Effrontée

Revenus créatifs: comment diversifier en tant qu’artiste sans sacrifier ta passion

19/09/2023

Les revenus créatifs, c’est possible. Pas juste pour les 1% qui percent dans les maisons d’édition. Pas juste pour ceux qui ont des parents riches. Pour toi, maintenant, avec ton art, ta communauté et les bons leviers en place.

Dans cet épisode, j’accueille Aurore Bay, illustratrice et nomade digitale, qui a bâti un business créatif solide avec de multiples sources de revenus créatifs: freelance, partenariats de marques, produits numériques, formations, YouTube, affiliation. Elle a tout fait dans l’ordre inverse aussi, les boutiques en ligne sans audience, les stocks qui ne vendaient pas, et elle n’a pas peur de nommer ce qui n’a pas marché. C’est exactement la conversation dont les créatifs ont besoin.

Le mythe du starving artist et tes revenus créatifs

Il y a un discours qu’on entend depuis l’enfance: l’art, c’est beau, mais ça ne paie pas. Les maisons d’édition paient des royalties de 3%. Le théâtre, c’est la loterie. L’illustration, c’est pour les livres pour enfants, et encore.

Aurore a grandi avec ce discours aussi. Elle a fait des études de graphisme plutôt qu’illustration précisément parce qu’elle pensait qu’illustratrice, c’était « auteur de bandes dessinées pendant deux ans pour une poignée de commissions. »

Ce qui a tout changé? Instagram, en 2012. Elle commence à voir des illustratrices anglophones qui voyagent, qui travaillent avec de grosses marques, qui ont des audiences engagées. Et elle réalise:

> « Les anglophones ont compris, parce qu’eux, on leur enseigne à l’école, aux États-Unis, même dans les écoles d’art, c’est qu’il y a du marketing, il y a de la communication, il y a du business que nous, en France, on n’a pas du tout. »

L’école ne t’apprend pas à monétiser ton art. C’est à toi de te l’enseigner.

Et si tu choisis d’en faire ton métier, vas-y jusqu’au bout. Comme elle dit: si tu veux garder quelque chose de pur, garde-le comme hobby. Mais si tu veux que ce soit ton business, assume-le.

Les revenus créatifs à construire dès le départ

Aurore a listé 27 sources de revenus différentes pour les créatifs (le lien vers sa vidéo YouTube est dans les show notes). Voici les grandes catégories concrètes:

Freelance comme point de départ. Pour commencer à générer du cash rapidement et accumuler de l’expérience avec des clients. Ce n’est pas la destination finale, c’est la fondation. L’objectif, c’est de ne jamais en dépendre à 100% parce que si tu t’arrêtes, tout s’arrête.

Les partenariats et l’affiliation. C’est là où les revenus créatifs deviennent vraiment intéressants. Dans les partenariats, Aurore demande maintenant les deux systématiquement: paiement pour la création de contenu ET lien d’affiliation à long terme. Pourquoi? Parce qu’elle veut des relations durables, pas des one-shot. Avec une audience de 20 000 abonnés engagés, elle a obtenu des contrats avec des marques comme Adobe France, Bic, Post-it. Avec sa chaîne YouTube business, elle a signé avec des banques et des assurances, des partenaires qui ont beaucoup plus de budget.

Les produits numériques. Brushes pour iPad ou Photoshop, templates de posts pour les réseaux sociaux, ressources graphiques sur des plateformes comme Creative Market ou Adobe Stock. Ce sont des revenus créatifs passifs qui continuent de générer même quand tu prends un mois off.

Les formations pour se professionnaliser. Si tu as développé une expertise et une audience, tu peux enseigner à d’autres créatifs qui veulent faire la même chose. C’est ce qu’Aurore fait avec ses formations pour illustrateurs qui veulent professionnaliser leur activité.

L’auto-édition. Au lieu d’attendre une maison d’édition, tu bâtis ton audience, tu sors tes propres livres. C’est une source de revenus créatifs beaucoup plus rentable que les royalties de 3-7%.

Pourquoi tes revenus créatifs dépendent d’abord d’une communauté

Il y a une vérité qu’Aurore répète souvent sur ses réseaux: personne n’a besoin d’illustration. Ce n’est pas un service essentiel comme la comptabilité ou le consulting. C’est un coup de coeur.

> « Comme personne n’a besoin d’illustration, comment est-ce que toi, tu fais pour mettre en valeur ton travail et faire en sorte que les gens l’achètent? C’est hyper dur au final puisque personne n’en a besoin. Donc, il faut que tu convoies les gens au coup de cœur. »

Ce coup de coeur, tu le crées par la visibilité et la communauté. Instagram, YouTube, TikTok: choisis une plateforme, investis-y pendant un an, construis une audience engagée avant d’essayer de vendre quoi que ce soit.

Aurore a appris cette leçon à ses dépens. En 2020, avec 25 000 abonnés acquis surtout en anglais, elle a lancé une boutique avec des produits physiques expédiables uniquement en France. Résultat: 10 ventes. L’audience n’était pas le bon match.

Sa règle maintenant: attendre les premiers signaux. Si des gens de ta communauté commencent à demander « est-ce que tu vends ça? », là tu prends des précommandes. Tu ne lances pas ta boutique en espérant que tes revenus créatifs vont venir tout seuls.

Et si tu as peur de montrer ton visage: des illustrateurs avec 20 000+ abonnés ne montrent jamais leur tête. Juste leurs mains, leur technique, leur art. C’est suffisant pour construire une audience et générer des revenus créatifs.

Le vrai calcul derrière les revenus créatifs passifs

Aurore nomme quelque chose que peu de créatifs calculent: la valeur de la liberté, pas juste des chiffres.

Elle raconte une anecdote déterminante. En 2021, à un enregistrement de podcast, elle a rencontré une illustratrice avec 10 ans d’expérience et 2 enfants en bas âge qui n’avait pas pris de vacances depuis 6 ans. Uniquement prestation de service. Si elle s’arrêtait, tout s’arrêtait.

> « Je te jure que ça m’a tellement choquée. Je me suis dit, ça, c’est pourquoi je vais diversifier tous mes revenus et pourquoi il ne faut absolument pas que je sois uniquement reliée à la prestation de service. »

Ce pivot-là, ce n’est pas abstrait. Aurore est maintenant nomade digitale. Elle a passé un mois à Bali incapable de travailler, stressée. À la fin du mois, elle a regardé son compte: YouTube, affiliation, produits numériques avaient continué de générer pendant son absence. La vraie liberté créative, c’est ça.

Son objectif: 10 000 euros de chiffre d’affaires mensuel (ce qui lui laisse environ 5 000 euros en rémunération personnelle après taxes). Pas pour les chiffres en soi, mais pour pouvoir prendre un mois, offrir un voyage à sa famille, ne jamais regarder son compte en banque avant de dire oui à quelque chose.

Les revenus créatifs passifs, c’est un investissement. Tu travailles fort maintenant, tu mets les structures en place, et 2-3 ans plus tard, tu récupères ta liberté.

Pour aller plus loin: 3 questions fréquentes

Par quoi commencer si je veux diversifier mes revenus créatifs?

Freelance d’abord pour générer du cash rapidement, pendant que tu bâtis ton audience sur une seule plateforme. Un an sur Instagram ou YouTube avant d’élargir. Ce n’est qu’une fois que tu as une communauté engagée, minimum 5 000-10 000 abonnés, que tu commences à tester les produits numériques, les partenariats et les boutiques en ligne. Pas avant.

Est-ce qu’on peut faire des partenariats payants sans montrer son visage?

Oui. Les marques de matériel artistique (carnets, tablettes graphiques, palettes d’aquarelle) font des partenariats avec des créateurs qui ne montrent que leurs mains et leur technique. Ce sont des contrats plus orientés produit que lifestyle, mais ils existent et ils se négocient. Il te faut une audience engagée, pas nécessairement immense.

Comment savoir si mes revenus créatifs sont assez diversifiés?

Aurore utilise ce test: si je prends un mois complet de vacances sans envoyer quoi que ce soit, est-ce que de l’argent continue d’entrer? Si la réponse est non, tu dépends encore trop de ta présence active. L’objectif est d’avoir au moins 2-3 sources de revenus qui tournent sans toi: affiliation, YouTube, produits numériques, formations evergreen.

Mes prochaines étapes

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Pour aller plus loin sur la monétisation de ton audience et les partenariats, écoute l’épisode 44 avec Caroline Mignaux sur bâtir des relations de sponsorship durables et l’épisode 63 avec Sonia Zarbatany sur les sponsorships pour monétiser ton audience.

Un peu plus sur Aurore Bay

À son compte depuis 2017, Aurore a développé une activité créative autour du graphisme puis de l’illustration en freelance. En 2020, elle se met à publier tous les jours sur Instagram, ce qui lui apporte ses premières opportunités de partenariats avec des marques comme Adobe France, Bic, Post-it ou encore Repaper. Depuis, Aurore crée du contenu destiné aux créatifs qui veulent se professionnaliser, pour les aider à développer leur activité et vivre de leur passion.

Show notes

Format: Entrevue avec Aurore Bay Durée: 57 min

Sujets abordés:

  • Le syndrome du starving artist et comment s’en défaire
  • Les 27 sources de revenus possibles pour les créatifs
  • Pourquoi commencer par le freelance avant de diversifier
  • Construire une audience avant de lancer une boutique en ligne
  • Partenariats et affiliation pour les créatifs: comment ça fonctionne
  • Produits numériques, formations, auto-édition comme revenus passifs
  • Bâtir une audience en restant introverti (sans montrer son visage)
  • La liberté créative comme objectif final, pas juste les chiffres

Liens & ressources:

📝 Lire le transcript intégral

T’écoutes Effrontée épisode 40. Aujourd’hui, on parle de diversifier ses revenus en tant que créative et mettre fin au syndrome du starving artist avec Aurore B. Si tu ne connais pas cette magnifique illustratrice, laisse-moi te la présenter. À son compte, depuis 2017, Aurore a développé une activité créative autour du graphisme puis de l’illustration en freelance. En 2020, elle se met à publier tous les jours sur Instagram, ce qui lui apporte ses premières opportunités de partenariat avec des marques comme Adobe France, Bic, Post-it ou encore Repaper. Depuis, Aurore crée du contenu destiné aux créatifs qui veulent se professionnaliser pour les aider à développer leur activité et vivre de leur passion. On veut bâtir des business, on veut générer du revenu, on veut continuer aussi d’être des créatifs et c’est de ça qu’on va discuter avec Aurore.

C’est pas compliqué, t’es tannée de marcher sur des oeufs pour pas froisser ceux qui considèrent que t’es juste trop. Pour toi, la vie, ça n’a pas de limite. Plus de cash, plus de temps, plus de succès, plus d’impact. Peu importe ce que tu veux, il n’y a personne qui va t’arrêter de prendre ta place. C’est sincèrement le temps de t’arrêter de cacher tes ambitions aussi.

Je m’appelle Geneviève Gauvin, chaque semaine, j’anime Effrontée. Le rendez-vous hebdomadaire pour les entrepreneurs insatiables pis fiers de l’être. Ici, c’est le safe space de celles qui osent questionner les modèles pis les limites pour faire les choses en grand. Travailler 5 heures par semaine? Why not? Vouloir être millionnaire? Y’a où le problème? Voyager de temps plein pis travailler de l’étranger? Où est-ce que je signe?

En plus de te partager mes conseils et mes stratégies pour faire toujours plus en travaillant moins, tu vas aussi découvrir des entrepreneurs dont l’ambition est sans limite. On va explorer les secrets de leur succès, leurs chiffres fascinants, pis discuter en paire pour t’inspirer à toi-même à atteindre les sommets dont toi, tu rêves. Je te donne la permission de vouloir toujours plus. Je te donne la permission d’être 100% effrontée.

Parfait. Dans ce cas-ci, on va débuter cette aventure-là avec tout ce poids sur tes épaules. Écoute, parce qu’il y a une des raisons pour lesquelles j’aime beaucoup te suivre, outre les illustrations absolument magnifiques, évidemment. C’est comment tu ne laisses pas les artistes devenir des victimes de leur passion. Tu vas aider les gens à bâtir des vrais business avec leur art, ce que je trouve si cool. Tout d’abord, avant toute chose, avant d’aller deep dans la business pour les créatifs, as-tu déjà été toi-même l’artiste qui ne croyait pas pouvoir en vivre ou en générer un bon salaire?

Bien sûr, mais bon, ça commence à remonter parce que c’était plutôt quand j’étais en études, voire avant au lycée. Moi, j’ai toujours dessiné depuis toute petite. Donc, effectivement, toute ma famille était là. Ah, mais il faudrait que tu fasses quelque chose avec le dessin. Il faudrait que tu sois dans un métier où tu puisses dessiner, mais jamais en mentionnant le métier d’illustrateur.

Donc, moi, j’ai… Mais est-ce que, attends, ta famille te poussait à faire un métier créatif? Oui, ils étaient très ouverts. Ils n’étaient jamais entendus. Si, franchement, de ce côté-là, je n’ai jamais eu de souci. Mes parents ont toujours dit, tu fais ce que tu veux du moment que tu le fais bien, que ça te plaît, vas-y, mais tu vas à fond. Mais par contre, on n’a jamais, jamais évoqué le métier d’illustrateur en soi, tout simplement parce que même moi, encore à 16, 17, 18 ans, je pensais qu’être illustrateur, c’était être auteur de bandes dessinées. Donc, de dessiner pendant un an et demi, deux ans, sur la même bande dessinée, le même livre, pour qu’au bout, gagner quelques commissions et ne pas gagner sa vie du tout, en fait, avec ça. Et donc, c’est pour ça, d’ailleurs, que je n’ai pas fait d’études d’illustration. J’ai fait des études de graphisme, tout en choisissant un cursus où il y avait de l’illustration à l’intérieur parce que je me dis, c’est quelque chose, je m’étais dit, c’est quelque chose que j’aime vraiment, j’ai envie de continuer quand même à en faire, mais je ne peux pas devenir une illustratrice. Ce n’est pas possible parce qu’illustrateur, ça ne gagne pas sa vie. On ne peut pas en vivre.

Qu’est-ce qui t’a fait réaliser, justement, qu’il y avait d’autres façons de générer des revenus en tant qu’illustratrice, en tant qu’artiste aussi? Ça s’est passé comment pour toi, cette transition-là de « Ah, finalement, ça se peut pour moi? » Les réseaux sociaux, tout simplement. Personnellement, j’adore les réseaux sociaux. Franchement, Instagram, c’est ma comfort zone. Je pourrais y passer des heures toute la journée sans problème. Et la première fois que j’ai installé Instagram, c’était en 2012.

Du coup, j’ai commencé un petit peu à voir ce que c’était pendant mes études, à traîner sur tous les sites créatifs, Dribbble, Behance, toutes ces choses-là à droite, à gauche, en me disant « Il y a quand même des belles images et des belles choses. » Mais j’étais vraiment orientée graphisme pendant mes études. Et en plus, le fait d’être entourée de toutes les personnes de ta classe qui étaient à fond dans le graphisme, moi, dans ma tête, j’étais là: « OK, je vais être directrice artistique, graphiste. » Et c’est une fois que j’ai été diplômée, où là, j’ai pu passer beaucoup plus de temps sur les réseaux sociaux. Du coup, sur Instagram, à suivre des illustrateurs, illustratrices qui faisaient des super projets, que même il y en avait qui faisaient plutôt anglophones, des très gros projets avec des très grosses marques, où je me suis dit « Mais attends, eux, ils font que de l’illustration? Comment ça? Ils font pas de graphisme à côté et ils en vivent. Attends, il y a un bug dans la matrice. »

Qu’est-ce qu’eux, ils avaient compris? Comment est-ce qu’ils faisaient des bons revenus? J’ai cherché, j’ai vraiment eu une obsession à un moment à essayer de chercher sur les réseaux de plein d’illustratrices, surtout. Ce qui m’attirait le plus, c’était les illustratrices qui voyageaient. J’en avais suivi une qui était nomade. Et à l’époque, en 2015-2017, je me disais « Mais c’est pas possible. Comment elle fait? » Et c’est la seule qui commençait à faire du contenu autour de la création de contenu, mais aussi autour des revenus passifs, de comment monter un business en étant illustratrice, en étant peintre, en étant artiste. Et c’est la première fois que j’ai vu ça.

Je ne parlais pas très bien en anglais à l’époque, mais t’inquiète que ça m’a bien motivée à apprendre parce que pour pouvoir lire ses contenus, écouter ses podcasts et tout, et j’étais là, mais il y a forcément quelque chose que les autres ont compris que moi, je n’ai pas compris. Et effectivement, la chose que je pense les anglophones ont compris, parce que eux, on leur enseigne à l’école, aux États-Unis, même dans les écoles d’art, c’est qu’il y a du marketing, il y a de la communication, il y a du business que nous, en France, on n’a pas du tout.

OK, mais j’aime ça comment tu m’amènes à ma prochaine question. Écoute, il y a un des discours que j’entends le plus, justement quand il s’agit de mentionner artiste et argent dans la même phrase, ou succès d’ailleurs, on va se le dire, c’est la conclusion que le travail devient plus pur. Ça devient plus passionné, mais ça devient commercial, motivé par l’argent. Qu’est-ce que tu penses de cette vision-là, toi? Est-ce que tu es moins artiste parce que tu veux générer des revenus?

Alors, c’est une question qui est très compliquée et qui est très délicate. Moi, j’ai du mal à l’aborder encore sur mes réseaux, parce que je sais que… Utilisons des pinces! Voilà. Il y a des personnes qui vont être d’accord avec moi et il y en a qui ne vont pas du tout être d’accord avec moi. Donc, moi, ma vision des choses, même si effectivement, sur les réseaux en public, je prends des pincettes pour faire attention à ce que je dis, c’est que si tu as choisi aujourd’hui de faire de ton métier artistique, de ta créativité, ton métier, que tu veux générer des revenus avec, vas-y jusqu’au bout. Si tu veux garder quelque chose de très pur, garde-le comme hobby.

Comme ça, tu n’auras aucune contrainte, tu n’auras pas de projet client, tu n’auras pas de la pression des réseaux sociaux pour développer ta communication, ton marketing. Si tu ne veux pas tout ça, garde-le comme hobby. Fais un autre boulot à côté, même si c’est un autre boulot créatif, tu vois. Mais si tu as envie de garder quelque chose juste pour toi, ne le modélise pas. Moi, personnellement, mon hobby, c’est la photo. Mais jamais, tu vois quelques photos, effectivement, parce que j’en ai besoin autour de mes illustrations sur mon Instagram. Mais toutes mes photos de voyage, puisque là, je suis autour du monde, tu ne les vois pas sur Instagram parce que je ne veux absolument pas de retour là-dessus. Je ne veux pas qu’on me dise comment faire, je ne veux pas de conseils, je ne veux pas de projet client. C’est mon hobby. Par contre, l’illustration aujourd’hui, c’est mon métier.

Et en tant que métier, mes objectifs, ils sont, je pense, assez hauts. Et du coup, il n’y a pas le choix si je veux arriver jusque-là. Si tu mentionnes tes objectifs de salaire, ça ressemble à quoi tes ambitions avec ton entreprise? Parce que c’est une entreprise, c’est ton métier, mais c’est une entreprise. Oui, et j’ai eu beaucoup de mal justement à me dire que c’était mon entreprise, que ce n’était pas juste moi et que ce n’était pas juste de l’argent de poche que je me faisais avec mes petites illustrations. Chose qui est très ancrée, je pense, chez tout le monde au début, quand on commence en plus en sortant d’études, tout ça, où on ne te parle jamais de salaire, jamais d’argent, ni rien.

Donc ça, j’ai mis plusieurs années aussi à m’en détacher et ce qui m’a aidée un petit peu à évoluer aussi au niveau mindset, c’est mon entourage. Moi, depuis que je suis avec mon copain, lui, il est entrepreneur, il a déjà monté une startup, qu’il a revendue. Dans tous ses amis proches, ils sont dans des startups francophones qui effectivement, maintenant, sont bien développées et du coup, ça m’a aidée à me donner des objectifs qui soient peut-être plus hauts que la moyenne.

Moi, ce que j’aimerais bien faire, c’est au moins, on va dire, 10 000 euros de CA avec mon entreprise. Donc, pour le rappel, ce n’est pas ce qui rentre dans ma poche, mais d’arriver au… J’aime l’astérix. Oui, tout le temps. Je préfère préciser. Mais honnêtement, des fois, je trouve ça même presque plus tabou parce que générer beaucoup de revenus avec une entreprise, c’est comme, ben oui, c’est l’entreprise. Mais après ça, quand il s’agit de choisir ce qu’on se donne comme salaire, c’est quoi notre propre valeur personnelle? Je pense qu’il y a une bonne discussion, surtout en tant qu’artiste.

Ma mentalité, c’est profit first. On paye surtout parce que c’est toi qui as le plus de valeur dans ton entreprise. Super important de payer le propriétaire, mais au final, effectivement, les revenus personnels de l’entrepreneur versus de l’entreprise peuvent être extrêmement différents.

Mais si je veux 10 000 euros de CA mensuel, c’est pour pouvoir au moins me payer la moitié, en enlevant toutes les taxes, ça revient à peu près à 5 000 euros par mois. Je me dis, OK, si moi j’arrive à faire ça, on sera bien, et là, on pourra effectivement être hyper libre. On a plein d’idées, on a envie de monter d’autres business, on a envie de monter d’autres concepts, et du coup, je me dis, ça, ça va me donner la liberté et de pouvoir avoir mon chez moi, qu’aujourd’hui, je n’ai pas vu que je suis nomade, aussi de pouvoir faire toutes les sorties qui me font kiffer, toi, tu vas me comprendre d’aller dans des petits cafés, de voyager, de se faire des week-ends, sans jamais avoir à regarder mon compte en banque, sans jamais avoir à compter et juste pouvoir être libre.

Et si, ça, je l’ai compris vraiment en étant nomade, s’il y a un moment où je ne suis pas bien, où je suis fatiguée, où j’ai juste envie de mettre pause sur mon business pendant un mois, je puisse le faire parce que je sais que j’ai des rentrées d’argent suffisantes, même en revenus passifs ou déjà sur mon compte, pour pouvoir mettre stop pendant un mois si j’ai envie. Et ça, c’est très, très, très précieux à mes yeux.

Moi, ça m’est arrivé l’année dernière quand on était à Bali, à Changu, dans une ville qui est beaucoup trop bruyante, où j’étais très mal et en fait, pendant un mois, je n’ai pas réussi à bosser et j’étais stressée parce que je ne bossais pas. À la fin du mois, quand j’ai vu mon compte, je me suis dit « Ah, mais en fait, ça va. En fait, tout va bien. Il y a des choses qui sont rentrées dans les revenus passifs de tout ce que j’ai mis en place jusqu’ici dans mon business créatif. Donc, avec les liens d’affiliation, avec les sponsors, avec YouTube et tout, il y a de l’argent qui est rentré. »

Et ça, je pense qu’il y a beaucoup de gens, c’est un discours qu’on entend beaucoup justement chez les créatifs, « I go with the flow » seulement quand la créativité est bien et tout. Ben, écoute, oui, mais pour moi, c’est de la liberté tellement temporaire. La vraie liberté, c’est d’être capable de se laisser un mois parce qu’en amont, on a fait beaucoup de travail, de structure, de fondation pour être capable de vraiment respecter ça.

Je suis totalement d’accord. Pour moi, il faut mieux charbonner au début, essayer de mettre plein de choses en place, que ça prenne peut-être entre un et trois ans parce qu’effectivement, ça prend du temps pour qu’après, tu puisses enfin retrouver cette liberté créative. Moi, comme je te dis, aujourd’hui, si je veux prendre un mois pour développer un projet perso ou pour juste bosser un petit peu sur autre chose, si j’ai envie de me mettre à la peinture ou quelque chose de vraiment différent, je peux le faire sans que ça n’impacte mon business. Bien sûr que mon CA, il va descendre un petit peu parce que j’ai encore de temps en temps des missions freelance et tout, donc il y a ça qui part, mais tout le reste, ça va rester en place et je vais quand même avoir de l’argent qui rentre. Et ça, je trouve ça incroyable qu’au bout de seulement trois ans, parce que c’est très court, trois ans au final, de pouvoir retrouver cette liberté créative.

Et du coup, quand je vois le contraire chez les gens, je ne suis du coup que des illustrateurs et des créatifs sur mon compte Instagram professionnel, et du coup, je vois ce discours tout le temps avec des gens qui sont torturés entre, il faut que je prenne des missions freelance avec des clients que je n’aime pas trop et en même temps, j’ai envie de dessiner pour moi. Il y a un temps pour tout, on ne peut pas tout faire en même temps parce que sinon, on se fatigue. Et effectivement, ça prend peut-être entre un et trois ans. En ce moment, tu es peut-être torturé, que tu as envie de faire une chose, mais tu te sens obligé de faire l’autre parce qu’il faut faire rentrer de l’argent, mais en même temps, tu te dis qu’en à peine deux ans, trois ans, tu peux effectivement retrouver cette liberté que tu peux avoir jusqu’à la fin de ta vie. Donc, au final, c’est vraiment un investissement.

Puis ici, si on pense à la bourse, tu sais, je veux dire, un investissement, c’est long terme. Tu mets 100 $ à la bourse, ton 100 $, tu ne pourras pas l’utiliser pour aller faire ce que tu as envie de faire aujourd’hui. Tu vas, entre guillemets, le sacrifier maintenant pour être capable de le faire profiter quand il va ressortir avec de l’intérêt. Donc, les efforts de marketing qui ne nous plaisent pas, c’est une sortie de zone de confort, mais ce n’est pas de la torture, c’est de regarder cet objectif-là long terme.

Tu mentionnais tantôt les différentes sources de revenus, tu as parlé de revenus passifs, d’affiliation. C’est quoi les genres de sources de revenus que les artistes, les créatifs qui arrivent à se bâtir une communauté en ligne peuvent bâtir et entretenir pour éviter de retomber finalement dans le service puis l’échange d’heures contre l’argent?

Il y en a beaucoup. J’ai fait une vidéo YouTube d’ailleurs sur ce sujet-là. J’en ai compté au total des sources de revenus différentes qu’on peut mettre en place en tant que créatifs. Il y en a 27. Ah, quand même. Beaucoup. On pourra mettre le lien vers la vidéo YouTube parce que je m’imagine que ça va être beaucoup plus complet, mais quelques-unes. En gros, effectivement, le freelancing, ça, toujours conseillé pour commencer, pour pouvoir se faire un peu de l’expérience avec les clients normaux. Moi, ce que j’ai développé derrière, d’un coup, ce sont surtout les réseaux sociaux, donc aussi bien tout ce qui est partenariat, donc mettre en avant un produit, un service, un abonnement d’un partenaire, moi, généralement, dans tous mes partenariats, je demande les deux maintenant, donc qu’on me paye pour la création de contenu, plus derrière, en lien d’affiliation long terme, pour pouvoir garder aussi ces affiliés avec moi longtemps, tout simplement, pour mettre une relation en place, pas un one-shot.

Ensuite, effectivement, avec le développement de communauté, tu peux très bien sortir une boutique en ligne, donc vendre tes prints, vendre tes objets imprimés, vendre ton artisanat, n’importe, et aussi avec cette communauté, tu peux très bien sortir une BD en ligne, des livres illustrés en ligne, de l’auto-édition, donc des produits que toi, tu fais, donc tu n’as pas à attendre effectivement qu’une maison d’édition vienne te chercher, que toi, tu te débrouilles pour te bâtir ta communauté, ton audience, vraiment intéressée dans ton sujet et sortir tes propres bouquins derrière, c’est beaucoup plus rémunérateur d’ailleurs que d’attendre une maison d’édition.

J’ai regardé ton contenu sur Instagram et c’est ce que j’ai vu justement où il y a beaucoup de créatifs finalement qui, bien, il y a certains dans certaines niches finalement qui sont très mal payées. Ton conseil pour ne pas tomber dans ces contrats alimentaires, c’est justement d’avoir différentes sources de revenus, c’est d’éviter ça aussi.

Oui, après, on en fait un petit peu parce qu’on aime ça ou… Pour moi, ce n’est pas qu’ils ne respectent pas leur travail ni rien. Les maisons d’édition font très bien leur travail, c’est juste qu’ils n’ont pas d’argent. Ils préfèrent mettre les auteurs en avant, donc ceux qui écrivent les histoires, les bouquins et tout, plutôt que les illustrateurs, surtout si toi, tu ne fais que la couverture, tu ne touches pas de royalties. C’est uniquement un paiement à une fois. C’est uniquement si tu fais, par exemple, des bouquins pour enfants où à l’intérieur, tu vas avoir beaucoup d’illustrations où là, tu touches des royalties. Donc, moi, j’en ai fait qu’un, je touche 3%. Donc, 3% sur la vente d’un livre à 8,99 euros.

Le mieux, c’est effectivement de voir long terme et se dire que la visibilité, ça fait quand même énormément, même si ça ne fait pas tout, on est d’accord, mais ça permet de retrouver cette liberté créative au bout d’un moment en sortant des produits, des produits physiques, des produits numériques, des cours en ligne, en sortant sa propre BD, son propre livre, son autoédition. Il y a plein de choses à sortir en tant que produit derrière. Comment on utilisait son audience que je trouve ça bête de ne pas en profiter. Et surtout, comme on disait, que tu peux le faire aussi bien en montrant ta tête qu’en ne la montrant pas.

Est-ce que c’est difficile des fois de faire de l’affiliation avec ce genre de marque-là, de matériel? Est-ce que c’est toi qui dois proposer l’affiliation? Est-ce qu’ils ont toutes des plateformes, des programmes déjà disponibles? Parce que j’imagine… Écoute, même dans la niche de la business et dans beaucoup de niches, même l’affiliation, c’est encore un petit peu… Bien, marketing d’influence, on te paye pour un poste puis c’est terminé. Là, toi, si tu veux des commissions sur les ventes qui ont été générées, ce que je trouve absolument smart.

Alors, moi, je pense que j’ai eu de la chance aussi, c’est parce que je parle énormément d’entrepreneuriat sur mes réseaux, surtout sur YouTube et du coup, la plupart des partenaires que j’ai, c’est banque, assurance, application pour la retraite, des choses comme ça. Donc, ils sont déjà dans ce genre de programme. Toutes ces plateformes-là, ces applications-là, les ont. Donc ça, il n’y a pas de souci avec eux, c’est plutôt facile. Puis moi, j’aime bien bosser aussi avec ce genre de partenaire parce qu’il y a plus de budget aussi, tout simplement. Oui. Forcément, quand c’est une banque, ils ont beaucoup plus de budget.

Mais j’en ai fait en 2021 avec BIC, avec Post-it, avec des marques comme ça. Et là, c’est des très grosses marques. C’est eux qui sont allés vers moi. Mais ils bossent avec des agences de marketing, avec des agences de marketing, de communication, marketing digital. Et du coup, c’est les agences qui me connaissaient et les gens dans les agences qui me suivaient et du coup, qui m’ont proposé directement les partenariats derrière.

Quelqu’un qui n’a pas encore une audience de taille, est-ce qu’on peut faire ce genre de partenariat-là? Comment on fait pour trouver? Alors, je pense qu’aujourd’hui, dans tout ce qui est les partenariats, en tout cas dans toute la sphère créative art francophone, il n’y en a pas encore non plus beaucoup. Moi, vraiment, c’est les personnes que je vois qui ont des partenariats, elles ont des grosses audiences. Donc, au moins 20, 25 000 abonnés. J’en ai rarement vu avec des petites audiences. Donc, pour moi, je pense, on peut commencer à en chercher en ayant une petite audience. Si elle est bien engagée, qu’elle est bien faite à partir effectivement de 5 000, 6 000 abonnés, je pense qu’on est capable de pouvoir aller chercher nous-mêmes un partenaire. Donc, moi, j’aurais plutôt tendance à dire, cherche un partenaire local, une petite boutique d’art de ta ville ou quelque chose comme ça. Ou là, peut-être au moins déjà commencer par juste te faire payer la création d’un poste ou la création d’un reel.

Pour les gens qui écoutent, qui n’ont pas encore cette audience de taille-là, par quoi, selon toi, c’est quoi les sources de revenus sur lesquelles ils devraient focusser? Là, mettons les deux, trois premières pour ensuite continuer de diversifier, mais là, on commence par quoi pour être plus en contrôle de notre avenir financier en tant qu’artiste?

D’accord, je te disais, c’est un peu compliqué pour moi, tu commences par le freelance et après, tu commences par créer une audience. Donc, ça, c’est communication, marketing pour ensuite, effectivement, pouvoir sortir ou des produits ou commencer à trouver des partenariats. Mais en tout cas, le conseil que je peux donner, c’est peut-être qu’au début, choisir une plateforme, que ce soit Insta, YouTube, TikTok. Le multi-plateforme, c’est bien quand tu commences à avoir une audience, mais quand tu commences, commence par une chose. Moi, je sais que j’ai commencé par Insta, j’ai fait un an où j’ai fait que de l’Insta. L’année suivante, j’ai fait pratiquement que du YouTube avec une vidéo par jour. Là, cette année, je suis revenue un peu plus sur Insta, YouTube, je crois que j’ai fait quatre vidéos depuis le début de l’année. Mais c’est pas grave parce que j’ai déjà plus de 110 vidéos sur ma chaîne. Du coup, les gens, ils regardent et ça continue de tourner. Ça tourne un peu moins vite, effectivement, mais je continue à avoir des nouveaux abonnés tous les jours parce que j’ai déjà plus d’une centaine de vidéos à regarder sur YouTube avec des liens qui sont déjà mis en place, de l’affiliation, même des produits à moi, des freebies, il y a plein de choses. Et du coup, ça continue de tourner grâce à ça.

Est-ce que c’est aussi des gens qui sont capables d’avoir des contrats d’affiliation, même quand on ne montre pas son visage? Pour moi, ça va être plutôt des partenariats ou de l’affiliation autour des produits. Donc, c’est-à-dire qu’aujourd’hui, il y en a de plus en plus des marques effectivement qui se mettent à faire des partenariats et du coup, ça va être des marques de peinture, de gouache, des tablettes graphiques, ça va être aussi du matériel, c’est-à-dire des carnets, des stylos, j’en vois de plus en plus. Si tu montres ta technique et tu montres comment tu dessines, tout ce qui va être le matériel, ça va attirer de plus en plus. Ça ne va pas être des contrats type lifestyle. Mais ça marche aussi. Bien sûr que c’est possible.

J’adore cette question parce que c’est quelque chose que j’essaye vraiment de travailler et de mettre en avant sur mon compte Insta. Là, j’ai commencé une série où je mets en avant des comptes Instagram de différents illustrateurs, illustratrices. Et dedans, sur la dizaine que j’ai prise, il y en a deux où on ne voit jamais leur tête. Jamais. Et qui ont plus de 20 000 abonnés, chacun. J’adore. Je trouve ça hyper cool de pouvoir se dire que je ne montre jamais ma tête, juste mon art et que ça parle de lui-même parce que je suis dans le bon domaine, parce qu’il y a de la personnalité dedans, parce que je montre bien comment je fais donc vraiment la technique. On voit peindre, on voit mes mains en fait. Donc ça va, je pense qu’on est tous capables de mettre nos mains sous un appareil photo ou un téléphone pour voir si je suis filmé. On met de la crème hydratante avant un bon vernis et on est bon. Des jolis ongles. C’est parti.

Qu’est-ce qui fait perdre de l’argent à un artiste, selon toi, et que beaucoup font comme erreur? La boutique en ligne. J’en ai fait, j’ai commencé par ça, justement. En 2018-2019, je me suis dit, allez, lance un compte Instagram d’une boutique en ligne, uniquement la boutique. Donc, c’est-à-dire mettre en avant comme une grande marque que je me suis prise pour Zara ou H&M, je n’en sais rien à cette époque-là. J’ai juste mis des articles en ligne, j’ai travaillé toute seule dans mon coin sur des illustrations qu’ensuite, j’ai fait imprimer sur des t-shirts, sur des suites, j’avais des tote bags, des choses comme ça. Et après, j’ai mis les images sur Instagram et je me suis dit, ça va venir tout seul.

Ça va venir tout seul. Énorme red flag. J’en ai vendu quelques-uns à ma famille, à mes amis. Mais je n’avais aucune publication sur mon Insta à ce moment-là. Et là, je me suis mise à poster des photos effectivement de t-shirts, de suites et tout qui ne se sont jamais vendues, bien sûr, effectivement. Ça va que c’était du print on demand. Du coup, j’en avais imprimé uniquement un pour faire des photos et après, j’attendais que ça s’imprime. Franchement, j’étais à peu près intelligente là-dessus. Je n’ai pas trop perdu d’argent. Et je me suis dit bon, OK, ce n’est pas la bonne stratégie. J’arrête au bout de deux mois.

Après, je me suis mise à publier mes illustrations et j’ai refait une boutique en ligne une fois que j’avais 25 000 abonnés. J’ai sorti une box pour Noël 2020. Donc, c’est-à-dire une box avec l’intérieur. Il y avait trois petites affiches, des stickers et un carnet que j’avais imprimé tout bien. En me disant, OK, je fais des pré-ventes. Donc, on va voir combien je vais vendre et combien je peux en imprimer derrière. Mon minimum de pré-ventes pour être rentable, je crois qu’il était autour de 16, 17, 18. Pas très haut avec 25 000 abonnés. J’ai fait 10 ventes. Oh non! Avec 25 000 abonnés que j’avais pris dans l’année.

Parce que je parlais en anglais sur mes réseaux et que là, j’ai fait une campagne avec un produit uniquement qui pouvait être livré en France pour pas trop payer et du coup, qui était pas rentable. Forcément, ça ne fonctionne pas. Et oui, l’audience, c’était peut-être pas un bon match. J’avais refait la même erreur que la première fois en faisant tout dans mon coin et en sortant du jour au lendemain en disant « Coucou, voici, j’ai un truc à vendre. » Ben non, ça ne fonctionne pas. Il faut tiser, il faut faire plein de choses en amont pour donner envie.

Et je trouve ça intéressant, parce que c’est sûr qu’on parle de produits physiques, on parle d’illustrations, mais je vois ça tout le temps ou quand on commence avec les plus petits produits d’entrée de gamme qui ne coûtent pas cher, on se dit « Ah, ça va être plus facile à vendre. » Mais au final, non, premièrement, c’est déjà moins rentable, surtout en plus quand il y a du physique et qu’il faut payer pour les matériaux. Mais aussi, c’est que ça prend tellement de trafic, ça prend tellement une grosse audience qu’au final, ça reste là, c’est jamais acheté puis on se sent donc bien triste qu’on ne fait pas de revenus.

Pour moi, il faut vraiment commencer par du freelancing pour pouvoir faire de l’argent rapidement et à côté de la communication, construire une audience, que ce soit n’importe Insta, YouTube, TikTok, ce que vous voulez, vous construire une audience au-dessus, vous allez continuer à illustrer, continuer à faire votre art en public, en entrant, ce que vous êtes en train de faire. Même sur Twitch, il y en a plein qui le font, ça marche ultra bien. Et le fait de donner envie aux gens à force de vous regarder, de voir comment vous faites, là, ça va leur donner envie d’acheter.

Et de toute façon, moi, je dis toujours à mes élèves, attendez les premiers signaux. Attendez qu’il y ait des personnes de votre communauté qui vous disent est-ce que tu vends ça? Est-ce que ça, je pourrais l’acheter? Là, à partir seulement de ces premiers signaux-là, vous prenez des précommandes, vous faites des petits stocks de 10 impressions, par exemple. Là, vous essayez de les vendre parce que vous aurez fait le travail de réchauffe pour pouvoir chauffer votre audience. Avant, on vous aurait déjà fait des demandes et peut-être, à partir de ce moment-là, vous pouvez considérer la boutique en ligne. Pour moi, c’est la meilleure stratégie.

Je suis d’accord. Prévente aussi, on va être sûr et certain d’avance qu’on a déjà les revenus avant même de dépenser.

Comment on bâtit une audience selon toi quand on est un peu plus introverti de ce côté-là et qu’on ne veut pas être sous le spotlight à ce point-là?

J’adore cette question parce que c’est quelque chose que j’essaye vraiment de travailler et de mettre en avant sur mon compte Insta. Là, j’ai commencé une série où je mets en avant des comptes Instagram de différentes illustrateurs, illustratrices. Et dedans, sur la dizaine que j’ai prise, il y en a deux où on ne voit jamais leur tête. Jamais. Et qui ont plus de 20 000 abonnés, chacun. J’adore. Je trouve ça hyper cool de pouvoir se dire que je ne montre jamais ma tête, juste mon art et que ça parle de lui-même parce que je suis dans le bon domaine, parce qu’il y a de la personnalité dedans, parce que je montre bien comment je fais donc vraiment la technique.

Il suffit juste de se mettre un petit peu dessus, de se dire, OK, je me prends six mois pour monter sur Insta, sur TikTok, sur YouTube, n’importe, d’arriver au moins à, sur YouTube, je pense qu’à 2000, 3000 abonnés, tu peux commencer à monétiser. Sur Insta, à 5000, 6000, peut-être 10 000. Pour moi, de mon point de vue aujourd’hui, je me dis, ce n’est pas si compliqué d’arriver à 5000 abonnés en six mois, mais en ayant une audience engagée, en faisant les choses bien.

Et je dis ça, mais là, tout le monde qui écoute va se dire, oula, comment ça, c’est pas si compliqué? Il faut être focus. Encore une fois, c’est une période d’investissement. C’est une période, je l’appelle, une période de crunch où c’est comme, OK, là, on y met beaucoup d’efforts, mais toujours dans cet objectif-là, long terme. Si on perd de vue l’objectif, puis qu’on reste dans le day to day, puis je suis fatiguée, je suis fatiguée, est-ce que je suis à la bonne place? Mais si l’objectif n’est pas assez motivant parce que ce n’est pas quelque chose qui nous appartient puis qu’on s’est fait dire que c’est ça qu’on voulait, bien, peut-être qu’on va décrocher, mais à partir du moment où c’est comme, je sais que c’est ça la vie que je veux, tu sais, on dirait que tu es plus motivée à faire cet effort-là.

Après, il y a un truc aussi, je trouve, dans la sphère créative qui est plus compliqué par rapport à d’autres métiers freelance, c’est que nous, on ne peut pas mentir sur notre compétence. Dans le sens où ce que tu postes sur les réseaux sociaux, c’est ce que tu vas pouvoir délivrer au client. Donc, travailler sur sa compétence, toujours, toujours, pour pouvoir s’améliorer du point A au point Z de sa carrière, c’est ultra important parce que tout ce qu’on va poster sur les réseaux sociaux, si techniquement, ça ne suit pas, les gens ne vont pas s’abonner. Honnêtement, il y en a d’autres. Et du coup, tu ne peux pas mentir sur ta compétence technique. Ce n’est pas possible. Donc, aussi bien sur ton portfolio que sur tes réseaux, c’est ultra important pour moi de vraiment chercher à s’améliorer.

J’ai le temps pour une dernière question avant de terminer. Qu’est-ce que tu penses que les créatifs ont besoin d’entendre finalement? Accepter que c’est correct faire de l’argent, c’est deep. C’est pas facile comme question. Qu’est-ce que tu avais besoin d’entendre?

Je pense que genre si tu veux en faire ton business, tu veux gagner de l’argent avec, il va falloir que tu t’y mettes à fond et que tu te mettes dans le crâne qu’effectivement il va falloir gagner de l’argent avec tes illustrations et que tu ne peux pas vivre si tu vends une prestation de service de 100 euros, ce n’est pas possible. Que pour pouvoir mettre des prix plus haut il va falloir te faire un nom, il va falloir faire une visibilité. Moi j’ai vraiment senti la différence quand les gens ils venaient pas parce qu’ils avaient besoin d’une illustration pour un projet, mais qui venaient parce qu’ils voulaient du Aurore Bay. Là j’ai senti vraiment la différence.

Et cette liberté créative comme je te disais de me dire si demain je veux prendre un mois, deux mois pour pouvoir développer autre chose, pour prendre des vacances on s’en fiche, n’importe, de me dire que je peux le faire parce que j’ai développé un business qui me rapporte réellement de l’argent. De me dire que pouvoir aujourd’hui aussi rêver à une jolie voiture, rêver d’une maison qui vraiment me plaît, rêver d’offrir un voyage en famille à l’autre bout du monde, de me dire qu’aujourd’hui ça c’est quelque chose dont je peux rêver et qui est probable d’arriver, c’est pas juste « oh bah non les gens qui ont de l’argent eux ils peuvent faire ça et moi non. »

Me dire que si j’ai envie de faire quelque chose, je vais pouvoir le faire grâce à mon business d’illustration, je trouve ça assez incroyable. Et il y a des gens là en ce moment au Mexique que je revois que je n’ai pas vus depuis dix ans, dont des familles d’accueil, et j’ai vu mon père d’accueil qui m’a redemandé trois fois « mais avec tes illustrations ça va, t’arrives vraiment à gagner ta vie? » Et moi je lui dis « Ben écoute, je suis là au Mexique pendant trois mois, je peux voyager, je suis avec vous tout le week-end, je vous offre des cadeaux, je pense que oui. » Et lui il est très en plus vieux jeu et donc pour lui ça me semble invraisemblable. Et moi je suis là: « Bah si, c’est possible en développant un business de bien gagner sa vie derrière. » J’ai envie de montrer l’exemple sur le marché francophone tout du moins parce que l’anglophone ça existe déjà, il y en a qui le font, mais sur le marché francophone il y en a très peu qui le font.

Et c’est un peu ma mission, c’est ce que je veux apporter comme valeur, qu’effectivement c’est possible de bien vivre de son métier artistique créatif, et qu’il y a juste effectivement du boulot à faire, il y a des leviers à actionner pour pouvoir y arriver. Mais si demain j’ai envie de gagner plus que mes deux parents réunis, je peux, et ça c’est incroyable.

Exact. C’est de se dire que c’est aussi à notre portée, puis que c’est pas que les gens riches qui ont accès à tous ces cadeaux-là. Le lifestyle que tu as nommé tantôt, je pense que ça commence aussi par mettre fin au discours qu’il n’y a pas d’argent dans l’art. Moi aussi je l’ai entendu énormément quand j’étais jeune. Il y a eu un moment où j’ai contemplé l’idée de faire du théâtre, mais « il n’y a pas d’argent dans le théâtre, c’est la loterie. » Je l’ai entendu ça tellement que à un moment donné tu finis par y croire. Je pense que de se mettre des oeillères, de regarder vers l’endroit puis se dire qu’est-ce que moi je peux bâtir pour autant être heureux à travers ce que j’aime parce que je le fais au quotidien, mais de penser de façon stratégique pour moi-même, parce que peut-être effectivement il n’y a personne qui va penser pour toi. De construire quelque chose puis oui ça va nécessiter de l’huile de coude, ça va nécessiter des efforts beaucoup, mais c’est un investissement qui apporte énormément autant en revenu qu’en bonheur qu’en temps éventuellement.

Oui, ce que je dis tout le temps c’est que oui on est dans un métier précaire, oui c’est difficile, oui comme tu dis le théâtre, les maisons d’édition, il n’y a pas d’argent, on est d’accord, mais aujourd’hui on a quand même un outil que nos parents n’avaient pas: on a internet, il y a les réseaux sociaux qui sont de la publicité gratuite organique où on peut toucher, moi, le marché francophone, je peux le toucher même jusqu’au Canada, qui est quelque chose que je n’aurais jamais pu faire il y a 20 ans de ça. Et franchement, profitez-en. Même en étant créative, en étant artiste, se former sur le marketing et la communication en ligne, il faut le faire. C’est tellement une opportunité en or qu’on a, qui est gratuite. Faites-le, franchement, c’est tout ce que j’ai à dire. Mettez-vous dedans et faites-le.

Écoute, on va conclure là-dessus parce qu’effectivement, faites-le. Écoute, on n’est pas Nike mais on reprend les slogans. Dis-moi Aurore, où est-ce qu’on peut te retrouver sur internet?

Donc, Instagram c’est toujours le même pseudo sur toutes les plateformes, Aurore.B. Donc Instagram, YouTube, mon site internet aussi aurorebay.fr tout simplement.

Et si toi qui écoutes tu veux revisiter du contenu qu’on a partagé, tous les liens, si tu veux retrouver Aurore sur internet, c’est pas plus compliqué que de te retrouver au genevievegauvin.com slash effrontée-40. Puis évidemment toi qui écoutes, si t’as aimé l’entrevue d’aujourd’hui, partage ça dans tes stories sur Instagram, tag mon compte @_genevievegauvin et évidemment celui d’Aurore @aurore.bay pour nous dire c’est quoi que tu as retenu de cette entrevue-là. Est-ce que si toi tu es une créatrice, est-ce que maintenant c’est le temps de passer à l’action et de bâtir cette business-là qui va tellement être un bon retour sur l’investissement? On veut savoir qu’est-ce que t’en as pensé. Aurore, un énorme merci d’être venue démystifier comment est-ce que tu génères des revenus en tant que créatrice. Merci beaucoup à toi de m’avoir invitée et de m’avoir permis de parler de ça sur ton podcast, c’était trop bien. Ça me fait énormément plaisir. On se reparle la semaine prochaine pour un autre épisode sur Effrontée. Bye là!

Pis toi? T’en as pensé quoi?

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