Effrontée

Profession et abondance: pourquoi tu n’as pas à choisir

27/06/2023

Profession et abondance: deux mots qu’on n’ose presque jamais mettre dans la même phrase quand on travaille en relation d’aide. Dans cet épisode, j’accueille Lorianne Lacerte, orthophoniste-entrepreneuse depuis 11 ans, qui a fait exactement ça: choisir les deux. Elle a fermé sa grosse clinique, plongé dans l’infopreneuriat, et elle est maintenant en train de changer les mentalités dans son milieu professionnel.

Profession et abondance: un clash de valeurs dans les milieux de relation d’aide

La tension entre profession et abondance commence avant même que tu ouvres ta clinique. Dans beaucoup de professions de la santé, vouloir faire de l’argent est vu comme une trahison. On entre dans ce monde pour aider, pas pour s’enrichir. Et cet enseignement-là, il commence à l’université.

> « Mon enseignante universitaire avait dit: t’es pas en orthophonie pour faire de l’argent. Tu deviens pas orthophoniste pour faire de l’argent. »

Lorianne a eu cette réflexion qu’ont peu d’orthophonistes: est-ce qu’être passionnée par son travail, vouloir aider des gens, et vouloir faire de l’argent, est-ce que c’est mutuellement exclusif? Sa réponse: non. Mais le milieu, lui, n’est pas encore là.

Le problème avec ce discours-là, c’est qu’il s’ancre dans une fausse dichotomie. Comme si choisir cette profession était un voeu de pauvreté. Comme si l’argent corrompt automatiquement l’intention d’aider. Cette fausse opposition entre profession et abondance freine des centaines de professionnels qui auraient les compétences pour construire autrement, mais qui n’osent pas.

> « J’ai décidé que c’était pas vrai que parce que j’avais choisi dans ma vie d’aider les gens, que ça voulait dire que je pouvais pas faire de l’argent. »

Ce take-là, il dérange dans le milieu. Elle le sait. Elle l’assume.

La grosse clinique: un symbole de réussite qui n’en était pas une

Lorianne a bâti ce que tout le monde considérait comme le modèle de succès en orthophonie: une grosse clinique multidisciplinaire, une équipe de 20 personnes. Le rêve classique.

Sauf que les chiffres ne suivaient pas.

> « C’est pas si rentable que ça. J’ai perdu beaucoup d’argent. Beaucoup d’argent. Et à travailler comme une folle pour essayer d’innover, de rendre service aux gens, de les voir rapidement, d’avoir une belle équipe. »

La structure coûtait cher. Les locaux, l’administration, les travailleurs autonomes à contrat qui, eux, faisaient quatre fois son salaire pendant qu’elle absorbait tous les risques. Facturation 4-5 000 $ par mois juste pour faire rouler la clinique.

Et l’ordre professionnel qui interdit aux orthophonistes de s’incorporer. Ce qui signifie: pas de protection juridique, tout le risque financier porte sur ses épaules personnelles.

Elle a eu un déclic net. Un matin, elle a regardé son équipe, ses propres revenus, son niveau d’épuisement, et elle a décidé: c’est terminé.

> « J’ai passé à un cheveu d’un épuisement professionnel, carrément, quand j’ai décidé de fermer ma clinique. »

Pas une retraite. Une redirection.

Innover dans un cadre réglementé: profession et abondance sous surveillance

Un des sujets les plus riches de cet épisode, c’est la relation entre Lorianne et son ordre professionnel. Parce que quand tu veux faire les choses autrement dans une profession réglementée, tu ne joues pas seule.

L’ordre a déjà demandé à Lorianne de supprimer des contenus sur ses réseaux sociaux. Il y a eu une enquête. Parce que son interprétation du code de déontologie ne correspondait pas à la leur.

> « J’ai fait des sorties contre l’ordre, j’ai parlé avec le président de l’ordre. Mais j’ai décidé: je préfère être là et aider à faire avancer les choses que de tirer la plogue. »

Elle a aussi trouvé un angle pour continuer à parler d’entrepreneuriat librement: un compte Instagram séparé où elle ne se présente pas comme orthophoniste. Pas de titre professionnel, pas de restrictions. Juste entrepreneur.

C’est pas une fraude. C’est une lecture fine des règles. Tout être humain a le droit d’avoir plusieurs chapeaux. L’ordre régit l’orthophoniste, pas la personne entière.

La partie la plus rentable: enseigner la profession et abondance à ses pairs

En ce moment, plus de 50 % de ses revenus viennent de son travail de mentorat et de formation auprès d’autres professionnels. Pas auprès des parents ou des clients.

Elle a bâti un programme d’accompagnement parental qui change le modèle one-on-one classique. Plutôt que de voir un enfant une heure par semaine, elle forme les parents à faire les interventions eux-mêmes. Elle les voit une fois par mois. Résultat: elle quadruple sa capacité d’impact sans augmenter ses heures.

Et maintenant, elle enseigne ce modèle à d’autres orthophonistes et professionnels.

> « Moi, j’essaie des choses, j’aime ça tester, j’ai l’énergie pour le faire, ça me fait tripper. Après ça, qu’est-ce que j’ai appris? Et là, je vais aller montrer ça aux autres professionnels pour qu’eux puissent le faire aussi. »

C’est pas du coaching générique. C’est quelqu’un qui a adapté tout ce qu’elle a appris en entrepreneuriat en ligne (formations, masterminds, stratégies) aux contraintes réelles d’une profession réglementée. Ce travail d’adaptation a une valeur concrète pour ses pairs qui n’ont ni le temps ni l’énergie de tout apprendre par essais-erreurs.

Profession et abondance: vouloir être riche dans la santé, c’est encore tabou

Ce sujet de profession et abondance, Lorianne l’a mis sur la table sans détour:

> « J’aimerais ça être riche. Honnêtement, je ne l’aurais jamais dit avant devant des collègues. Mais j’aime ça le luxe, j’aime ça en profiter. Est-ce que je dois m’en excuser parce que je travaille en relation d’aide? »

Elle veut voyager avec ses enfants. Elle veut un chalet au bord d’un lac. Elle veut amener ses proches en voyage. Des désirs complètement normaux pour n’importe quelle autre entrepreneur. Mais dans son milieu, ce take-là choque encore.

Parce que la perception dominante, c’est que vouloir faire de l’argent quand tes clients sont en difficulté, c’est profiter de leur malheur. La relation d’aide a une obligation morale implicite d’être désintéressée. Et ça, Lorianne refuse de le mettre sur son dos.

Elle fait une distinction importante: il y a une différence entre profiter des gens qui souffrent, et construire un modèle qui permet de les aider mieux, plus souvent, avec plus d’impact, tout en gagnant bien sa vie. Profession et abondance peuvent coexister. C’est pas naïf, c’est une question de modèle.

Pour aller plus loin: 3 questions fréquentes

Est-ce qu’on peut vraiment choisir profession et abondance dans un milieu réglementé par un ordre professionnel?

Oui, mais ça demande de la créativité et de la connaissance de ton code de déontologie. L’approche de Lorianne: appeler l’ordre avant d’agir, demander des clarifications, tracer une piste papier. Pas pour avoir la permission, mais pour éviter de se faire dire « by the way, t’as plus le droit de faire ça » sans avertissement. La marge de manoeuvre existe, elle est juste moins visible.

Pourquoi le modèle one-on-one est-il si ancré dans les professions de la santé même quand il n’est pas optimal?

Parce que c’est le modèle que les parents et les clients connaissent, et parce que les assurances et les ordres l’ont standardisé. Changer ça demande de vendre un nouveau format: groupes, coaching parental, accompagnement à distance. C’est un travail de persuasion constant, pas juste un changement de structure. Lorianne le fait depuis des années. Le milieu change, mais lentement.

Si j’enseigne à d’autres professionnels ce que j’ai appris, est-ce que je crée de la compétition pour moi-même?

Pas nécessairement. Ce n’est pas tout le monde qui a le will entrepreneurial. Les compétences, ça s’apprend. Mais l’appétit pour le risque, la tolérance à l’inconfort d’innover dans un milieu qui regarde de travers, la capacité à se vendre: c’est plus rare. Lorianne en est la preuve: les gens qui achètent sa formation ne deviennent pas tous ses concurrents. La plupart restent dans leur pratique clinique, avec des outils en plus.

Mes prochaines étapes

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Pour continuer sur le thème du mindset et de l’abondance, écoute l’épisode 27 sur 6 prises de conscience sur mon abondance et mon ambition pendant mon solo trip à Paris et l’épisode 45 sur l’alter ego: du « fake it until you make it » à la confiance inébranlable.

Un peu plus sur Lorianne Lacerte

Lorianne Lacerte est entrepreneure et orthophoniste depuis 11 ans.

Pour s’éloigner du modèle classique d’évaluations suivies d’interventions, elle a brisé le moule, réinventé les règles et décidé de migrer son travail vers l’infopreneuriat.

Elle est maintenant une leader dans son domaine et accompagne les professionnels qui souhaitent aider autrement.

Show notes

Format: Entrevue avec Lorianne Lacerte Durée: 49 min

Sujets abordés:

  • Le modèle classique de la grosse clinique en orthophonie: rentable ou pas?
  • Pourquoi elle a fermé sa clinique après un quasi-épuisement professionnel
  • Vouloir être riche dans une relation d’aide: le tabou qu’on ne nomme pas
  • Les restrictions de l’ordre professionnel et comment innover quand même
  • Son modèle d’accompagnement parental qui multiplie l’impact sans multiplier les heures
  • Enseigner l’entrepreneuriat à ses pairs: la partie la plus rentable de son business
  • Deux comptes Instagram pour deux identités: comment elle gère ça stratégiquement

Liens & ressources:

📝 Lire le transcript intégral

T’écoutes Effrontée épisode 28. Aujourd’hui, on part de choisir entre profession et abondance avec Lorianne Lacerte. Puis, si tu ne connais pas Lorianne, qui est orthophoniste, je te la présente aujourd’hui. Lorianne Lacerte est entrepreneur et orthophoniste depuis 11 ans. Pour s’éloigner du modèle classique d’évaluation suivie d’intervention, elle a brisé le moule, réinventé les règles et décidé de migrer son travail vers l’infopreneuriat. Elle est maintenant une leader dans son domaine et accompagne les professionnels qui souhaitent aider autrement. On aime ça la créativité, on aime ça des gens qui sont bold, qui sont leaders, puis c’est de ça qu’on va parler ensemble aujourd’hui.

C’est pas compliqué. T’es tannée de marcher sur des œufs pour pas froisser ceux qui considèrent que t’es juste trop. Pour toi, la vie, ça n’a pas de limite. Plus de cash, plus de temps, plus de succès, plus d’impact. Peu importe ce que tu veux, il n’y a personne qui va t’arrêter de prendre ta place. C’est sincèrement le temps de t’arrêter de cacher tes ambitions aussi.

Je m’appelle Geneviève Gauvin. Chaque semaine, j’anime Effrontée. Le rendez-vous hebdomadaire pour les entrepreneurs insatiables puis fiers de l’être. Ici, c’est le safe space de celles qui osent questionner les modèles puis les limites pour faire les choses en grand. Travailler cinq heures par semaine? Why not? Vouloir être millionnaire? Y’a où le problème? Voyager de temps plein puis travailler de l’étranger? Où est-ce que je signe? En plus de te partager mes conseils et mes stratégies pour faire toujours plus en travaillant moins, tu vas aussi découvrir des entrepreneurs dont l’ambition est sans limite. On va explorer les secrets de leur succès, leurs chiffres fascinants, puis discuter en paire pour t’inspirer à toi-même à atteindre les sommets dont toi, tu rêves. Je te donne la permission de vouloir toujours plus. Je te donne la permission d’être 100% effrontée.

Je suis présentement avec Lorianne Lacerte. Lorianne, comment ça va? Ça va super bien. Et toi? Ça va extrêmement bien. Très contente qu’on se jase aujourd’hui parce que, comme on se disait juste avant de commencer, on se connaît depuis un petit moment quand même, toi et moi. Peut-être un peu mieux justement depuis que tu as pris mon ancienne formation, la méthode bêta, durant la deuxième cohorte en bêta en plus en juillet 2020. Ça fait que tu es vraiment dans les OG de cette formation qui malheureusement n’existe plus.

Mais je regardais justement ton profil en ThriveCart d’ailleurs, mon logiciel de paiement et tout. Puis la seule chose que tu ne t’es pas procurée de ce que j’ai offert, c’est le premier bundle de Ka-Ching. Mais je pense que c’est parce que tu ne me connaissais pas avant. Je ne te connaissais pas, non? J’apprécie ce que j’entends. Ça fait que clairement, tu es vraiment investie dans ton parcours d’infopreneur.

Tu te formes dans la formation en ligne, dans l’affiliation, les outils qui te permettent vraiment d’avoir encore plus d’impact en ligne. Sauf que ton métier à toi, c’est orthophoniste. Donc par définition, ce n’est pas un métier vraiment où l’infopreneuriat, même l’ambition, c’est très commun. Aujourd’hui, on va parler ensemble justement d’avoir de l’ambition dans ce type de métier-là qui, à prime abord, devrait servir la société et pas nous. Peux-tu commencer par me parler un peu de ce qui t’a poussé vers l’entrepreneuriat? Qu’est-ce qui t’a motivé à prendre ce chemin-là, même avec un métier qui est traditionnellement salarié?

Oui. En fait, j’ai toujours été comme à la tête d’une clinique qui était plus traditionnelle. Donc moi, quand j’ai sorti de l’université, j’ai travaillé en clinique privée. Je travaillais même comme étudiante en clinique privée. Dans mon monde idéal, en début de carrière, mon objectif à moi, c’était d’avoir la plus grosse clinique multidisciplinaire de ma région. C’est ça mon ambition, déjà.

Est-ce que tu as toujours été ambitieuse dans la vie? Oui. En fait, je suis une personne qui est très, à la base, très timide, très réservée. Je ne prenais vraiment pas beaucoup de place, mais je me suis toujours lancée des super gros défis, justement, pour aller au-delà de mes limites. J’étais super gênée, mais je faisais du théâtre. C’était comme, j’allais toujours au-delà de mes limites, mes capacités et tout ça. Quand je suis débarquée dans le monde de l’orthophonie, pour moi, c’était juste comme… Ça allait comme de soi que ça allait que ça devienne quelque chose de gros, que je puisse aider beaucoup de personnes ou que j’engage des gens, tout ça.

Fait que, tu sais, j’étais là-dedans dans ma tête, la plus grosse clinique de la région, puis tout ça. Puis je te dirais, tu sais, à la limite, j’ai réussi, là. Tu sais, c’est ça que j’avais. Avant de faire le virage vers le web, puis tout ça.

Fait que ça vient de là, puis éventuellement, tu sais, je me suis juste rendu compte que ce modèle d’affaires-là, qui est très classique, là, dans mon monde, quand tu veux réussir, c’est les orthophonistes qui ont de grosses cliniques. Puis là, je les ai fait. Puis, c’est principalement des femmes, là, 92%. Fait que, tu sais, c’est ça. Puis tu sais, quand tu regardes les idéaux, c’est des personnes qui ont des grosses cliniques, des grosses équipes, qui roulent beaucoup de monde. Donc, tu sais, c’est un peu ça, l’idée. Fait que je me suis juste alignée naturellement vers là pour me rendre compte que, finalement, c’est pas si rentable que ça.

C’est quelque chose dont on parle jamais. Parlons-en de la rentabilité de ça. Parce que, dans le fond, la plus grosse dépense, j’imagine, c’est le staff. Évidemment, tu as l’endroit et tout, mais c’est le staff. C’est quoi le modèle d’affaires de base? Pourquoi qu’on n’a pas quelque chose qui est rentable? Ou, en tout cas, qui l’est peu?

Oui, qui l’est peu, en fait. Puis, bien, plein de choses, en fait. Je te dirais que c’est que, quand tu as une clinique, une grosse équipe, bien, ça vient avec beaucoup de matériel, des locaux à payer, de l’administration, tu sais, comme plein, plein de choses qui sont mises en place. Puis, j’ai l’impression que les gens ne perçoivent pas vraiment la valeur de ça.

Dans le sens où, comme orthophoniste, on a des clients à ne plus savoir quoi faire. Les demandes, ça tombe dessus. Pour vrai, c’est vraiment ça. Puis, c’est pour ça que ça s’aligne vers ça. Bien, bref, c’est pour ça que tout le monde un peu s’aligne vers ça. Puis, tu sais, je veux dire, tu peux juste même ne pas répondre à tes appels, puis avoir un petit formulaire en ligne, puis rouler, là, facilement, puis avoir plein de clients. Ça fait que tout ce qui est visibilité, promotion, marketing, tu sais, même, des fois, l’administration, c’est pas vraiment perçu comme quelque chose d’utile et d’important. Mais quand t’as une grosse clinique, t’as comme pas le choix d’être là, d’être présente.

Moi, je te dirais que des fois, on va essayer de faire des choses autrement parce que, justement, tu sais, le one-pour-un, tu sais, ça devient vite saturé, là, dans nos horaires. Tu peux pas voir plus de clients sans engager plus d’orthophonistes. Engager plus d’orthophonistes, ou justement, plus de projets. Tu sais, moi, j’avais des groupes de stimulation, j’avais des techniciennes, comme des intervenantes en stimulation du langage, super tôt, c’est rendu plus populaire. Mais tout ça, ça prend du temps, ça prend de l’énergie. Faut en faire la promotion parce que les parents, c’est pas ça qu’ils veulent, tu sais, nécessairement.

Fait que, il y a tout ça, puis, fait que les gens, ils voient pas nécessairement la pertinence de ça, donc les gens sont pas prêts nécessairement à payer une grosse cote à la clinique. Puis là, c’est les cliniques qui sont comme en compétition parce qu’on s’arrache les professionnels, les professionnels sont vraiment libres d’aller un peu partout, ils ont plein d’opportunités, d’emplois, de carrières. Fait qu’on peut pas leur charger une grosse cote quand t’essaies de les attirer, tu sais. Fait qu’il y a comme tout cet enjeu-là qui fait en sorte que c’est souvent des travailleurs autonomes, quand ils sont en vacances, ils payent pas les locaux, mais mon local à moi, je le paye, même si toi, t’es pas là pendant trois mois, là, tu sais. Il y a plein de choses là-dedans. Fait que, bref, c’est ça. Avoir une grosse clinique, ça a l’air bien beau, là, de l’extérieur, mais moi, j’ai perdu beaucoup d’argent. Bien franchement, beaucoup d’argent.

Et à travailler comme une folle pour essayer d’innover, de rendre service aux gens, de les voir rapidement, d’avoir une belle équipe, d’avoir une cohésion d’équipe, tout ça. C’est ça. Pourquoi vouloir une grosse clinique, d’abord? Bien, c’est comme je l’ai dit, c’est un peu sûr que le modèle qu’on a. À part l’ego, là, à part l’ego de dire, check, j’ai une grosse clinique, qu’est-ce que ça t’amène comme individu?

Je pense que c’est, dans notre monde, c’est un symbole de réussite. Tu vois, c’est associé au succès, puis à la réussite, le fait d’être à la tête d’une équipe. Puis, tu sais, moi, j’avais beaucoup de fierté de me dire, hey, j’ai bâti une équipe, on est 20. Tu sais, c’est vraiment valorisant, tu sais, de se dire, OK, je suis capable de gérer ça, on a des projets, c’est cool. Mais d’un point de vue financier, honnêtement, c’est pas si rentable.

Moi, j’avais des factures de 4-5 000 $ par mois pour gérer juste la clinique, là. Il faut que ça rentre de l’autre côté, là. Fait que c’est beaucoup un gros risque financier, tu sais, puis on peut pas être incorporé dans notre monde, on n’a pas le droit avec les autres professionnels. Fait que, tu sais, c’est ça.

Puis comment est-ce que ça fonctionne? C’est vraiment une question technique, mais comment est-ce que ça fonctionne? Tu peux pas être incorporé, mais quand t’as une espèce de gros… C’est-tu juste un regroupement de travailleurs autonomes qui se gèrent entre eux? Ben, ça peut, il y a comme des sociétés en nom collectif, là, des sociétés comme enregistrées. Fait que tu peux faire ça, mais tu sais, moi, c’était une entreprise individuelle, là, que j’avais. C’est moi, mon entreprise individuelle, puis à partir de là, ben là, c’est comme j’avais des employés, là. J’avais des employés, j’avais une partie de l’équipe qui était employée, puis les autres, c’est les travailleurs autonomes à contrat. Fait que c’est des contrats annuels, puis tout ça. Ouais, mais c’est une entreprise individuelle avec ça. C’est toi, là.

Mais toi, ta vision du succès, c’est pas ça. C’est pas quelque chose qui te parle, ça. C’est quelque chose qui te parle plus, disons. Non, c’est ça. C’est quoi le problème, tu sais, je veux dire, c’est quoi le problème que t’as rencontré, puis que ça a clashé avec ce que toi tu voulais dans la vie?

Oui, oui, oui. Ben, c’est un peu ça, tu sais, je te dirais que, moi, j’ai passé à un cheveu d’un épuisement professionnel, carrément, quand j’ai décidé de fermer ma clinique, puis j’ai comme eu un peu une claque dans le face, de me dire à un moment donné, OK, moi, j’ai du mal à arriver, je vis beaucoup de stress, je suis brûlée, je regarde mon équipe, je travaille comme, dans ma clinique, ils font comme quatre fois l’argent que moi, je fais en ce moment, puis c’est moi qui est en train de péter aux frettes. J’ai comme eu un gros déclic, puis à partir de là, c’est comme fait, c’est terminé.

C’est vraiment terminé, puis tout le monde était comme, mais là, tu prends ça de ventre, puis là, tu aurais vu que je remette les choses. Tu sais, comme j’avais des personnes qui étaient parties, j’avais des trous dans mon équipe, tout ça. J’étais comme, sais-tu quoi, je veux même pas. Fait que ça, ça a été vraiment comme une claque dans le face.

Mais c’est ironique que tu dises que les gens dans ton équipe faisaient quatre fois ton salaire, disons, mais que c’est toi qui avais la réussite. C’est toi qui avais bâti la grosse clinique. Que tout le monde disait, bravo, Lorianne, t’as bâti ça, mais c’est toi qui es épuisée, tu fais moins d’argent, que les gens qui sont libres de travailler où est-ce qu’ils veulent, avec des meilleures conditions. Mais c’est toi qui as la réussite. Est-ce que c’est ça, la réussite?

Oui, bien c’est ça. Non, en fait, c’est un peu ça, tu sais, c’est comme, c’est pas une vraie réussite. Tu sais, ça peut être une réussite dans le sens d’un rôle de leader, j’ai amené des choses de l’avant, j’ai beaucoup innové dans mon milieu, puis tu sais, je suis reconnue pour ça, pour ce que j’ai mis comme projet, puis tout ça. Fait que tu sais, ça, c’est une belle réussite, mais pour moi, je peux pas dissocier nécessairement la réussite de vivre vieille, puis pas être stressée financièrement. C’est tout aussi important, là, tu sais, en bout de ligne, là.

Fait que ça a un peu de jongler avec tout ça. Puis j’ai comme décidé que c’était pas vrai que parce que j’avais choisi dans ma vie d’aider les gens, que ça voulait dire que je pouvais pas faire de l’argent. J’ai comme eu un moment où je me suis dit, ça peut pas être ça, là.

Pourquoi t’as pas eu juste un changement de perspective? Bien, j’avais une clinique, maintenant, je vais être orthophoniste, tout simplement. Je vais avoir les bénéfices, finalement, que mes employés avaient. Pourquoi t’as pas switché de ce côté-là, à la place?

Ah, parce que je me serais embêtée. Parce que j’avais besoin de défis, là. J’ai vraiment besoin de défis. Puis, tu sais, je te dirais qu’en même temps, quand je faisais la méthode bêta, puis tout ça, puis que j’ai décidé de bâtir des formations en ligne, c’était des formations qui s’adressaient aux éducatrices dans ce temps-là. Mais j’avais encore ma clinique à ce moment-là. Fait que là, j’ai jonglé avec les deux en même temps.

Puis cet aspect-là, ça m’a vraiment parlé, ça m’a vraiment appelée de dire, OK, tu sais, je peux avoir un impact, parce que je pense que la réussite aussi, ça vient avec l’impact que tu peux avoir sur les gens. Je peux avoir un impact sur un groupe de 45 personnes en même temps, genre des éducatrices, puis après ça, eux, ils vont avoir un impact sur des groupes d’enfants à longueur d’année. En prenant comme X parties de mon temps, c’est OK, je vais libérer mon horaire, puis je vais avoir un impact tellement marqué sur plein de gens, plein d’enfants, beaucoup plus que si je les vois un par un dans mon bureau, tu sais.

Oui. C’est un peu ça mon changement de mindset, puis c’est un peu ça qui m’a fait être, justement, plus présente en ligne, développer des formations, du coaching, des groupes, tu sais, tout ça, parce que je me dis, le temps que je passe en one-on-one, il peut tellement être mieux investi que ça, tu sais. Classiquement, c’est ça qu’on fait dans notre profession, dans notre milieu. Mais comment je peux avoir plus d’impact, puis aider plus de gens sans m’épuiser, puis perdre de l’argent, en fait? Parce que ça aussi, c’est une forme de réussite, on va se le dire, tu sais.

Ça ressemble à quoi tes propres ambitions? Qu’est-ce que tu veux pour ta vie que les gens qui ont des grosses cliniques seulement n’ont pas d’habitude?

Oui. Qu’est-ce que je veux pour ma vie? Oh mon Dieu, je veux tellement de choses dans ma vie. Je veux pouvoir voyager, tu sais, ça, c’est quelque chose de super important pour moi. J’ai deux enfants, on revient justement d’un voyage. Pour moi, tu sais, c’est pas nécessairement juste voyager pour aller relaxer sur une plage, c’est découvrir le monde, exposer mes enfants à d’autres cultures, à d’autres habitudes de vie, être un peu déstabilisé, manger des choses différentes. Je veux comme les exposer au monde. Pour moi, ça, c’est super important. C’est dans nos valeurs familiales profondes.

Ça, ça prend comme un minimum de revenu pour pouvoir faire ça et de liberté. De flexibilité. Puis tout ça, est-ce que je ne pouvais pas faire avant? Ça, pour moi, c’est super important. Puis, tu sais, mon objectif ou mon rêve, ça serait de faire profiter de ça à toutes les gens autour de moi, dans le sens de partir avec mes parents, avec ma soeur, son chum. Tu sais, partir comme en gang, vivre ça en gang. Tu sais, moi, j’aimerais ça, là, pouvoir dire, OK, gang, ça va bien, je vous amène toute la gang. On part quelque part. Tu sais, j’ai envie de faire vivre ça aux gens autour de moi. Ça, c’est une des grosses parties.

Puis être dans un milieu… tu sais, ça va très bien, notre vie, mais être dans un milieu, tu sais, on a un terrain au bord d’un lac. J’ai envie d’être là, de faire construire quelque chose où on est bien. Tu sais, comme des choses comme ça qui sont quand même plus un peu matérielles, mais pour l’aspect comme de comment je vais être dans cet endroit-là. Ça fait que c’est un peu ça, puis c’est des projets, c’est des rêves, faire vivre ça à ma famille, à mes enfants. Pour moi, ça serait comme fantastique.

Ça fait que comme tout cet aspect-là, puis il y a l’aspect de, dans mes ambitions aussi, de changer le monde de l’orthophonie, de changer le milieu professionnel, parce qu’il y a comme un modèle qui est en place depuis longtemps qui ne fonctionne pas. C’est clairement, ça ne fonctionne pas, le système, puis que ça soit dans le milieu public, dans le milieu privé. Tu sais, c’est comme, il y a une façon de faire, les gens s’attendent à ce que ça se passe comme ça. Ça ne marche pas, il y a plein de temps d’attente.

Vraiment par rapport à la structure du service, par rapport à quoi exactement? Qu’est-ce qui ne marche pas, là?

Ça ne marche pas dans le sens où l’accès au service est difficile pour les parents qui ont des besoins, des enfants qui ont des besoins. Mais pourtant, il y a tellement d’orthophonistes, qu’est-ce qui se passe? Ben oui, mais pas tant que ça en même temps. Tu sais, oui, on est beaucoup, mais pas tant que ça, puis pour la quantité de besoins, pour vrai, il y a vraiment beaucoup, beaucoup de besoins. Vous avez tout un maximum de 40 heures par semaine. Ben, puis c’est un peu ça. Le point, tu sais, là, il y a encore des choses qui sont mises en place, justement, pour dire, est-ce que mon temps en un-pour-un est vraiment utile dans cette situation-là? Est-ce que je pourrais l’investir mieux que ça? Est-ce que cet enfant-là ou ce parent-là a vraiment besoin que je m’assoie une heure par semaine avec lui tous les mardis matin à 9h pour voir son enfant? C’est-tu vraiment ça qui est efficace?

Puis tu sais, c’est une profession qui est quand même relativement jeune, en guillemets. Il n’y a pas encore beaucoup de recherches sur l’intervention, qu’est-ce qui est efficace, tout ça. Fait que c’est toutes des choses qui sont en développement. Mais le milieu, tu sais, avoir accès au service, là, tu t’inscris, tu appelles, mettons, tu es inquiet, tu appelles au CLSC pour être en liste d’attente. Tu peux attendre deux ans, deux ans et demi, là. Tu peux pas attendre deux ans, deux ans et demi avec ton enfant qui a une difficulté, là, tu sais. Pauvres parents, c’est vraiment ça.

Puis en même temps, tout le monde fait ce qu’il peut, puis il y a de plus en plus d’orthophonistes au privé qui vont un peu compensner pour ça, mais tu te butes quand même, moi, j’avais des listes d’attente de six, neuf mois quand même. Fait que ça fonctionne pas, tu sais, clairement, il y a quelque chose qui fonctionne pas, puis il y a des choses qui sont mises en place, puis justement, des formations aux parents, tu sais, des fois, c’est pas nécessaire de voir l’orthophoniste tout de suite, tu peux faire plein de choses avec ton enfant. Fait que il y a comme des groupes qui sont mis en place, mais la mentalité est comme pas encore changée. C’est pas encore assez présent.

Fait que quand tu présentes ça à un parent, tu sais, on a encore vraiment des pitches de vente à faire. Moi, je le fais autrement. Il faut que je convainque les parents que ma façon de faire, même si c’est pas la même que ce que tu vois habituellement, c’est aussi efficace, plus efficace selon moi. Fait qu’on est comme là-dedans, mais c’est long, là.

On va en parler dans quelques instants, les restrictions par rapport à l’ordre professionnel, mais tu sais, tu mentionnais dans les ambitions que tu as, oui, d’emmener tout le monde, j’aimerais ça en faire profiter aux autres. Et je pense que c’est quelque chose qu’on entend beaucoup dans la bouche des gens qui disent qu’ils n’aiment pas l’argent, genre, moi, c’est pas l’argent qui m’intéresse, c’est vraiment aider les autres. Mais on va pas se le cacher, amener 10 personnes en vacances, que ce soit dans le sud ou que ce soit dans un chalet, ça coûte bien des sous.

Puis, avant l’entrevue, tu m’avais aussi partagé que toi, tu veux aussi élever ta vie, puis que t’aimerais bien ça porter du Michael Kors puis boire du champagne. Qu’est-ce qui choque tes collègues par rapport à ça?

Non, c’est pas une pensée qui fonctionne avec mon industrie, parce que c’est comme si, c’est comme si j’allais faire de l’argent ou devenir riche, là. Maintenant, moi, je dis, j’aimerais ça être riche. Puis honnêtement, je ne l’aurais jamais dit avant devant des collègues. Tu sais, je vais pas me présenter devant une gang d’orthophonistes puis dire, ben oui, moi, j’aimerais ça être riche. J’aimerais ça être riche, pour plein de raisons, parce que oui, j’aime ça, j’aime ça le luxe, j’aime ça en profiter, tout ça.

Mais pourquoi ça clash, c’est que, je te dirais qu’on est justement en relation d’aide. Quand on travaille en relation d’aide, on travaille avec des personnes qui sont en difficulté réelle. Qui vont nous payer, mettons, tu sais, c’est comme si il y a comme la mentalité en arrière de ça de profiter du malheur un peu des autres.

C’est pas genre les personnes viennent dans le monde du coaching et tout ça, que tu dis, ah, ben, je veux me développer, tu sais, c’est comme un choix que tu fais. Là, c’est genre, j’ai un problème. C’est rarement de la prévention, je pense, dans ton industrie. Non, c’est rarement de la prévention. Il y en a, mais c’est rare. Dans le milieu public, ben là, ça serait gratuit, mais t’attends deux ans et demi.

Fait que là, ils se tournent dans le privé, mais c’est un parent qui est comme désespéré. C’est vraiment souvent ça, puis même chez les grands qui sont en difficulté scolaire, tout ça. Fait que nous, on répond à des personnes qui sont dans le besoin puis qui ont des grands défis, puis le fait qu’on soit là ou pas là, ça va avoir un impact majeur dans leur vie au complet. Tu comprends-tu? Fait que c’est quand même gros.

Fait que si moi, je dis, ben je veux faire de l’argent, c’est comme si ça fait, je veux faire de l’argent sur le dos de ceux qui ont des besoins. C’est comme ça que c’est beaucoup perçu, alors que pour moi, c’est pas ça, justement. Il y a comme moyen de faire de l’argent pis de devenir riche sans profiter du malheur des autres. Il y a comme un concept qui vient teinter ça de genre l’argent est égal mauvais à la base aussi.

Mais c’est vrai que c’est touchy dans une industrie, justement, d’être professionnelle dans le domaine de la santé, dans le domaine du problème. Pis mine de rien, le modèle traditionnel dans le domaine de la santé, c’est l’échange d’heures contre de l’argent, une rencontre avec un patient contre un montant. Fait que ça te limite dans tes gains parce que la seule chose que tu peux faire, si tu veux augmenter tes gains sans augmenter tes heures pis garder une qualité de vie, ben c’est augmenter le prix de la session, mais là, ça rend tes services qui sont moins accessibles aussi.

C’est ça. C’est quelque chose dont tu te rends compte, oui. Ben oui, pis on n’a pas le droit, en gros. Pis t’sais, il y a comme une dualité dans tout ça, c’est de dire, ben t’sais, il y a déjà comme le système à deux vitesses, le milieu public, c’est gratuit, mais t’attends deux ans et demi, pis là, tu vas à l’autre privé, là, tu payes. Pis là, tu payes, tu peux avoir ton service plus rapidement, relativement, mais il y a comme des barèmes. Selon la problématique, je pourrais pas charger plus cher à un client qu’à un autre, t’sais, qui fait comme du sens en même temps, mais ça reste que ça nous limite.

Et mon enseignante universitaire avait dit: t’es pas en orthophonie pour faire de l’argent. Tu deviens pas orthophoniste pour faire de l’argent. T’sais, c’est quoi, ce discours-là? Est-ce que tu peux être passionné par ton travail, vouloir aider des gens, puis moi, j’arrête pas de le dire, moi, je vais aider le plus de personnes possible, pis je vais trouver une façon de faire pour que ça fonctionne, pis que ça soit efficace?

Fait que si moi, je développe quelque chose, pis je mets mon effort, mon énergie, et je prends des risques, t’sais, j’ai développé des programmes d’accompagnement pour les parents, hors normes, qu’il faut que je vende, qu’il faut que je fasse la promotion, du marketing, tout ça. Moi, je prends un risque pour, parce que j’y crois, pis parce que je pense que c’est la bonne façon de faire, pis ça me permet de voir plus de personnes, mais en même temps, moi, je prends un risque quand je fais ça. Est-ce que ce risque-là, ça peut être compensé d’une certaine façon? Il y a comme tout ça en arrière, pis c’est ça, c’est délicat, c’est très délicat, pis les gens en parlent pas, vraiment pas.

Il y a, t’sais, comme tu dis, en tant que professionnelle, t’es membre d’un ordre, pis t’es présentement limitée en termes de structure d’entreprise, d’activité promo, tarification. Mais le contrôle des ordres sur les professionnels de la santé, c’est aussi pour s’assurer que la santé des gens passe pas en deuxième, après les gains financiers. Finalement, comment est-ce qu’on fait pour avoir les deux? Comment est-ce qu’on fait pour qu’on atteint cet objectif-là de genre, je vais protéger, pis je vais prioriser la santé des gens, si les professionnels sont… As-tu une solution?

Ben, j’ai une solution, oui et non, dans le sens où je teste plein de solutions depuis des années. Mais je te dirais, je pense que c’est vraiment chargé cette façon-là de concevoir le service qui doit être un-pour-un. Moi, je travaille en coaching parental, en accompagnement parental, ce qui fait en sorte que je vois les parents beaucoup moins souvent que si je travaillais directement avec l’enfant, parce que moi j’apprends aux parents à faire ma job à la limite, c’est un peu ça. Ça fonctionne des fois, il y a des cas que c’est plus compliqué, mais c’est bon pour une super grande partie. Fait que si moi je suis capable de prendre une heure de mon temps de former un parent pis qu’après ça, il fait ça pendant un mois, je le vois une fois par mois, ben je quadruple ma capacité d’aider des gens. Dans ma journée, oui j’ai le même nombre d’heures, pis je fais quand même des rencontres avec eux, mais je vois bien plus de personnes.

Il y a comme tout cet aspect-là qui peut être mis en place. Des groupes, encore une fois. Il y a des sujets qui peuvent, qui sont plus complexes dans mon monde où c’est le langage qui est pas si pire, mais je pense à des collègues TS pis tout ça, c’est un peu plus touché, il y a des sujets plus délicats qui t’as pas nécessairement le goût de parler dans un grand groupe. Mais quand même, juste faire des groupes pis de discuter en groupe. Pis moi je vois, encore une fois, les groupes sont super mal perçus, les gens veulent du one-on-one toujours. Pis c’est souvent ça la réponse du milieu public, des groupes de parents, des groupes d’intervention dans les écoles, mais la mentalité est comme pas encore changée.

Il semble y avoir place à innovation dans qu’est-ce que tu peux faire. À quel point est-ce que tu as des zones de risque en ce moment puis que peut-être, l’ordre pourrait dire, you know what? Non, t’as plus le droit de faire ça.

Oui. Ben, je te dirais que c’est arrivé, dans le sens où, moi, je suis très à l’affût puis ils me connaissent très bien à l’ordre et je les appelle souvent et j’ai même demandé… T’es friendly, friendly avec l’ordre, juste au cas, là. Ben, tu sais, oui, mais non. J’ai beaucoup critiqué l’ordre, en fait, récemment. J’ai fait des sorties contre l’ordre puis contre des choses qu’ils ont mis en place. J’ai parlé avec le président de l’ordre. Mais on s’est parlé, ça va bien. Vous n’êtes plus en chicane, c’est correct.

Non, mais on n’était pas en chicane, mais tu sais, c’est juste que, justement, je suis un peu sous le spotlight parce que je fais les choses autrement, fait que c’est sûr que ça dérange, il y a des personnes qui sont pas d’accord. Comment ça fonctionne, c’est qu’on a un code de déontologie avec des articles. Fait que souvent, ce qu’on dit, ben selon tel article, voici l’article auquel tu peux te baser pour faire ton jugement. Fait qu’on est beaucoup en ce moment dans le jugement, l’interprétation.

Je te dirais que dans le passé, mon interprétation et celle de l’ordre n’étaient pas la même, justement. Il y a des choses que j’ai faites, quand on a commencé en orthophonie ou autre profession à être très visibles en ligne. Moi, j’ai eu une enquête par mon ordre professionnel qui m’a demandé de supprimer plein de contenus sur mes réseaux sociaux parce que c’était jugé non-conforme selon leur interprétation du code.

Mais il y a beaucoup de choses comme ça qui se brassent en ce moment dans les ordres. Fait que je te dirais en ce moment, oui, ils pourraient arriver. Moi, je leur demande, voici ce que je fais, je fonctionne comme ça, ça fait-tu du sens? Tout ça. Fait que j’essaie de les tenir au courant pour pas qu’un jour ils arrivent et qu’ils me disent « by the way, t’as plus le droit de faire ça. » Mais ça se pourrait. Honnêtement, tu as fait des traces papier de genre « on a tous été d’accord à un certain point » au moins. Oui, c’est ça.

Jusqu’à quel point est-ce que tu peux réellement questionner cette autorité-là si tu souhaites rester dans ton ordre? Un moment donné, ça se peut-tu que ça backfire?

J’y ai pensé beaucoup. Honnêtement, j’y ai pensé beaucoup. Il y a beaucoup de personnes qui quittent leur ordre professionnel. J’ai vu des orthophonistes le faire, des nutritionnistes, des scolaires. Beaucoup de personnes en ligne aux États-Unis aussi, même au Québec. Moi, je trouve ça vraiment triste. Et je ne veux pas, parce que j’aime beaucoup mon titre. Je pourrais le faire, je pourrais faire mon coaching de parents sans être orthophoniste.

Je te dirais que deux choses principales: malheureusement, tout ce qui est assurance, nos services sont couverts par la plupart des assurances sur beaucoup de couverture d’assurance. Fait que moi, si je ne suis plus dans un ordre professionnel, mes services ne sont plus couverts par les assurances. Et surtout, ça sera encore plus inaccessible pour les parents. Il y a des personnes qui font le choix de faire ça parce qu’il y a des parents qui n’ont pas d’assurance. Mais j’ai encore des clients que je vois en Zoom, des adolescents que j’aide. J’adore ça, faire ce bout-là. Moi, je ne veux pas mettre ça de côté.

Je suis plus dans la philosophie de qu’est-ce qu’on peut faire, comment on peut travailler en équipe ensemble, comment je peux travailler avec l’ordre, comment je peux avoir des discussions avec eux, faire valoir mon point, faire avancer les choses. Vraiment, faire évoluer, innover même tout mon ordre. À la limite, tout mon groupe professionnel plutôt que de tirer la plogue puis de jouer à côté. J’aime mieux être là puis aider à faire avancer les choses. Moi, c’est ma façon de le voir.

Il y a-tu un gros travail par rapport à l’argent puis au succès qui ferait un impact majeur dans comment est-ce que les ordres professionnels de santé contrôlent? Je sais pas, est-ce que ça ferait un impact dans ça, tu penses?

Je pense que oui. Honnêtement, je pense que oui puis je pense que cette mentalité-là très ancrée de tu dois tout donner pour aider les autres, puis même donner tout notre temps, surbloquer nos horaires, faire des stats aux 15 minutes dans le milieu public, tu sais, c’est comme beaucoup, beaucoup, beaucoup de pression, beaucoup de stress.

Fait que je pense que si on avait plus cette discussion-là de, OK, tu sais, j’adore mon travail, puis est-ce que ça peut pas être mal perçu de vouloir réussir financièrement même quand tu travailles en relation d’aide? Je pense que oui, ça pourrait faire une différence puis faire ouvrir un petit peu les mentalités. C’est pas vrai que je dois m’en excuser parce que je travaille en relation d’aide. Pourquoi pas?

C’est quoi le futur de ta business? Tu sais que tu veux l’amener, toi, pour influencer les autres professionnels à faire pareil, à focuser sur eux-mêmes aussi, focuser sur leurs propres ambitions qu’ils ont le droit d’avoir?

Je te dirais, j’ai comme deux business en une. Je vois vraiment ça comme ça. Dans le sens où j’ai ma business vraiment très pratique, clinique, où je vois des clients, puis je développe beaucoup mes programmes. Mon programme de coaching parental, il a changé vraiment beaucoup au cours des dernières années pour que je le peaufine. Fait que je fais ça.

Puis pour moi, c’est comme un terrain de jeu, un laboratoire. Puis d’un autre côté, j’enseigne aux gens comment je fais ça. Fait que là, je suis rendue vraiment là. Je fais du mentorat, je fais du coaching, j’ai des groupes d’entrepreneurs, tout ça. Je fais la formation avec mes collègues. Fait que mon programme que j’ai développé, je donne une formation avec une autre de mes collègues aux autres orthophonistes ou aux autres professionnels pour leur montrer comment moi, je fais ça de l’accompagnement parental, comment toi, tu peux l’intégrer dans ta pratique, c’est quoi les avantages et tout ça.

Fait que c’est là que je m’en vais. Moi, j’essaie des choses, j’aime ça tester, j’ai comme l’énergie pour le faire, ça me fait tripper. Après ça, qu’est-ce que j’ai appris de ça, comment je fonctionne, qu’est-ce que j’utilise? Puis là, je vais aller montrer ça aux autres professionnels pour qu’eux puissent le faire aussi pour qu’on soit un plus grand nombre à intégrer des choses comme ça. Parce que prendre le temps dans sa pratique, qui est cordée comme ça, pour développer des projets, innover, penser à ton affaire, il y a vraiment beaucoup de gens qui ne le font pas parce qu’ils sont juste déjà là.

Fait que c’est là que je m’en vais. Aider, accompagner d’autres professionnels à faire des changements. C’est pas nécessairement voici ce que je fais, tu devrais faire la même chose que moi. C’est, ok, voici par où je suis passée dans ma tête pour arriver à mettre ça en place. Toi, c’est quoi ton enjeu? C’est quoi ton défi? Comme vraiment les amener à cheminer là-dedans pour qu’eux mettent en place des services qui leur permettent de faire plus d’argent, d’avoir plus de temps, plus de liberté, tout en aidant les personnes quand même.

Est-ce que la seule façon de contourner les règles puis de finalement atteindre ces objectifs d’ambition-là, c’est d’enseigner à d’autres professionnels au lieu des clients, patients? Est-ce que c’est la seule façon pour toi de t’enrichir actuellement?

Bien, c’est sûr qu’il y a les groupes, tu sais. Mais est-ce que ce n’est pas plus payant finalement de devenir professeur d’entrepreneuriat en orthophonie?

Honnêtement, oui. C’est plus payant. Clairement plus payant pour moi de faire ça. Puis en même temps, j’ai besoin des deux dans le sens où je ne pourrais pas enseigner quoi faire si je ne le faisais pas moi-même. Éventuellement, peut-être que je vais me rendre là puis que je vais laisser de côté toute la clinique puis que j’aurai assez bâti d’expérience pour pouvoir faire ça. Mais c’est vraiment plus payant. En ce moment, je fais la moitié plus que la moitié de mon revenu en faisant ça, en enseignant ce que moi j’ai appris en tant qu’entrepreneuriat.

Puis tu sais, adapter ce que j’ai appris parce que tu sais, j’ai suivi plein de formations, tes formations et vraiment beaucoup d’autres. J’ai fait du mentorat. J’ai eu des coachs. Mais il y a plein de choses que je ne peux pas appliquer justement à cause des contraintes. Fait que comment moi, je suis allée chercher toute cette information-là, tout ce bagage-là, puis que je l’ai adapté à ma réalité de professionnelle. Pour moi, ça, ça vaut. Parce que c’est beaucoup de réflexion, d’adaptation, d’essais, erreurs. Montrer ça aux autres sans qu’eux ils aient l’effort de tout faire ça, c’est beaucoup plus rentable pour moi puis j’aime ça.

Puis après ça, c’est très open comme discussion, mais tu sais, si toi, tu enseignes à d’autres personnes comment faire ce que tu fais, eux autres, ils vont se rendre compte que la meilleure façon de faire des revenus, ça va être exactement de faire la même chose. Est-ce qu’on est en train de créer un ponzi?

Bien, peut-être. C’est drôle parce que mon chum me disait, bien voyons, c’est leur monde tout ça. Mais en même temps, je pense que ce n’est pas tout le monde qui a envie de faire ça. C’est super challengeant. Puis tu sais, quand tu vas devant du monde, quand je donnais mes premières formations aux orthophonistes, je capotais. C’est mes pairs, c’est des personnes qui sont comme en même place que moi. Puis moi, j’arrive, j’avais testé ça, ça, ça, tu sais, puis tout ça. Le sens critique, le jugement, les commentaires, c’est très, très différent de quand tu es une professionnelle et que tu travailles avec un parent qui a un défi ou un enfant qui a un défi versus quand tu t’adresses à tes pairs. Fait qu’honnêtement, ce n’est pas tout le monde qui veut faire ça.

Est-ce que ton objectif, c’est de garder à peu près ça 50-50? Mon objectif, c’est de faire plus, je te dirais, si je peux faire, je ne sais pas, juste un genre 25 % de terrain clinique, tu sais, juste pour rester à l’affût, développer mes connaissances, tout ça, puis le reste, tu sais, je fais de la formation aux éducatrices, aux autres orthophonistes, j’ai comme des nutritionnistes des fois que j’accompagne en termes d’entrepreneuriat, fait que je pense que c’est ça, avoir les pieds sur le terrain, c’est super important. Mais 25-75, ça serait pas mal mon best, là, à court terme.

Fait que genre, la solution, c’est de prendre ce qui t’est amené, de voir comment est-ce que tu peux jouer avec ça, être créative dans le format, dans le rendu, finalement, puis rester bien en contact avec ton ordre, finalement.

Oui, c’est un peu ça qui me dit toujours, ben, voici les articles, vas-y, avec ce que tu penses. Voici les articles. On était capables, c’est correct, tu vas trouver le bon jugement pour ça.

Écoute, s’il y a des gens qui écoutent, puis je sais qu’il y a beaucoup d’orthophonistes qui ont pris mes formations, puis j’imagine qu’il y en a plein d’autres qui écoutent en ce moment, où est-ce que les gens peuvent te retrouver sur Internet pour être inspirés par ton parcours et ton courage aussi, mine de rien?

Oui, ben, en fait, j’ai comme deux comptes Instagram, justement, un compte d’entrepreneuriat où je peux dire ce que je veux parce que je suis pas là comme orthophoniste, c’est mon compte personnel qui est comme Lorianne.lacerte. Puis mon compte professionnel qui est Lorianne_orthophoniste, je suis entrepreneur, je ne parle pas du tout de l’orthophonie, tu verras jamais que je suis orthophoniste, je suis entrepreneur, c’est ça. Fait que quand j’ai le droit d’être plusieurs choses dans la vie, c’est juste que quand on a un titre d’orthophoniste à coller avec notre nom ou que les gens savent qu’on est orthophoniste, on considère qu’on est comme influenceurs, et donc, il y a plein de choses que je n’ai pas le droit de dire parce que je peux influencer les gens.

Fait que moi, j’ai dissocié les deux. Je me suis dit, OK, je veux parler de certaines affaires, je n’ai pas le droit de le faire, ça me gosse. Fait que j’ai un compte pour tout ce qui est entrepreneuriat, développement, comment je fonctionne, tout ça. J’ai un compte qui s’adresse vraiment plus à tout ce qui est langage, qui est l’orthophoniste où je parle de langage, de développement, de tout ça. Fait que j’ai vraiment dissocié les deux.

Sinon, mon infolettre, je suis quand même assez active pis mon infolettre est très segmentée. Fait que quand on s’inscrit sur mon infolettre, site web infolettre, j’ai une partie, tu peux choisir, je veux tout ce qui est avec le professionnel, tu sais, tout ce qui est coaching, tout ça. Je veux tout ce qui est avec le langage, je veux tout savoir ce que tu fais. Fait que là, je peux envoyer la bonne information aux bonnes personnes.

Tu parles mon langage de segmentation. C’est à cause de toi que je parle ce langage-là. Nice! Ça, je suis vraiment contente. C’est le seul impact que je veux avoir, aider les gens à segmenter pis utiliser des points avec leur carte de crédit. That’s it!

Bon! Donc, toi qui écoutes, si tu veux revisiter du contenu que Lorianne a partagé aujourd’hui, tu peux retrouver tout ça dans les notes de l’épisode d’aujourd’hui au genevievegauvin.com/effrontee-28. Pis si t’as aimé ça, partage ça dans tes stories sur Instagram pis tag nous, donc moi, @_genevievegauvin et le compte de Lorianne, le personnel, @lorianne.lacerte pour nous dire c’est quoi la chose que tu retiens de notre discussion.

Évidemment, on a super hâte de voir ce que t’en as pensé. Lorianne, un énorme merci pour ta transparence d’être venue sur le podcast aujourd’hui. Ça fait vraiment plaisir de voir des gens qui sont des leaders dans leur industrie pis qui ont le will pis le leadership d’aller transformer un peu tout ça pour inclure un petit peu de nous pis de notre bonheur dans qu’est-ce qu’on fait. Merci beaucoup, Lorianne.

T’as aimé l’épisode? Évidemment, vu que t’es rendu jusqu’ici. Merci beaucoup pour ton écoute en passant. Si tu veux supporter Effrontée, la meilleure façon de le faire, c’est de me laisser un témoignage sur Apple Podcast. Pis vraiment, c’est super simple à faire. Va sur l’application Apple Podcast pis tape « Effrontée » dans la barre de recherche. Une fois que tu m’as trouvé, clique sur « S’abonner » pis descends en bas de la liste d’épisodes jusqu’à la section « Évaluation et avis ». Pis à partir de là, c’est à toi de jouer. Laisse-moi 5 étoiles si t’aimes le contenu du podcast pis laisse-moi un témoignage. Dis-moi pourquoi t’écoutes le podcast pis comment est-ce que ça a un impact sur ta business pis ta vie. Un énorme merci d’avance d’avoir pris le temps. C’est vraiment des gens comme toi qui font que le show continue. À la semaine prochaine, là!

Pis toi? T’en as pensé quoi?

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