas une bonne à rien, ou que je vaux quelque chose, tu sais.

Fait que c’est insidieux, parce que d’un côté, l’objectif a l’air neutre, mais d’un autre côté, le moteur qui nous amène à agir, il n’est pas neutre. Ce qui fait que, si on a un objectif oppressif, dans lequel on a par exemple mis notre valeur personnelle à l’intérieur, peut-être qu’on va faire un lancement avec, justement, on va se dire, c’est quoi la meilleure façon de le faire.

Fait que là, on va aller chercher les modèles des gens, peu importe si ça correspond à notre éthique ou non, parce qu’on doit absolument faire ce 100 000$, parce que si on ne fait pas ce 100 000$, c’est notre identité qui est comme complètement détruite. Où on va faire un lancement raté, puis là, on ne sera plus capable de se relever, on va devenir super confus, on va rentrer en réaction un peu traumatique, parce qu’on se dit, là, je suis en danger de ne pas faire cet objectif, et si je ne fais pas cet objectif, bien, là, j’ai peur des pensées qui vont rentrer dans ma tête, comme je suis bonne à rien, finalement, je n’aurais pas dû le faire, finalement, j’aurais dû écouter mon père, ou mon chum, ou mon ancien boss, ou des choses comme ça, et on perpétue à travers ça des modèles où on n’accepte que les autres déterminent notre valeur.

Fait que ça, c’est un exemple, tu sais, sur le côté productif, mais on peut avoir des exemples comme ça au niveau de notre pricing, tu sais, pas plus tard que ce matin, j’étais sur Thread, puis je discutais du fait que, sous-évaluer constamment nos produits, surtout en tant que femme, surtout quand on vend à des femmes, parce qu’on a l’impression que c’est tout ce que les gens peuvent s’offrir, bien, on continue à perpétuer l’idée que les femmes gagnent moins, les femmes ne sont pas capables d’investir, les femmes ne sont pas capables, genre, de voir la valeur quand ils la reconnaissent.

Tu parles de trauma puis tu as partagé dans un live que je trouvais super intéressant que je voulais qu’on aborde justement tout ce qui est trauma intergénérationnel. Tu parlais aussi à l’instant que justement les traumas en général, ce n’est pas juste la guerre, il y a des trucs qui sont plus insidieux mais qui nous arrivent quand on est jeune puis qui sont plus soft en général, on se dit, bien voyons donc, ce n’est pas si pire que ça, mais qui nous marquent. La famille en est un en général. Peux-tu nous parler un petit peu de ça puis comment est-ce que ça impacte l’entrepreneuriat aujourd’hui ou nos formes d’entrepreneuriat?

Oui, la famille, je pense que c’est un gros point d’ancrage parce que si on pense par exemple juste à notre identité professionnelle, qu’est-ce qu’on veut nous sinon que de rendre nos parents fiers, d’être des bonnes personnes bien intégrées dans la société, d’être capables d’être indépendants, de payer pour nos choses, d’avoir notre vie genre under control. Et pour certaines personnes, ça va être comme ok, je vais faire médecine, je vais faire avocat, je vais faire tous les métiers nobles que dans ma famille par exemple, on considère qu’on devrait faire.

Puis c’est drôle parce que moi, je travaille beaucoup avec des personnes créatives qui, là, il y a un autre discours autour des métiers créatifs, c’est des métiers qui ne font pas d’argent, donc les parents ne vont pas vouloir que tu ailles dans des métiers créatifs parce qu’ils se disent ok, c’est cool d’avoir un hobby, mais il va falloir que tu sois réaliste et que tu fasses de l’argent.

Bref. Il y a tout ce discours-là autour de ta valeur dans le clan familial. Mais aussi, il y a toute la notion des traumas qui sont venus des anciennes générations comme par exemple des parents qui ont vécu dans la pauvreté puis qui ne veulent justement pas que leurs enfants revivent ça, vont peut-être avoir quelque chose, vont peut-être avoir certains comportements ou certaines actions ou certaines peurs autour de l’argent qui vont avoir été transmis ou autour de manquer d’argent.

Puis le trauma autour de manquer d’argent, on peut voir comment ça peut influencer notre capacité à investir, à prendre des risques, à sortir des chemins déjà établis parce qu’on n’est pas confiant avec notre habileté à manœuvrer l’argent. Ça, c’est un exemple. C’est terrible parce qu’on n’est pas confiant de ça à cause, pas à cause de quelque chose qui nous est arrivé à nous.

Je pense que c’est ça qui est terrible puis qui est le plus insidieux en fait, c’est que justement, c’est que c’est quelque chose qui ne t’appartient pas. Tu sais, tu n’as jamais eu cette blessure-là directement. C’est la blessure de quelqu’un d’autre, c’est terrible.

Oui, et puis il y a de plus en plus de recherches, ça s’appelle l’épigénétique qui étudie dans le fond comment ces traumas-là sont passés à travers l’ADN, tu sais, à travers justement les gènes puis beaucoup des recherches qu’on lit en ce moment, c’est des blessures autour de, c’est des traumas autour de l’Holocauste, autour de génocides puis des choses comme ça, mais si on pense aussi plus systémique, tu sais, on peut voir que des traumas racistes, des traumas misogynes peuvent être perpétués.

Ce n’est pas pour rien qu’on n’a pas besoin d’avoir été dit que c’est dangereux d’être une femme pour ressentir que c’est dangereux d’être une femme quand on sort le soir dans la rue, tu sais, personne n’a besoin de nous l’avoir dit spécifiquement pour qu’on le ressente en nous puis qu’on soit alerte puis qu’on ait ces réactions-là si quelque chose se passe, tu sais.

C’est correct parce que, bon, l’évolution nous permet ici, genre, de se protéger. Mais, quand on arrive dans l’entrepreneuriat puis qu’on voit que justement, il y a comme tout ce côté historique, qui fait partie de nous aussi, ben, tu sais, c’est important de travailler avec la conscience de ces choses-là sans rentrer dans la honte, tu sais, le gaslighting de soi ou, tu sais, de faire des choses qui sont peut-être encore plus violentes puis qui vont nous traumatiser littéralement, genre, parce qu’on est en train de forcer à travers quelque chose versus comprendre le contexte dans lequel on évolue puis dans lequel on doit juste travailler un peu plus en conscience.

Est-ce qu’on va, genre, éliminer les traumas, genre, du jour au lendemain juste parce qu’on devient entrepreneur? Non. Est-ce qu’on doit absolument rentrer dans des thérapies super approfondies? Non. Moi, tout ce que je dis, c’est de prendre ça en considération surtout parce que on a, nous aussi, une responsabilité sur ce qu’on va léguer aux futures générations, aux autres, aux communautés qu’on sert puis on a un contrôle à travers le travail qu’on fait sur nous-mêmes mais aussi les modèles qu’on perpétue dans nos entreprises avec nos entreprises.

Ça me fait penser, je pense que c’est la fin de semaine passée, j’étais, ou l’autre avant, j’étais chez mes parents un soir, tu sais, puis je t’en ai parlé, ma soeur se marie en 2025, tu sais, puis là, elle voulait faire des, tu sais, les espèces de presse papier, là, avec la shape qui s’imprime dans le banc. Oui.

Le père de ma mère en avait un avec le sien, il était médecin, c’était donc bien, tu sais, fascinant, une vieille affaire, tu sais. Puis là, on essayait d’enlever la presse dans le milieu de la machine parce que, ou on essayait de le défaire pour être capable de mettre un que ma soeur pourrait mettre avec pour son mariage puis il est en plus dans des enveloppes, tu sais.

Puis là, moi, j’étais en train de gosser avec puis je disais, voyons, comment est-ce que ça marche? Puis là, ma mère arrive à côté, elle dit, montre-le à ton père, montre-le à Louis, les garçons sont moins avec ça. Puis là, j’étais comme, tu sais, si tu t’arrêtes pas à ça puis tu dis, tu sais, c’est donc bien vrai, les garçons sont meilleurs avec ça, tu prends ses propres blessures, je sais pas d’où est-ce qu’elles viennent dans son cas, tu sais, mais ses propres blessures puis je continue de me le dire dans ma tête, c’est vrai, les garçons sont meilleurs avec ça.

Puis après ça, quelque part, quand je vais être en train de focailler sur ma business pour une affaire technique, je vais dire, hey, je vais aller demander à quelqu’un d’autre, les filles sont pas bonnes avec ça anyway, puis on l’entend à travers, les finances sont pas bonnes, la gestion, faire la croissance, c’est des genres de choses qu’on se fait dire par nos parents puis encore aujourd’hui, malheureusement, parce que c’est des choses qui, comme tu l’as mentionné, sont systémiques, tu sais.

Fait que d’essayer de se dire, attends, est-ce que les filles sont pas bonnes avec ça ou les garçons sont meilleurs avec ça, c’est quelque chose qui m’appartient, est-ce que je crois vraiment à ça? Je pense qu’il y a comme un audit à faire à la base, puis, mais à l’inverse, tu sais, comment est-ce que tu définirais l’entrepreneuriat non-oppressif? Ça aurait l’air de quoi les décisions qu’on prend dans les différentes sphères de la business?

Oui, c’est là que je trouve intéressant de l’amener comme dans la conscience, tu sais, dans l’entrepreneuriat conscient ou cette notion-là, parce que pour moi, c’est vraiment tout part de là, de juste conscientiser, dans le sens mener à la lumière, genre on va l’utiliser dans le terme le plus générique possible, tu sais, conscientiser, c’est juste comme mener, mettre de la lumière sur quelque chose pour pouvoir le voir, tu sais, sans le laisser dans l’inconscient, sans le laisser dans la noirceur, sans faire semblant qu’il n’existe pas, sans essayer de contourner les choses en se disant on a toujours fait les choses comme ça anyway, puis c’est comme ça que ça marche.

Fait que c’est de commencer par conscientiser qu’il y a des dynamiques systémiques, puis tu sais, l’autre fois, je commentais sous une publication qui disait est-ce que c’est vraiment nécessaire qu’on ait des groupes pour supporter les femmes ou des concours pour les femmes entrepreneurs ou des choses comme ça, puis pour moi, oui, parce que si on n’en a pas, comment est-ce qu’on conscientise les degrés de difficultés ou les traumas ou la misogynie internalisée ou toutes ces choses-là qui existent, qu’on le veuille ou non.

Tu sais, on ne peut pas continuer à faire semblant que ça n’existe pas, tu sais, je veux dire, on est comme dans une espèce de denial, un déni global de choses qui sont prouvées et reprouvées constamment à travers des études, à travers des expériences personnelles, à travers des histoires, à travers les générations. Fait que la première chose, c’est de juste conscientiser, tu sais, c’est quoi notre expérience dans l’entrepreneuriat.

Puis ensuite, pour prendre des décisions non-oppressives, je pense qu’il y a quelque chose qui est quand même important à savoir, c’est que pas tout ce qui est non-oppressif va être confortable. Tu sais, de ne pas faire une association entre, bien, il faut juste que ma business soit confortable puis que je suive genre mon flow puis que là, tout va bien aller.

Mais vraiment, de comprendre qu’il y a certaines choses qui sont non-oppressives, comme par exemple, tu sais, de dire à ta mère, ne serait-ce que de répondre à ta mère. Je ne sais pas si tu as répondu à ta mère quand elle a dit ce commentaire-là, mais ne serait-ce que de répondre à ta mère pour certaines personnes, c’est déjà un challenge, tu sais, parce qu’ils vont dire comme, ah, c’est ce que ma mère pense puis whatever.

Sauf que là, tu vois, mettons, ton fils est là, qui considère que c’est une vérité. Fait que, tu sais, pour certaines personnes, juste dire comme, écoute, maman, j’aimerais ça que tu ne dises pas ça, ça peut être très inconfortable, tu sais, ça peut créer du conflit dépendamment de la personnalité de ta mère ou whatever, tu sais.

Fait que, parfois, prendre des décisions qui sont non-oppressives vont générer de l’inconfort parce que ça veut dire que, par exemple, on arrête de faire quelque chose qu’on faisait parce que c’était socialement accepté ou parce que c’est ce qu’on a l’impression que tout le monde veut qu’on fasse.

Puis là, je donne un autre exemple. Moi, je travaille beaucoup avec des personnes qui sont des coachs. Ce n’est pas pour rien qu’il y a autant de femmes qui sont coachs dans les milieux du coaching. Le coaching est un milieu du soin, tu sais. Et les métiers du soin ont toujours été dévalués parce qu’ils ont été relégués aux femmes. Et les femmes, qu’est-ce qu’elles doivent faire? Elles doivent s’occuper des gens, idéalement, sans être rémunérées.

Fait que là, quand il y a beaucoup de conversations autour de ces coachs qui cherchent tellement cher et nanana, de façon sous-jacente, il y a une idée de le soin devrait être donné, on ne devrait pas charger trop cher, on devrait se sacrifier pour le bien-être collectif, etc. Donc, par exemple, de dire, moi, avec moi, mes appels exploratoires, je les charge 100$ ou peu importe, ça va être très inconfortable, mais en même temps, ça rentre dans une décision non-oppressive où on dit, mon temps doit être rémunéré parce que le temps que je passe à régler des problèmes des autres, je ne suis pas en train de les passer avec ma famille, à faire mes hobbies, à développer d’autres business ou des choses comme ça.

Juste de conscientiser le système autour de ces décisions-là et de dire, quand j’ai envie de charger moins cher, c’est quoi les voix et les injonctions que j’entends et comment est-ce que je les déconstruis pour que ce soit plus proche de la réalité que je veux voir concrétiser et que je veux pour les prochaines générations et des choses comme ça.

Pour moi, non-oppressif, c’est vraiment de créer des business dans lesquelles on ne réplique pas ou on réduit dans le fond parce qu’on va toujours continuer à… On n’est pas non plus… En tout cas, on doit vivre dans le système jusqu’à un certain point. C’est de conscientiser ces choses-là et de prendre des décisions intentionnelles pour pouvoir après ça changer les choses de façon incrémentielle. C’est une chose à la fois.

Comment est-ce qu’on fait pour faire cet audit-là de ce que tu ne sais pas? C’est difficile à faire. Premièrement, tout va bien dans notre vie et tout roule. Je trouve ça intéressant par rapport à cette publication que j’avais lue sur LinkedIn. C’était drôle parce qu’après ça, il y a une journaliste qui m’a contactée pour commenter parce qu’elle va écrire un article là-dessus.

Bref. Mais la personne qui avait fait la publication qui disait qu’on n’a pas besoin d’espace homme-femme ou des choses comme ça. Je trouvais ça intéressant mais nullement pour juger. C’est juste des faits. La personne était blonde, mince. Elle avait toutes les apparences externes du succès comme on se l’imagine. Là, je mets succès entre guillemets. Fait qu’elle avait déjà ce qu’on appelle des privilèges qui la mettaient dans le groupe dominant ou la strata dominante même si elle est dans un groupe marginalisé qu’on appelle des femmes qui est complètement absurde.

Mais bref. Il y a des intersections d’identité comme ça et c’est pour ça que le féminisme intersectionnel est important à prendre en compte parce que par exemple, une femme blanche versus une femme noire n’ont pas les mêmes privilèges, ils n’ont pas la même réalité. On ne peut pas non plus dire que parce que moi, j’agis de telle façon, ça va donner les mêmes résultats pour une femme noire.

Elle a d’autres enjeux intergénérationnels, d’autres traumas, une autre situation économique et tout ça. Et bien, systémique encore une fois. Donc, prendre en considération ces privilèges, si nous, on est comme dans la strata la plus privilégiée, on va sûrement ne pas voir ces choses. Puis, on a le choix. On a le choix de juste continuer puis perpétuer.

Si par contre, on sent qu’on a constamment des difficultés avec un certain truc, on est tout le temps frustré à propos de quelque chose. On a un stress très axé dans une sphère de notre business. On a l’impression qu’on sait ce qu’on doit faire mais on n’y arrive pas pour un tas de raisons qu’on n’arrive pas nécessairement à identifier. Pour moi, les plus grandes sources où on commence à vouloir mettre de la conscience, c’est d’identifier où est la confusion.

Où est la confusion? Parce que la confusion, c’est un état souvent traumatique. La confusion, c’est notre cerveau qui décide qu’il n’est plus capable de voir l’information puis de la trier. Puis, c’est juste comme soit il y a un overwhelm, soit genre il y a des choses qui ne connectent pas ou des choses comme ça.

Où est la confusion? Puis, après ça, on peut commencer à sortir, tu as parlé des spaghettis, sortir des spaghettis un petit peu, un à la fois pour voir, ok, est-ce qu’il y a un chemin à travers lequel je suis en train d’avoir des assumptions ou de travailler à l’encontre de ma nature ou il y a mon inconscient qui est en train de s’élever contre les actions que je veux.

Je veux faire 100 000$ dans l’année, mais je n’arrive pas à me montrer le visage sur les réseaux sociaux, je n’arrive pas à payer, à booker des appels exploratoires parce que je n’arrive pas à mettre un call to action dans mes trucs. Là, on commence à déconstruire pour voir ce qui se cache en dessous de ça parce que quand on va commencer à déconstruire, on va trouver une façon alternative d’atteindre le résultat, c’est juste que le chemin qui est en train d’essayer de passer est bloqué.

Pour moi, il y a beaucoup de travail d’auto-coaching qu’on peut faire, du travail de régularisation du système nerveux. Ça peut être aussi simple que la vision périphérique, juste rentrer en mode vision périphérique, c’est-à-dire à la place de mettre un focus sur quelque chose, tu regardes devant toi un point et après, tu essaies de voir plus à l’extérieur de toi, à l’extérieur de toi, parce que le corps réagit à nos réactions traumatiques.

Quand on a une réaction traumatique comme la confusion ou l’anxiété, c’est une réaction corporelle, c’est une réaction somatique. Fait que le travail qu’on fait au niveau de déconstruire tout ça, c’est un travail qui doit passer autant par le corps que par le cerveau puis c’est là que le coaching plus somatique devient intéressant. Surtout si on est avec quelqu’un qui est capable de reconnaître ces patterns-là pour nous.

Si nous, on veut juste commencer à les reconnaître pour nous-mêmes, c’est de commencer à se… Moi, je suggère de commencer à lire un peu sur le féminisme, l’état genre, le… Roxane Gay, Bell Hooks, Audrey Lord, des livres qui expliquent un peu ces choses-là. Un que j’avais bien aimé, c’était Sorcière de Mona Cholet. Il y a beaucoup de livres comme ça qui peuvent commencer à nous faire voir la situation dans laquelle on baigne puis pour moi, ça a été vraiment beaucoup de déclics aussi de voir comme, OK, bien, il y a le côté argent, il y a le côté interpersonnel, relation interpersonnelle, il y a le côté confiance en soi, il y a le côté relation au corps puis toutes ces choses-là ont un effet dans notre business.

Tu parles aussi de marketing non-oppressif, ça ressemble à quoi? Comment est-ce que nous, on devient finalement l’oppresseur à la limite pour nos clients potentiels?

Oui. Bon, puis là, on rentre dans un autre aspect de cette conversation qui est… OK, j’essaie de voir comment ne pas trop compliquer ça, je trouve que c’est quand même dense, mais la façon dont l’entreprise… Bon, ce qui est intéressant avec le féminisme puis quand on commence à s’intéresser à ces choses-là puis à l’oppression systémique, c’est qu’on réalise qu’il y a des systèmes globaux, aucun système est dans un enclos, OK?

Fait que le système économique est lié au système politique, le système politique est lié aux façons dont, tu sais, aux cultures, les cultures sont liées avec notre histoire et tout ça est lié à l’environnement et à notre façon genre de comprendre le monde puis notre place dans l’univers, OK?

Fait que l’économie qu’on connaît aujourd’hui, le capitalisme tardif dans lequel on est, a une relation très tendue avec l’environnement. Tu sais, on est ici aujourd’hui parce qu’on a emprunté sur les ressources environnementales. On a cru que la nature était un puits sans fond à utiliser pour nous et donc, on, le capitalisme tardif est basé sur un modèle extractif de, tu sais, des ressources.

C’est-à-dire que nous comme humains, on extrait pour notre consommation sans nécessairement réfléchir à la régénérescence du système. Tu sais, on consomme plus que ce qu’on a besoin pour s’enrichir. Malheureusement. L’extraction, elle existe pas juste au niveau des ressources naturelles, mais aussi des ressources humaines comme notre énergie, notre créativité.

Tu sais, puis ça, on le voit beaucoup, par exemple, dans les réseaux sociaux où on est comme, on se sent peut-être qu’on a l’impression qu’on doit constamment nourrir la bête. Tu sais, on doit constamment extraire la valeur de notre cerveau, de notre énergie pour être présent puis pour être là parce qu’éventuellement on veut extraire de l’argent de d’autres personnes pour ensuite, nous, on va pouvoir se bâtir notre propre empire, etc.

Tu sais, il y a comme cette notion très coloniale aussi de, colonialiste, de bâtir un empire économique, tu sais, établir son queendom, tu sais, whatever. Mais quand on revient au marketing non-oppressif, c’est de voir comment est-ce que je suis en train de perpétuer, moi aussi, des modèles, tu sais, colonialistes, des modèles extractifs, des modèles qui perpétuent, par exemple, l’idée que tu dois, si tu n’achètes pas ceci, tu vas manquer ta chance à jamais, tu sais, comme cette idée de travailler dans le manque, d’aller chercher, justement, la peur des autres.

Fait que, tu sais, souvent, bon, les gens vont parler de marketing éthique, il y a des choses comme ça. Mais, aussi, par rapport à nous, comment est-ce qu’on est oppressif dans notre façon d’être exploité par notre entreprise, par les réseaux sociaux, par les différentes choses qu’on met en place.

Fait que, le marketing non-oppressif, c’est encore une fois, c’est un marketing conscient et conscientisé de où est-ce que je suis en train de m’exploiter sans qu’il y ait un sens pour moi. Parce que, des fois, on peut décider aussi de dire, je vais mettre les bouchées doubles sans que ce soit de l’exploitation, tu sais.

Puis, encore une fois, c’est pas comme un guide pas à pas à suivre, mais c’est vraiment une approche un peu analytique de notre entreprise où on reconnaît ces choses-là pour créer des stratégies qui sont plus durables, plus régénératives. Fait que, le but ici, c’est de retrouver une certaine régénération où on n’est pas constamment en train de, tu sais, premièrement, extraire des autres, extraire de nous-mêmes jusqu’à ce qu’il reste plus rien.

Mais dans le fond, il y a aussi quand même une différence à voir, bien, en fait, il y a clairement une différence, mais je veux dire, au niveau de l’entrepreneuriat général, ça va être plus la relation qu’on a avec notre entreprise, ça va être, tu sais, les impacts sur soi, qu’est-ce que nous, on crée. Évidemment, il y a aussi tout ce qui est, les gens qui travaillent sous nous, si applicable, mais tout ce qui est marketing et vente, c’est vraiment plus vers l’extérieur aussi, c’est la relation avec les autres.

Oui, c’est aussi, comme tu l’as mentionné, comment est-ce que nous, on approche ce marketing-là, mais encore une fois, c’est en lien avec qu’est-ce qu’on devrait faire vers l’extérieur, t’est-ce qu’il y a comme, pour moi, je vois quand même une espèce de ligne dans le milieu où t’as comme, oui, t’as l’entrepreneuriat général qui va chapeauter ça, mais que le marketing, si on veut vraiment en faire la différence, ça va tout ce qui va se retourner vers l’extérieur.

As-tu des exemples de trucs au niveau vraiment vente, marketing, qui seraient des trucs à éviter finalement?

Hum. Ben, moi, je suis pas, je suis une, je suis réseau agnostique puis je suis tactique agnostique, c’est-à-dire que, pour moi, il n’y a pas de bonne tactique marketing ou de mauvaise tactique marketing, tu peux être un vendeur porte-à-porte complètement odieux ou tu peux faire du porte-à-porte puis tu vas arriver au bon moment pour moi puis je suis juste comme, merci d’être venue, genre, conner à ma porte avec la solution dont j’avais besoin.

Fait que, j’ai pas, tu sais, je suis pas quelqu’un qui croit que c’est utile de démoniser certaines façons de faire. De la même façon que pour moi, le marketing de contenu, ça peut être très extractif et oppressif, mais c’est aussi une façon assez facile d’accès et organique, tu sais, d’aller chercher des leads. Fait que, on va commencer là-dessus.

Mais maintenant, un exemple de chose qui pourrait être comme du marketing oppressif, je pense que c’est toute cette notion, par exemple, de demander à quelqu’un d’acheter dans un appel, tu sais, ça pour moi, dans mon système de valeur… Mais au niveau de la vente, ça, c’est un petit peu différent. Moi, je réalise ça en même temps qu’on parle. Pour moi, si on reste purement du côté du marketing, ça va être vraiment beaucoup plus axé sur soi. Donc, qu’est-ce qui est oppressif pour moi?

Je donnais encore une fois un autre exemple. J’étais en train d’écrire un post sur… Il y avait une coach qui m’avait dit, par exemple, qu’il fallait que je m’arrange mieux pour accéder à être sur mes reels parce que ça donnait pas confiance si mes cheveux étaient tout croches, whatever. OK? Je donne cet exemple-là. Pis ça m’a fait réfléchir, t’sais, parce que d’un côté, quand je réfléchis à le fait de devoir m’arranger pour mon apparence, t’sais, je sais qu’il y a un côté misogyne, probablement, là-dedans, et il y a un côté qui est très logique dans le sens qu’on juge les gens par leur apparence.

C’est une réalité. T’sais, comme que je l’aime ou non, cette réalité, elle en fait partie. Fait que quand je construis mon brand, c’est vraiment important que ce soit intentionnel dans ma tête de dire, est-ce que je veux, par exemple, avoir un brand qui correspond à ces images qui sont considérées comme étant des images de respect pour beaucoup de gens? Le fait de voir quelqu’un bien arrangé à la caméra avec un bel angle, une belle lumière et tout ça, pour plusieurs, c’est une marque de respect. Pour d’autres, c’est oppressif. T’sais?

Alors là, je dois m’asseoir avec cette question-là et me poser, réfléchir à mon positionnement, à savoir, qu’est-ce que je veux envoyer comme message? Qu’est-ce que je veux m’envoyer à moi aussi comme message? Est-ce que je suis à l’aise à performer d’une certaine façon? Ou est-ce que je veux pas du tout performer de cette façon-là? Et là, ça, ça va informer mon brand. Ça va informer mon fil Instagram.

Ça va informer le nombre de fois que je vais m’asseoir pour enregistrer des reels. Parce que si je dois me faire un full make-up à chaque fois, je vais batcher mon contenu en une journée, probablement. T’sais? Fait que ça vient chercher toutes ces décisions-là, mais ça part d’une réflexion intentionnelle sur le brand.

Puis au niveau de la vente, parce qu’on a regardé beaucoup au niveau du marketing, mais au niveau de la vente, ce serait quoi finalement ces tactiques-là plus oppressives qu’on veut essayer d’éviter peut-être?

Parce qu’évidemment, c’est un petit peu comme le marketing. Il y a aussi mille et une façons de vendre, que ce soit en one-on-one, en différé avec les funnels evergreen, mais qu’est-ce qu’on veut éviter finalement ou quel concept? Tu sais, comme par exemple, parce que moi, j’ai une certification en coaching féministe, Advanced Feminist Coaching. J’ai fait ça avec Caralla Wental et tout ça.

Puis un des principes dans le coaching féministe, c’est par exemple un concept de non-hiérarchique, dans le sens que je ne considère pas que je suis… Tu sais, je respecte ton autonomie et ton intelligence à 100%. Tu sais, fait que souvent, ce qui va arriver dans une relation de vente, c’est qu’il va y avoir une position non-hiérarchique qui va être créée entre celui qui est le client qui est souvent plus vulnérable parce qu’il y a un problème à régler, parce qu’on est en train de lui montrer à quel point il manque quelque chose, d’où ce que je parlais tantôt à propos du manque, et quelqu’un qui se considère supérieur parce qu’il a quelque chose que l’autre a besoin.

Fait qu’il faut faire attention à cette relation psychologique de pouvoir parce que dans cette situation-là, la personne qui manque, souvent, elle va considérer que, ou elle peut perdre sa conscience de son autonomie. Tu sais, et donc, elle va agir selon l’autorité qui lui dit quoi faire. Donc, sors ton compte, ta carte de crédit, genre, nanana.

Et, encore une fois, tu sais, il y a, être non-hiérarchique, ça ne veut pas dire non plus être passif. Fait que là, c’est de voir comment est-ce qu’on peut être à la fois un leader, être capable d’amener et d’inspirer nos clients à l’action, de leur donner l’information dont ils ont besoin, de les amener à travers un processus de vente qui est, dans le fond, un processus de décision.

C’est souvent, genre, les gens voient le processus de vente comme quelque chose, comme je vais manipuler quelqu’un à faire quelque chose. Non! C’est un processus de décision, mais de se rappeler que la décision reste toujours dans la main de l’autre personne et donc de s’assurer que cette décision, elle est prise en conscience dans le plein contrôle de ses moyens.

Fait que, par exemple, je reprends l’exemple de demander à quelqu’un de prendre une décision sur un appel, t’sais, pour avoir, mettons, un certain bonus ou des choses comme ça, surtout si c’est du high ticket ou des choses comme ça, t’sais, la pression qui est exercée sur cette personne est peut-être trop haute pour qu’elle puisse aller activer son intelligence.

Là, elle est dans un état réactif, t’sais. Fait que, pour moi, ça, ça serait une tactique de vente oppressive, t’sais, sachant que ça demande une force un peu plus grande, une confiance en soi un peu plus grande, un état d’esprit un peu plus fort pour dire non devant quelqu’un qu’on considère être une autorité.

Sachant aussi que, à quelque part, si on respecte l’autonomie des gens, t’sais, moi, j’ai déjà été dans des appels où il y avait de la vente à pression comme ça, mais t’sais, j’ai des systèmes internes comme dire ça me prend au moins quatre jours de décision, t’sais, il faut que je dorme dessus pendant quatre jours, fait que, quand quelqu’un, genre, essaye de me forcer, autant j’ai envie de dire oui puis de faire let’s go, on y va, autant j’ai des systèmes à l’interne qui me permettent de me protéger par rapport à ça.

Quel genre de système? À part ton quatre jours tu fais ça? T’sais, justement, un quatre jours ou, t’sais, moi, je fais beaucoup de journaling, fait que, t’sais, je suis déjà, je conscientise beaucoup aussi quand je suis dans des états plus vulnérables ou des moments où je suis pas bonne pour prendre une décision, j’ai besoin de plus de temps pour prendre une décision.

Fait que, je suis très en contact avec mon ressenti puis mon corps, à savoir, est-ce que, là, je suis en train de prendre une décision qui est juste une peur, une angoisse, ou est-ce que je prends une décision qui est vraiment désalignée avec moi? Fait que, t’sais, cette pratique-là aussi qui est pas, qui est pas toujours facile à faire, mais, t’sais, qu’on pratique avec le temps.

Fait que, dans le fond, c’est ça, t’sais, c’est de voir comment est-ce qu’on perpétue ces choses-là, sauveur, sauvé, ça, c’est une autre dynamique qui est, qui a beaucoup lieu aussi chez les femmes, je trouve, on veut souvent être dans la position du sauveur, et on va aller à travers beaucoup de troubles pour se considérer le sauveur de quelqu’un, parce qu’à quelque part, ça nous donne un certain pouvoir, t’sais, ça nous valide, puis ça nous permet d’avoir l’impression qu’on a un certain impact.

Fait que, t’sais, encore une fois, c’est pas qu’il y a une bonne ou mauvaise réponse, une bonne ou une mauvaise façon de faire, c’est juste de, quand je réfléchis à ce que je veux faire, t’sais, quand je réfléchis à comment je veux le faire, puis à ce que je veux laisser comme trace, comme marque, est-ce que ça, ça en fait partie?

Écoute, j’ai le temps pour un dernier concept slash discussion avant qu’on termine, puis je voulais justement qu’on aborde tout ce qui était l’argent et le luxe parce que, c’est très certainement un point sensible, on l’a touché d’ailleurs un petit peu tantôt, à adresser quand on veut faire des changements qui sont durables.

Par contre, c’est quelque chose qui est assez polarisant. Est-ce que la recherche du succès ou même l’abondance financière ne sont pas des concepts eux-mêmes tirés d’oppression? Puis on a parlé aussi de tantôt tout ce qui était de retirer des ressources. Puis je pense que ça, c’est une affaire qui est très controversée par rapport au luxe en général.

J’avais fait un… J’ai donné une masterclass l’été passé sur ce que j’ai appelé luxe-énergie. Puis c’était vraiment intéressant parce que je pense que, justement, on va démoniser le luxe en l’associant à l’industrie du luxe. OK? Donc, il y a deux concepts. Il y a l’industrie du luxe avec Chanel, Louis Vuitton, toutes les grosses marques. Puis on pourrait même dire, moi je dis, le coaching fait partie de l’industrie du luxe. OK?

Et… Puis il y a le concept de luxe lui-même, la définition du luxe. Puis moi, la façon dont je le vois, c’est… Le luxe, c’est ce qui est inutile. OK? Oui. Mais qui procure un plaisir inhérent. OK? Inutile ou non essentiel? Bien, j’aime le terme inutile puis je vais te dire pourquoi. OK, vas-y. Parce que dans notre vision extractive du travail et de la productivité, tout ce qui est inutile n’a pas de valeur.

OK? Dans le sens que si je fais une sieste en plein milieu de l’après-midi puis je suis supposée être en train de travailler, je suis en train de voler de l’argent à mon employeur. Je n’ai pas de valeur quand je ne travaille pas et je ne produis pas, qu’on n’est pas capable d’extraire de moi du travail.

Le luxe fonctionne dans la même logique dans le sens de dire voici une chose qui n’a pas d’utilité. Là, j’ai un bouquet de fleurs derrière moi. Voici une chose qui n’a pas d’utilité. Et pourtant, elle me procure du plaisir, elle me procure une valeur. L’art est un bel exemple. J’aime collectionner l’art aussi. C’est une des choses que j’apprécie beaucoup de pouvoir avoir eu assez d’argent avec mon entreprise pour commencer à collectionner l’art.

Et donc, le luxe nous permet genre de transformer notre vision puis de dire je vais valoriser quelque chose d’inutile pour le simple plaisir d’eux. Et là, je pense qu’à ce moment-là, on transforme la vision du monde d’extraction et de manque et de gagner sa vie. Genre, chaque personne doit gagner sa place sur Terre à quelque part en contribuant à la machine capitaliste.

Et d’un autre côté, on a des choses qui sont à l’extérieur de cette expérience-là qui ont une valeur immense simplement parce qu’ils sont inutiles. Puis, l’industrie du luxe fonctionne sur cette idée-là genre comme c’est inutile de mettre un logo sur un sac et pourtant, c’est ce qu’il fait. Bon, bref. Après ça, il y a des conversations autour du statut puis de qu’est-ce que ça crée pour vrai d’avoir ces éléments-là.

Mais le luxe, dans la définition que moi, je l’utilise, c’est autour de cette inutilité. Et donc, quand on commence à travailler avec cette énergie-là dans même nos concepts non-oppressifs, on commence à introduire d’autres façons de définir et de voir la valeur des choses, y compris la valeur communautaire de valoriser l’esthétique ou peu importe.

Fait que quand on parle d’argent, pour moi, le luxe, on pourrait avoir cette conversation sans parler d’argent, mais si on parle vraiment d’argent ou de faire de l’argent ou des choses comme ça, à ce moment-là, on parle de profitabilité, on parle de ce que moi, j’appelle l’éthique de profit.

Ça, c’est une autre question, mais elle est liée. Mais bref, je voulais juste, je sais qu’on n’a pas énormément de temps, mais je voulais juste donner cette petite définition-là du luxe parce que je pense qu’elle permet justement de renverser la honte ou de comprendre un peu le dégoût qu’on a parfois à vouloir s’associer à ce qui est luxueux puis que ce dégoût-là, à quelque part, est oppressif, selon moi.

Cette honte est oppressive parce qu’elle fait partie d’un système qui est basé sur l’exploitation.

Bien, écoute, c’est ça. C’est aussi difficile de naviguer le luxe en général, comme je t’ai mentionné tantôt par rapport à, par exemple, ces grandes marques-là que c’est pas juste une question de mettre un logo sur quelque chose. C’est aussi la production qui est tricky, mais l’art, c’est aussi, c’est quelqu’un qui l’a fait, c’est le temps, c’est les émotions que ça te procure.

Fait que, tu sais, il y a certains trucs qui sont peut-être moins oppressifs que d’autres dans le luxe, je pense. Il est difficile de naviguer ça, mais juste le concept lui-même du luxe puis d’être capable de… J’aime ta définition, en fait, de l’inutilité puis de qu’est-ce que ça amène comme valeur à la société au niveau productif. Je trouve ça super parce que même moi, je suis comme, hey man, mais, je vais aller faire ma sieste puis c’est vrai que c’est un luxe. Genre, j’ai pas besoin de me payer quoi que ce soit pour faire ça. Ça reste un luxe qui est complètement inutile et non productif.

Tu mentionnais dans le live que j’ai mentionné tantôt, ça prend une certaine dose de sécurité pour être capable d’innover. Puis je voulais terminer avec cette question-là parce que je trouvais ça super intéressant puis je pense aussi que c’est lié avec tout ce qui est luxe, des argents aussi mine de rien. Est-ce que tu pourrais m’expliquer qu’est-ce que ça veut dire?

Ouais. Dans, bon, là, on a parlé beaucoup de concepts puis j’aime ça, Jean, parce qu’un des concepts qui est lié avec ça, avec l’innovation, c’est la créativité. Puis la créativité de nos jours, surtout si on est un entrepreneur du web, c’est notre gagne-pain. Tu sais, oui, on fait des choses pour nos clients, mais ultimement, nos publications, c’est de la créativité, nos cours, si on prend des cours en ligne, c’est de la créativité, notre façon d’interagir avec les gens, c’est de la créativité.

Puis la créativité, c’est quelque chose qui ne peut pas être déployé à son plein potentiel si on est constamment en état de survie. Si on est constamment en train de savoir est-ce que je vais avoir assez à manger pour mes enfants, est-ce que je vais être capable de payer mon loyer, est-ce que, tu sais, dans ces circonstances-là, on est en état de survie et ce qu’on va sûrement faire, c’est c’est quoi la façon la plus sûre et la plus rapide de remplir mes besoins.

Donc, des fois, la façon la plus sûre et rapide, ça va peut-être être d’innover, mais généralement, ça va être de voir c’est quoi le low-hanging fruit, le fruit à aller chercher puis là, on va aller, tu sais, on va travailler à McDo, on va se prendre une job à temps partiel, tu sais, comme l’entrepreneuriat en soi n’est pas nécessairement la voie la plus rapide et la plus sûre quand on est en état de survie.

Donc, ça nous prend un certain seuil de sécurité pour être capable après ça d’avoir l’espace mental, l’espace psychologique, l’espace émotionnel pour innover, changer les choses, travailler sur nos traumas, tu sais, développer des nouveaux concepts, avoir des conversations comme on a maintenant, tu sais, puis utiliser ce temps-là dans quelque chose qui va être un peu plus transformationnel, tu sais.

Fait que ça nous prend ces downtime-là pour être capable après ça de créer avec un peu plus de liberté. Puis je pense que créativité et liberté sont deux concepts qui vont ensemble et que souvent, ce qu’on a voulu chercher avec l’entrepreneuriat, c’est la liberté a.k.a. la plus de créativité.

Et le problème souvent, c’est que on bâtit des entreprises qui sont focussées sur la survie en espérant qu’un jour, on va pouvoir aller chercher cette créativité-là puis cette liberté-là puis des choses comme ça.

Mais est-ce que donc l’entrepreneuriat non-oppressif est réservé à ceux qui ont déjà réussi, pas ceux qui sont encore en mode survie? C’est une bonne question puis c’est une bonne question parce que moi, selon moi, je pense que l’entrepreneuriat, c’est pas la voie pour ceux qui n’ont pas nécessairement déjà des filets de sécurité.

Même si c’est fort probablement culturel ce que je dis parce que, par exemple, je parlais avec une personne du Cameroun récemment puis il disait, tu sais, chez nous, tout le monde est entrepreneur parce que c’est comme faut que tu trouves une chose. Tu sais, t’es comme en relation avec d’autres, faut que tu communautairement, communalement, on est tous des entrepreneurs qui s’aidons les uns les autres à survivre.

Dans notre culture hyper individualiste où on n’a pas cette notion communale où si jamais j’ai pas à manger, mon voisin va m’amener quelque chose, ta ta ta ta, gentil, puis on s’aide comme ça, c’est très risqué de rentrer dans le milieu entrepreneurial sans avoir soit des filets de sécurité sous la forme de je pourrais me retrouver une autre job, je pourrais faire du temps partiel, j’ai un conjoint ou une conjointe qui peut assurer une certaine équilibre dans la famille pendant que je fais lever mon entreprise.

Selon moi, oui, parce que l’entrepreneuriat dans notre contexte actuel devrait être pas réservé, mais priorisé par des personnes qui ont déjà une certaine sécurité parce que le danger est grand.

T’es doomed si t’as pas ces filets-là dans le sens où, je veux dire, pour te sortir d’une certaine situation, par exemple, le salarié, on le sait, c’est dur d’augmenter son salaire, tu peux faire du job hopping, ce genre de truc-là, mais au final, t’es quand même poigné par quel métier t’as choisi aussi, puis t’sais, bon, bref, il y a quand même une augmentation maximale, je dirais, de qu’est-ce que tu peux générer comme revenu, tandis qu’avec l’entrepreneuriat, pour se lancer là-dedans, pour faire ce saut-là, si t’as pas le filet, ben, t’sais, je veux dire, ça va être extrêmement difficile.

Ouais, mais le filet, ça peut être, t’sais, t’as un skill de graphiste, t’sais, puis tu sais que tu peux trouver rapidement une job de graphiste, t’sais, comme t’as des aptitudes déjà de choses que tu peux faire, t’sais, fait que, ultimement, d’un côté, je suis d’accord avec toi, tout le monde peut avoir l’esprit entrepreneurial, puis trouver des façons de faire de l’argent, t’sais, puis d’assurer sa survie, t’sais, d’un autre côté, bâtir des entreprises, t’sais, bâtir des entreprises intentionnelles dans lesquelles, bon, on prend en compte tout ce… C’est un luxe.

T’sais, ce bien-être. Peut-être, ouais, peut-être que oui. Genre, non, non, j’avoue, genre comme, je suis en train, genre, de réfléchir à voix haute, j’ai l’impression que oui, mais aussi que, pour moi, comme… Oui et non, t’sais, dans le sens, il y a quand même des valeurs que tu vas vouloir transmettre.

Dans le fond, c’est un luxe si tu penses que la survie est simplement assurée par certains sacrifices. T’sais, dans le fond, dans le système extractif, exploitatif dans lequel on est, puis qu’on considère que c’est la seule façon de faire de l’argent puis de survivre, c’est d’y participer. Ben là, oui, à ce moment-là, ça serait un luxe, mais moi, ma prémisse, c’est que là, en ce moment, si on a le luxe d’avoir justement nos besoins, t’sais, notre survie d’assurée jusqu’à un certain point, ben ça devient un peu notre responsabilité aussi de pouvoir changer ce paradigme-là pour que ce ne soit plus un luxe de vivre dans un modèle non-exploitatif, t’sais.

Fait que c’est un peu comme… Ouais. Ça se mord la queue un peu dans le sens de ceux qui ont le privilège devraient pouvoir l’utiliser pour ensuite changer certaines choses. Celles qui n’ont pas le privilège ont avantage à le conscientiser pour ensuite pouvoir changer certaines choses au niveau où est-ce qu’elles peuvent le faire.

Puis à ce moment-là, c’est juste comme on doit tous s’engager dans un worldview qui est différent. Et c’est ça que je veux essayer de faire avec cette conversation-là. Mais d’un autre côté, on peut pas s’attendre à la perfection du premier coup avec tout le monde puis tout ça. Fait qu’on va vivoter aussi à travers ça, sachant que, t’sais, on essaye de créer des marques. Puis t’sais, j’en viens avec mon entreprise Aime ta marque. On essaye de créer des marques qu’on va respecter, qu’on va aimer, dont on va être fier.

Puis c’est pas obligé d’être notre personal brand. Ça peut être à travers, genre, des changements qu’on fait au niveau du salariat, t’sais, dans l’entreprise dans laquelle on travaille. T’sais, c’est pas obligé d’être focussé non plus sur l’entrepreneuriat.

Par contre, t’sais, je pense qu’il y a beaucoup de promesses autour de l’entrepreneuriat que l’entrepreneuriat va offrir une certaine liberté et la créativité et toutes ces choses-là. Puis qu’il faut faire attention parce que ça aussi, c’est un discours de privilégié.

Écoute, je pense que c’est une belle façon de conclure cet épisode-là. Puis je pense que ça en revient à le tout début, au final. Est-ce que c’est non-oppressif ou est-ce que c’est conscient? Mais je pense que la conscience en fait quelque chose d’un petit peu plus peut-être juste.

Ou même si, en fait, t’as pas encore le luxe d’établir ces trucs-là non-oppressifs pour toi-même, d’avoir cette conscience-là de qu’est-ce que je fais. Je pense que ça t’amène vers, bien écoute, à partir d’un certain moment où, peu importe la façon dont j’ai réussi, que je suis capable de bâtir quelque chose. Puis c’est sûr que c’est plus facile quand on le bâtit from scratch parce que t’as pas besoin de tout redéconstruire puis repartir.

Mais d’avoir cette conscience-là puis cette discussion-là, je pense que ça peut nous aider. Puis qu’est-ce qui peut aider les gens aussi, c’est de continuer de te suivre puis de consommer ton contenu qui en parle assez fréquemment. Donc, où est-ce qu’on peut te retrouver sur Internet, Tatiana?

Ouais, l’Internet, je suis pas mal partout en ce moment. Je suis sur l’Internet en général. C’est bien. Ça oscille. C’est pour ça, genre. Mais la meilleure façon, c’est naturellement de rejoindre mon infolettre qui s’appelle Les Dissidentes. Donc, aimetamarque.com/dissidentes. Et sinon, je suis sur Threads beaucoup ces temps-ci. Je sais pas combien de temps ça va durer. Vous pouvez me trouver sur LinkedIn, même si je publie moins sur LinkedIn et sur Instagram où je continue à faire quelques lives et… Ah! Puis mon podcast, L’ambition au féminin. C’est vrai! Ben oui. Il y a ça aussi.

Ben parfait. Ben écoute, tous les liens pour retrouver Tatiana sur l’Internet vont se retrouver dans les show notes de l’épisode au genevievegauvin.com/effrontée-97. Puis, si t’as aimé le contenu de l’entrevue, si ça t’a fait réfléchir, ben dis-nous pour quelles raisons puis partage ça dans tes stories. Tu peux taguer mon compte @_genevievegauvin puis le compte de Tatiana, @tatiana.stlouis pour nous dire c’est quoi la chose que t’as retenue de notre discussion. Tatiana, un énorme merci d’être passée sur Effrontée. Pour vrai, ça a été une belle discussion. J’espère que ça va remuer pas mal de ménage à la suite de l’épisode. Merci Geneviève! Bye! Bye!

T’as aimé l’épisode? Évidemment, vu que t’es rendu jusqu’ici. Merci beaucoup pour ton écoute en passant. Si tu veux supporter Effrontée, la meilleure façon de le faire c’est de me laisser un témoignage sur Apple Podcast. Puis, vraiment, c’est super simple à faire. Va sur l’application Apple Podcast puis tape Effrontée dans la barre de recherche. Une fois que tu m’as trouvé, clique sur S’abonner puis descends en bas de la liste d’épisodes jusqu’à la section Évaluation et avis. Puis à partir de là, c’est à toi de jouer. Laisse-moi 5 étoiles si t’aimes le contenu du podcast puis laisse-moi un témoignage. Dis-moi pourquoi t’écoutes le podcast puis comment est-ce que ça a un impact sur ta business puis ta vie. Un énorme merci d’avance d’avoir pris le temps. C’est vraiment des gens comme toi qui font que le show continue. À la semaine prochaine, là!

Pis toi? T’en as pensé quoi?

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