Effrontée

Slowpreneuriat: mettre fin à la culpabilité de vouloir le temps et le succès

14/11/2023

Le slowpreneuriat, c’est la permission de vouloir le beurre et l’argent du beurre, sans s’excuser. Dans cet épisode, j’accueille Laure Dodier, fondatrice de Ma Slow Boîte et pionnière du mouvement. Elle est passée de 70 à 25 heures de travail hebdomadaire tout en doublant ses revenus et en devenant maman deux fois. On parle de comment construire un business serein, rentable et durable, sans que la réussite coûte ta santé mentale.

Qu’est-ce que le slowpreneuriat, exactement?

Le slowpreneuriat, c’est le mouvement slow adapté à l’entrepreneuriat. Faire moins et mieux, retrouver un équilibre dans un écosystème qui va de plus en plus vite. Mais Laure insiste sur quelque chose d’important: c’est un « et », pas un « mais ».

Dans sa vision, un business slowpreneur doit être trois choses: serein, rentable, durable.

Serein, ça veut dire que les actions quotidiennes ne sont pas une source de stress constante. Les périodes difficiles existent en business, c’est normal, mais le modèle lui-même ne devrait pas te consumer.

Rentable, ça ne signifie pas juste les dollars. C’est être bien rétribuée pour ses efforts dès le départ, mais aussi ne pas payer le prix fort en énergie. Faire beaucoup d’argent en étant épuisée en permanence, pour Laure, ce n’est pas rentable.

Durable, c’est bâtir une business qui tient dans le temps, et prendre suffisamment soin de toi pour que tu tiennes aussi.

> « C’est comment se construire un business qui soit le plus serein, rentable et durable. Et si on ne prend pas soin de soi, il n’y a pas de business. »

Pourquoi le slowpreneuriat commence avec le burn-out

Laure ne s’est pas tournée vers le slowpreneuriat par philosophie. C’est le burn-out qui l’a menée là.

Pendant des années, elle a cru que travailler fort était la seule voie. C’est l’éducation qu’elle avait reçue, l’environnement dans lequel elle avait grandi. Jusqu’à ce que son corps et sa tête disent stop.

> « Parce que je me suis rendue compte qu’on m’avait menti. Ce système-là ne marche pas. Je suis au fond du saut. Je n’ai plus des bons résultats. »

Sa première année à son compte a coïncidé avec sa première année en tant que mère. Chaotique, elle dit. Mais c’est là qu’elle a découvert quelque chose de fondamental: en faisant les choses à sa façon, les résultats étaient meilleurs, pas pires. Plus confortables, plus fluides, plus rapides.

Le slowpreneuriat, c’est arrivé par survie. Puis par conviction.

C’est un point que je trouve tellement pertinent pour les entrepreneures qui nous écoutent: le rythme intense n’est pas une garantie de résultats. Souvent, c’est l’inverse.

Slowpreneuriat et culpabilité: pourquoi on n’ose pas se choisir

C’est là que la conversation est devenue vraiment dense. Parce que le problème du slowpreneuriat, c’est moins la méthode que les croyances qui t’empêchent de l’appliquer.

La culpabilité de gagner sa vie sans souffrir. La culpabilité de dire non à des clients. La culpabilité de ne pas être disponible 24/7. La culpabilité de demander de l’argent pour ses compétences.

Laure fait remonter ça à notre héritage judéo-chrétien collectif: dans nos sociétés, pour être une bonne personne, il faut avoir souffert. Les saints sont des martyrs. La réussite sans sacrifice, ça dérange.

> « La réussite, ça se mérite au prix de souffrance et d’effort. Il faut que ça soit difficile. On n’a pas le droit, sinon on ne peut pas tout avoir. »

Et pour les femmes, c’est encore plus marqué. Notre génération est en transition: nos grand-mères étaient pour beaucoup femmes au foyer. La femme qui veut réussir professionnellement sans sacrifier sa vie personnelle, c’est encore perçu comme « hors des clous » dans l’inconscient collectif.

Comment est-ce qu’elle aide ses clientes à sortir de ça? Par deux voies. D’abord, l’absurde: pousser les questions jusqu’à ce que la personne réalise qu’il n’y a aucune raison viable de ne pas se respecter. Ensuite, l’action: commencer par des petits pas pour se rendre compte que les gens s’en foutent. Quand tu dis non, le monde continue de tourner.

> « On se fait vraiment une montagne de ce qu’il va arriver si on ose prendre sa place. Globalement, les gens ont vraiment autre chose à faire de leur vie que de nous observer tout le temps. »

Le slowpreneuriat s’applique aussi à la fixation de tes prix

Un des sujets les plus concrets de l’épisode: l’infantilisation de ses clients. C’est le moment où on décide à la place de l’autre qu’il ne peut pas se permettre une augmentation de prix.

Laure est directe là-dessus. Quand tu n’oses pas augmenter tes tarifs parce que tu te fais du souci pour ton client, tu prends une décision pour lui. Et ça, c’est pas ton rôle.

> « C’est en train de dire de ton client qu’il n’est pas capable de se poser la question: est-ce que cette prestation me va toujours ou pas? Faut laisser le choix. »

Ce sont des adultes responsables. Les laisser décider est une marque de respect, pas d’indifférence. Le pire qui peut arriver, c’est qu’ils disent non. Et ça, c’est correct.

La vraie difficulté avec les prix de service, c’est qu’on ne vend pas un produit qu’on peut améliorer de façon tangible. On vend qui on est, son expérience, son expertise. Et se vendre soi-même exige une confiance que la culpabilité érode constamment.

Son conseil: dépassionner la question. Si tu es objective par rapport à ton expérience et l’impact que tu génères chez tes clients, ton prix, c’est ça. Propose-le. Laisse la personne décider. Ils sont souvent plus objectifs sur ta valeur que toi avec ton estime personnelle.

Slowpreneuriat ne veut pas dire renoncer à la croissance

Grosse nuance que Laure apporte: le slowpreneuriat ne signifie pas se croix sur la croissance. Ce n’est pas un plafond. C’est un rythme.

La croissance organique, c’est en fait la norme, dit-elle. Les startups qui explosent en quelques mois, les solopreneurs qui font 100K en six mois, on en parle parce que c’est extraordinaire. Mais dans la vraie vie, la majorité des entrepreneures progressent à un rythme plus tranquille.

Et ça, c’est pas un problème.

> « En ayant une croissance qui est plus organique, tu as plus le temps de t’adapter et de devenir cette nouvelle personne. Les grands sauts en avant, des fois, on n’est pas encore la personne qui est prête à vivre ça. »

Elle le dit par expérience: l’année précédant l’entrevue, elle avait probablement fait le même chiffre qu’avant. Mais elle avait revu ses offres, sorti de nouveaux projets, eu une année tranquille et riche. Des projets qu’elle n’aurait pas pu prendre si elle avait été en mode croissance forcée.

Quand on est en croissance, ça occupe l’espace mental. Quand on fait une pause, l’espace s’ouvre.

Pour toi qui écoutes: la croissance rapide sans infrastructure pour la supporter, ça peut faire mal. J’ai vécu ça. Des centaines de milliers de dollars la première année, sans savoir comment gérer l’argent. La claque des impôts qui suivait. La leçon est restée.

Pour aller plus loin: 3 questions fréquentes

Comment savoir si on est dans le slowpreneuriat ou juste dans la procrastination?

Le slowpreneuriat, c’est faire moins mais de façon intentionnelle et réfléchie. La procrastination, c’est éviter ce qui doit être fait. La distinction principale: dans le slowpreneuriat, tu fais un tri en amont sur quelles actions ont le plus de sens pour toi, et tu les poses avec intention. Si tu évites les actions importantes, c’est une autre conversation.

Est-ce que le slowpreneuriat est compatible avec le fait d’avoir des objectifs de revenus ambitieux?

Absolument. Laure a doublé ses revenus en passant de 70 à 25 heures de travail. Ce n’est pas une coïncidence: en faisant moins, mais en choisissant mieux ce qu’elle faisait, la rentabilité a augmenté. Le slowpreneuriat n’est pas un plafond de revenus. C’est une façon d’y arriver sans se détruire.

Comment répondre aux personnes qui pensent qu’on « ne travaille pas assez »?

La réponse courte de Laure: on ne leur doit pas de justification. La réponse longue: les gens qui réussissent ont tendance à dire qu’ils ont travaillé dur parce qu’ils sentent qu’ils doivent mériter leur succès. La vraie mesure, ce n’est pas les heures, c’est l’impact. Et se justifier sur ses heures, c’est participer à cette culture de la souffrance méritée.

Mes prochaines étapes

Si tu veux aller plus loin sur les thèmes de cet épisode, écoute l’épisode 49 sur la parentalité, le couple, soi et l’entrepreneuriat: comment ne rien sacrifier et l’épisode 91 avec Laurine Bemer sur l’envers de la médaille d’une croissance trop rapide.

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Show notes

Format: Entrevue avec Laure Dodier Durée: 59 min

Sujets abordés:

  • La définition du slowpreneuriat selon Laure Dodier: serein, rentable, durable
  • Comment Laure est passée de 70 à 25 h/semaine en doublant ses revenus
  • Burn-out et reconversion: pourquoi le slowpreneuriat est arrivé par survie
  • La culpabilité de réussir sans souffrir, et comment s’en sortir
  • L’héritage judéo-chrétien et les injonctions sociétales sur la femme qui réussit
  • L’infantilisation de ses clients: quand on décide à leur place
  • Comment fixer des prix à sa juste valeur sans culpabiliser
  • Slowpreneuriat et croissance organique: les deux sont compatibles
  • Les risques de la croissance à tout prix (et comment les éviter)
  • L’image du lit de mort comme outil de recadrage

Liens & ressources:

📝 Lire le transcript intégral

T’écoutes Effrontée épisode 48. Aujourd’hui, on parle de mettre fin à la culpabilité de vouloir le temps et le succès avec Laure Dodier. Laure est de Maslow Boat. Je te la présente aujourd’hui. C’est une pionnière du slow-preneuriat et fondatrice de, comme je disais, Maslow Boat en 2021.

Elle guide les indépendants à faire moins, mieux et à prospérer en étant radicalement eux. En six ans, elle passe de 70 heures à 25 heures de travail hebdomadaire tout en doublant ses revenus et en devenant mère de deux enfants. Sa clientèle est à 99% féminine et elle constate que les injonctions sociétales entravent souvent leur réussite.

Une part majeure de sa mission consiste alors à déconstruire ses croyances, aidant ses clientes à se façonner un slow business sur mesure et à oser vouloir le beurre et l’argent du beurre. Mais on laisse de côté la crémière. Sur ce, bonne écoute!

C’est pas compliqué. T’es amenée de marcher sur des œufs pour pas froisser ceux qui considèrent que t’es juste trop. Pour toi, la vie, ça n’a pas de limite. Plus de cash, plus de temps, plus de succès, plus d’impact. Peu importe ce que tu veux, il n’y a personne qui va t’arrêter de prendre ta place. C’est sincèrement le temps de t’arrêter de cacher tes ambitions.

Je m’appelle Geneviève Gauvin. Chaque semaine, j’anime Effrontée. Le rendez-vous hebdomadaire pour les entrepreneurs insatiables et fiers de l’aide. Ici, c’est le safe space de celles qui osent questionner les modèles et les limites pour faire les choses en grand. Travailler cinq heures par semaine? Why not? Vouloir être millionnaire? Il y a où le problème? Voyager de temps plein et travailler de l’étranger? Où est-ce que je signe?

En plus de te partager mes conseils et mes stratégies pour faire toujours plus en travail en moins, tu vas aussi découvrir des entrepreneurs dont l’ambition est sans limite. On va explorer les secrets de leur succès, leurs chiffres fascinants, puis discuter en paire pour t’inspirer à toi-même à atteindre les sommets dont toi, tu rêves. Je te donne la permission de vouloir toujours plus. Je te donne la permission d’être 100% effrontée.

Je suis présentement avec Laure Dodier de Maslow Boat. Comment ça va, Laure? Écoute, ça va très bien. Je suis hyper contente d’être avec toi pour pouvoir discuter ensemble et impulser un petit peu de déculpabilisation.

Ou, ou, ou. Écoute, surtout, surtout sur un podcast qui s’appelle Effrontée. Exactement. Mais on en a quand même un petit peu de culpabilité parce qu’on dérange les gens souvent. On dérange les gens de différentes façons selon nos opinions, selon nos ambitions, selon tout plein de choses. Et t’as une différente approche sur l’ambition, je te dirais, même des messages que tu véhicules.

Ça fait quelques années qu’on se connaît, qu’on se parle fréquemment en DM justement sur Instagram. Puis je crois, tout ça, c’est parti du fait qu’on partage un message qui est assez similaire. Faire moins, mais mieux choisir. Complètement. Ton message à toi est en lien avec le slowpreneuriat. C’est ça. Ça inclut aussi, disons, une dimension reliée au temps. À éviter le hustle pour se concentrer sur les choses qui font du sens pour nous. Puis bâtir son rythme. Exactement.

Mais avant toute chose, est-ce que tu peux nous décrire c’est quoi ta définition du slowpreneuriat? Oui. Alors, le slowpreneuriat, la définition globale, comme tu l’as dit, c’est le mouvement slow adapté à l’entrepreneuriat. Donc, comment faire moins et mieux? Je préfère dire « et » plutôt que « mais » parce que ce n’est pas négatif. C’est les deux. C’est les deux et donc de retrouver un équilibre dans un écosystème qui va de plus en plus vite et ce qui est plutôt pas mal le cas dans l’entrepreneuriat avec beaucoup de pression, etc.

Et le slowpreneuriat sauce Ma Slow Boîte, c’est comment se construire un business qui soit le plus serein, rentable et durable. Je vais expliquer un peu ce que j’entends par là parce que c’est des notions qui sont très larges. Ce que j’entends quand je respire par le plus serein, c’est que ça ne soit pas une source de stress au quotidien. Donc, je ne parle pas de il y a un événement côté commercial ou une période où ça va un peu moins bien. Et c’est normal, c’est du business. Il y a des périodes qui sont un petit peu plus stressantes que d’autres et ça, c’est OK. Mais je parle vraiment que dans les actions qu’on fait au quotidien, ça ne soit pas une source de stress. Donc, c’est ça qu’on va rechercher en fait dans l’entrepreneuriat.

Le plus rentable possible, c’est qu’on soit justement rétribuée déjà financièrement pour les efforts qu’on fait et ce dès le départ et pas juste au bout de trois ans quand on a atteint un certain niveau. Mais aussi en termes d’investissement en énergie, c’est-à-dire ça rentre aussi en ligne de compte parce que si on fait beaucoup d’argent, même en travaillant peu, mais qu’on est complètement épuisée, pour moi, ce n’est pas rentable sur le coût pour notre bien-être et sur notre santé, ce n’est pas bon.

Et puis, le plus durable possible, c’est avoir déjà un business qui dure dans le temps, mais que pour soi aussi, on prenne suffisamment soin de soi pour tenir dans le temps parce que ce n’est pas la moitié d’une affaire quand même le business. Donc, c’est tout ce qu’on va mettre en place pour ça.

Je trouve ça intéressant parce que tu amènes une notion presque écologique dans le sens où le mot durable, on l’entend aussi beaucoup dans tout ce qui est, mettons, par exemple, les productions en forêt amazonienne, ce genre de choses-là, où on veut faire en sorte que les impacts aussi sur l’écosystème soient positifs. Donc, finalement, c’est la même chose.

Mais en fait, c’est intéressant. Et tu vois, dans le slowpreneuriat, il y a pas mal de gens qui sont justement dans cette mouvance autour de l’environnement. Moi, ça fait partie de mes valeurs personnelles, mais ce n’est pas spécialement ce que j’impulse chez Ma Slow Boîte. J’ai des clientes qui sont très tournées là-dessus et d’autres pas spécialement. Et c’est vraiment prendre soin de soi. Et puis, oui, faire tant qu’à faire des business qui vont avoir un impact positif, que ce soit sur le social, sur l’environnement ou peu importe. Mais durer aussi soit dans le temps parce que ce n’est pas rare les gens qui donnent beaucoup pour les autres et qui, justement, ne durent pas parce qu’ils se sont oubliés dans la balance.

Pourquoi est-ce que c’est un concept qui est important pour toi? Comment est-ce que tu en es venue à découvrir ça et l’appliquer dans ta vie? Parce que je me suis rendue compte qu’on m’avait menti. Qui t’en mentit? Qu’est-ce qu’on t’a dit? Le monde! Le monde m’a menti! Le monde du travail s’est joué de moi.

Ce qui m’a amenée là, honnêtement, je pense que là, il y a six ans de ça, on aurait entendu parler de slowpreneuriat, elle aurait rigolé. Parce que si on veut réussir, il faut faire ce qu’il faut. Il faut se donner beaucoup. C’est tout à fait normal. C’est l’éducation que j’ai eue et c’est l’environnement dans lequel j’ai grandi, y compris dans ma vie professionnelle.

Pourquoi je dis on m’a menti? Parce que, tristement, comme beaucoup de monde, ça m’a menée au burn-out. Et au-delà de l’impact physique qui s’est eu sur moi, je me suis dit, mais en fait, ce système-là, il ne marche pas. Ça ne marche pas, puisque là, je ne suis plus capable d’aller plus loin, puisqu’en fait, je suis au fond du saut. Je n’ai plus des bons résultats.

Donc moi, ce burn-out, c’est ce qui m’a fait me mettre à mon compte. Et l’autre chose qui m’a amenée à ça, c’est de tomber enceinte en même temps. Ce qui n’était pas prévu à ce moment-là. Mais accueillie avec joie. Mais du coup, ma première année à mon compte a été aussi ma première année en tant que mère. Et ça a été chaotique.

Oui, oui, been there. Voilà. Ça a été vraiment chaotique parce que je travaillais déjà moins. Parce que pour moi, par contre, c’était très clair qu’avec un bébé, je ne comptais plus travailler les soirs, les week-ends, etc. Mais je n’avais pas du tout encore trouvé comment conjuguer. Je travaille moins, mais je veux quand même travailler et gagner ma vie.

Je suis venue au slowpreneuriat sans savoir que ça s’appelait comme ça au départ. Un peu par survie. En me disant, de toute façon, je n’ai pas le choix. Il faut que je trouve des moyens de travailler et de gagner ma vie en moins de temps. Et je ne peux plus subir ce stress-là.

Et ça m’a semblé plus facile à maîtriser côté professionnel que côté personnel. Parce que côté personnel et avec les enfants, ce n’est pas encore tout à fait slow. J’essaie, mais c’est plus difficile. Et en fait, pour moi, je trouve que le business, c’est vraiment tellement plus simple pour moi d’aménager les choses pour son entreprise que de maîtriser quoi que ce soit dans sa vie personnelle et familiale.

Donc, moi, ça a été pour moi la solution la plus simple pour sauver ma santé mentale. C’est de me dire, bon, la maternité, je patauge. Mon enfant, il grandit. Il fait ce qu’il peut aussi. Voilà, ça, je ne sais pas trop comment faire pour le moment. En revanche, je suis sur mon travail et j’ai les moyens d’agir.

Et je me suis rendue compte, surtout à ce moment-là, qu’en faisant les choses à ma manière, et ça a été un énorme déclic pour moi, en faisant les choses à ma sauce, ça marchait tellement mieux, même si ce n’était pas les méthodologies qu’on m’avait enseignées. Ça m’avait plus de résultats, c’était plus confortable, c’était plus facile, c’était plus rapide. Voilà, donc j’ai fait un gros tri à ce moment-là. Et après, j’ai découvert le mot slowpreneuriat. J’ai fait, hey, c’est cool d’avoir un mot qui ressemble à tout ça.

D’appliquer tout ça. Puis il y a quelques instants à l’introduction, je terminais ton introduction en disant, une part majeure de sa mission consiste alors à déconstruire ses croyances, aidant ses clientes à façonner un slow business sur mesure, à oser vouloir le beurre et l’argent du beurre. Qu’est-ce que ça représente le beurre puis l’argent ici?

Il y a un côté un peu provocateur, parce que cette expression, souvent, on l’utilise pour dire qu’on ne peut pas vouloir le beurre et l’argent du beurre. Et en fait, pour moi, le beurre et l’argent du beurre, c’est avoir un business qui nous permet de gagner notre vie et d’atteindre les objectifs de vie qu’on veut, et tout en gardant du temps et de l’énergie pour profiter de tout ça.

Et je crois que c’est encore quelque chose d’assez peu assumé par beaucoup de gens, parce qu’il y a cette idée très, très ancrée. Je pense que c’est pareil au Québec et en France, que la réussite, ça se mérite au prix de souffrance et d’effort. Il faut que ça soit difficile. On n’a pas le droit, sinon on ne peut pas tout avoir.

C’est d’accord qu’on ne peut pas tout avoir. En général, on peut avoir le beurre, l’argent du beurre, mais j’aimerais qu’on laisse la crémière tranquille, déjà parce que c’est très sexiste. Mais aussi parce que, oui, évidemment qu’il y a une contrepartie. Donc moi, aujourd’hui, mon travail ne me génère plus du tout de stress au quotidien, en dehors de périodes particulières commercialement. Je gagne ma vie de mieux en mieux, mais j’accepte, en contrepartie, que ça me prenne peut-être un petit peu plus de temps que d’autres. Mais à terme, je ne suis pas sûre que ça soit plus long.

Parce que chaque pas est réfléchi. Oui, en fait, c’est un peu ça. Et tu sais, c’est un peu comme les petits enfants entre 0 et 3 ans, ils n’avancent pas du tout au même rythme. Et donc tout le monde met en avance que son enfant est précoce. Il a fait les dents tôt, il parle tôt, il marche tôt, etc. Mais en fait, à partir de 3 ans, tout le monde est à peu près au même niveau. Moi, c’est un peu comme ça que je vois pour le business. C’est-à-dire que peut-être que dans la construction et dans la croissance, ma croissance est peut-être plus douce que d’autres. Mais par contre, j’essaie de construire quelque chose de plus pérenne dans le temps.

Quand on veut tout, le succès, et le temps et la qualité de vie. On ne veut pas faire de compromis pour ça aussi. Ça vient avec un travail sur le mindset à faire quand même. Puis pour beaucoup de tes clientes, ça vient aussi avec sa part de culpabilité. On en a parlé tantôt, justement, qu’on allait l’aborder. C’est un sujet que je voulais qu’on parle parce que pour être réellement bold, pour être réellement effrontée, tu n’as comme pas le choix de gérer ces émotions-là qui sont des trucs qu’on se fait dire par la société, le monde, finalement, qui nous manque.

Donc, en général, comment est-ce que ça se présente chez tes clientes? Pourquoi est-ce qu’elles culpabilisent? Alors, ça s’exprime dans plein de champs. C’est rigolo, juste avant, j’étais avec mes clientes, je leur disais qu’on allait parler de ça. Elles ont fait « Oh là là, mais tu as de quoi dire? » Oui.

Là où ça va se rencontrer le plus souvent, c’est la culpabilité de gagner sa vie correctement sans souffrir, sans faire de sacrifice. La culpabilité de dire non à des clients, à des partenaires ou des fois même à ses proches pour pouvoir travailler. La culpabilité de ne pas être assez réactive et de ne pas répondre immédiatement et du coup de ne pas respecter son temps. La culpabilité de vendre, de demander de l’argent pour ses compétences.

Donc, c’est souvent tout ça et c’est très lié finalement à la volonté d’être altruiste, de faire du bien aux autres et il y a quand même beaucoup de personnes où on se lance en business pour apporter des solutions. Donc, a priori, on a envie d’être là pour les autres, pour soi aussi mais pour les autres et sur un gros côté people pleaser.

Et je pense qu’aussi, c’est beaucoup plus présent chez les femmes parce qu’en plus, dans notre éducation et notre société, c’est quand même pas très poli tout ça, de vouloir le beurre et l’argent du beurre, de ne pas refuser une certaine souffrance. Ça s’exprime dans plein de champs et souvent, c’est pas exprimé toujours comme de la culpabilité mais moi, je le vois dans les hésitations quand je pose des questions genre c’est quoi tes objectifs de chiffre d’affaires. Il y a une espèce d’hésitation et un côté « je suis désolée mais… ». On sent que c’est difficile à sortir parce qu’il y a cette peur d’en demander trop.

De mon analyse c’est très lié à notre histoire avec un grand H et le fait qu’on est dans les sociétés occidentales, on a quand même un héritage judéo-chrétien qui est très présent. C’est pas une question d’être religieux ou pas mais nos sociétés ont été bâties sur ces valeurs-là et dans l’inconscient collectif il y a quand même cette idée que les gens qui sont les saints sont quasiment tous des martyrs. C’est-à-dire que pour être élevés au rang suprême il faut s’être sacrifié. Donc il y a quand même cette idée qui est très ancrée sociétalement que pour être une bonne personne, il faut avoir souffert.

Et ça, ça peut paraître dérangeant parce qu’en plus si on est athée par exemple on peut se dire mais moi je m’en fiche de ça. Mais c’est inscrit dans ce qu’on nous divulgue comme message. Par exemple tu regardes tous les gens qui ont réussi et qui font partie de familles qui ont réussi aussi. Ces gens-là doivent redoubler d’efforts pour expliquer qu’ils méritent leur réussite même si leurs parents sont riches, leurs parents ont des contacts etc. On n’accepte pas en fait que quelqu’un puisse réussir sans souffrir.

Et puis on est des femmes. Je crois que c’est encore plus difficile pour une femme aujourd’hui de dire: oui, je veux travailler, oui éventuellement je veux avoir une vie sociale et familiale comme je l’entends qui m’épanouit, et je veux avoir du temps pour moi. Notre génération, nos grand-mères étaient encore pour beaucoup femmes au foyer. Et nos mères ont grandi avec des mères qui étaient femmes au foyer. Donc c’est encore récent finalement cette idée de femmes qui veulent réussir professionnellement. On est un peu la génération en transition.

La femme aussi de façon traditionnelle, c’est elle qui care, c’est elle qui prend soin, c’est elle qui se sacrifie pour sa famille. De vouloir être la provider, d’être la mère si c’est quelque chose qu’on veut, d’être la femme qui prend soin plus qui prend soin d’elle, c’est tellement challengeant parce que t’es pas dans ton rôle traditionnel. Même si les gens qui regardent ne sont pas croyants ou religieux, même s’ils ne se sentent pas concernés par ça. C’est juste comme ça que notre société s’est bâtie sur ces valeurs-là.

Comment est-ce que tu aides tes clientes à penser par-dessus ça? Souvent c’est par deux biais. Moi j’aime bien travailler avec un peu l’absurde. C’est-à-dire par exemple poser la question: « mais pourquoi tu le mérites pas? Pourquoi tu le mérites pas? » Et les gens sont là « mais pourquoi pas? » Non non pas « pourquoi pas », en fait c’est pousser à des réflexions de: non non mais vas-y, pose des choses sur pourquoi tu le mérites. Verbalise ta fierté.

Souvent c’est les amener à se poser des questions comme ça et pour les faire se rendre compte qu’il n’y a pas vraiment de raison viable pour ne pas le faire. Ça passe aussi beaucoup par l’action. C’est-à-dire que petit à petit en n’osant faire des petits pas pour se respecter plus, elles se rendent compte d’une chose essentielle: c’est que les gens s’en foutent. En fait les gens quand on leur dit non, ça va bien pour eux la plupart du temps. Ils ne vont pas avoir une journée horrible à cause de nous parce qu’on n’est pas disponible tout le temps. Les gens, ça va aussi.

C’est une prise de conscience que j’ai eue aussi. C’est de me rendre compte qu’on se fait vraiment une montagne de ce qu’il va arriver si on ose prendre sa place alors que globalement les gens ils ont vraiment autre chose à faire de leur vie que d’être en train de nous observer tout le temps.

Il y a un exemple que j’avais entendu je ne sais plus quel coach avait dit ça à propos des gens qui sont très timides et qui n’osent pas prendre la parole en public. Et cette personne disait: est-ce que c’est pas un peu se prendre pour le centre du monde? Parce que oui les gens s’en foutent. À partir du moment où tu te dis « oh là là je vais faire quelque chose, tout le monde va me juger », c’est aussi présupposer que tout le monde a un regard porté vers toi alors qu’en vrai les gens s’en foutent.

Même de façon business, tu sais, avec Instagram, avec l’algorithme, il y a beaucoup de nos courriels que les gens ne les ouvrent pas tous, exactement, ils ne lisent pas tous les captions parce qu’on n’est pas le centre de leur vie. Tout le monde est le centre de sa propre vie.

Donc en général ça passe par là. Mais c’est beaucoup de cas par cas parce que tout le monde a son histoire. Ça dépend aussi d’où viennent ces croyances. Mais cette combinaison de pousser leur questionnement pour qu’elles se rendent compte que c’est finalement assez absurde et commencer à agir et se rendre compte que ça se passe bien, petit à petit, voilà.

C’est un problème qui est typiquement féminin, je te dirais, la culpabilité en affaires surtout au niveau du succès. De quoi est-ce qu’on pourrait s’inspirer selon toi chez les hommes pour s’endurcir? Je crois qu’ils font beaucoup moins de films dans leur tête. Je m’imagine moins les pires scénarios possibles. J’ai l’impression en tout cas quand je discute avec des hommes de mon entourage, souvent la réaction c’est « oh là là mais qu’est-ce que tu prends la tête. »

Et du coup je suppose que beaucoup d’hommes sont plus dans la réaction de ce qui leur arrive que dans l’anticipation de ce qui pourrait arriver. Ils évoluent aussi dans une société qui les pousse moins à la culpabilité. Et d’ailleurs les hommes, parce que j’en ai quand même certains avec qui je m’échange, le slowpreneuriat ils ne se l’autorisent pas parce qu’on attend d’eux encore plus de performances. Ils ont aussi leurs problèmes. Ce n’est pas parce qu’ils n’en ont pas besoin, c’est qu’ils ont l’impression que ça ferait d’eux des moindres hommes.

Non, je pense qu’on peut s’inspirer sur le fait que je crois qu’ils sont souvent plus dans « bah on verra bien. » Et je crois qu’ils ont pour beaucoup moins de problèmes d’estime d’eux et de confiance en eux professionnellement. Parce qu’ils sont aussi plus avantagés depuis plus longtemps. Ils partent déjà avec des points d’avance. Donc ils osent plus parce qu’ils sont plus en confiance, parce qu’ils ont moins à lutter pour ça. Mais c’est vrai que au final là-dessus ils ont plutôt raison, parce que le pire qui puisse arriver c’est qu’on me dise non. Et apprendre à dealer avec ça, ça aide énormément.

Il y a une autre chose dans la même catégorie: l’infantilisation de nos clients par rapport au prix qu’on charge. Peux-tu m’expliquer le concept, dans quelle situation est-ce que les entrepreneures infantilisent leurs prospects selon toi? Ce que je remarque beaucoup, c’est quand des clientes veulent augmenter leurs tarifs parce que pour elles c’est juste, mais elles sont là « oh là là comment ils vont le prendre » et il y a cette impression de « je vais les mettre en difficulté. » Et en discutant avec une cliente en individuel, elle me disait qu’elle avait l’impression d’être la mauvaise personne qui allait avoir un impact négatif sur la boîte de son client. Et en discutant avec elle je lui dis: oui mais en fait t’en sais rien de quels sont ses choix, t’es pas dans sa tête. Et je fais: c’est une grande personne.

Et je crois que en tant que femmes qui prenons soin des autres, avec un esprit maternel qu’on ait des enfants ou pas, il y a cette idée de « j’ai envie de cocooner mes clients, j’ai pas envie de leur amener quelque chose qui va les mettre dans une position difficile. » Sauf que quand on est à son compte, on est au même niveau que nos clients. On n’est pas leurs salariées, on n’est pas leurs subordonnées. On est une chef d’entreprise.

Moi j’aimerais pas qu’on me propose pas quelque chose même de plus cher en se disant « ah non non je veux pas t’embêter. » Je crois que je le prendrais mal. Ça m’arrive aussi dans un autre univers de ma vie: tu sais, des fois il y a des événements où les gens vont pas m’inviter parce qu’ils font des suppositions sur ce que je vais ou pas vouloir faire. Et j’étais comme: mais pourquoi tu décides pour moi? Je suis une grande personne, je suis capable de faire mes propres choix.

C’est exactement ça l’infantilisation. Quand tu n’oses pas augmenter tes tarifs par rapport à comment ton client pourrait le prendre, en fait tu prends la décision pour lui. Et ça c’est pas normal. C’est des grandes personnes. On peut prendre des décisions pour nos enfants tant qu’ils sont mineurs. Mais nos clients, c’est pas nos enfants.

Donc si tu veux augmenter tes tarifs parce que tu estimes que tes tarifs sont plus ajustés par rapport à la valeur que tu offres, de dire « non non, pour lui je vais pas l’augmenter », c’est en train de dire de ton client qu’il n’est pas capable de se poser la question: est-ce que cette prestation me va toujours ou pas? Faut laisser le choix.

Et en voulant prendre soin des autres, on oublie qu’on n’est pas face à des petits enfants qui ne sont pas capables de prendre des décisions. On est face à des adultes qui ont monté leur boîte la plupart du temps. Donc il n’y a aucune raison. Et d’autant plus si on sait qu’on arnaque les gens, qu’on soit inconfortable, c’est normal et là on a le droit d’être coupable. Mais quand on essaie de faire les choses bien et qu’on sait qu’on veut juste faire du bon boulot et que pour ça on a besoin d’être mieux rétribuée, il faut laisser le choix à l’autre.

Je crois qu’il y a un côté, attention « unpopular opinion », c’est presque un peu un manque d’humilité de la part de la personne qui prend les décisions pour les autres. Genre « oulala je vais lui éviter cette peine, moi je sais ce qui est bien pour elle. » Et je m’inclus dedans parce que j’ai longtemps fait ça. Donc il n’y a pas de jugement. Mais des fois moi ce qui m’a fait le déclic c’est aussi de me rendre compte: non mais c’est pas mon rôle. Et je suis qui pour décider à leur place quel budget ils veulent investir là-dedans? Ça leur appartient.

Je suis contente que tu ramènes le slowpreneuriat en arrière parce que je veux revenir sur ce concept-là. C’est quoi ta vision de la croissance en business à travers le slowpreneuriat? Est-ce qu’on doit mettre une croix sur la croissance rapide? Pas forcément non, pas forcément. Mais pour moi c’est plus une question de rythme que de but.

Je crois qu’on a un espèce de biais sur la rapidité à laquelle se développent les entreprises parce que les entreprises dont on parle le plus, ce sont les startups et les solopreneurs qui ont des croissances extrêmement rapides. C’est normal parce que c’est extraordinaire donc on en parle plus. Mais dans la vraie vie je crois qu’en fait tout le monde est plutôt sur un rythme slow. La majorité des gens à leur compte, finalement, sont sur des croissances organiques.

Alors oui il y a des gens qui réussissent très vite très fort parce qu’ils travaillent beaucoup, et il y en a beaucoup c’est au détriment de leur santé. Les startups c’est très joli mais quand tu vois l’état de très nombreuses personnes là-dedans c’est assez catastrophique. Et puis il y a des gens qui ont mis les bonnes actions au bon moment et puis il y a une part de chance là-dedans.

L’idée, c’est plus de se dire: non je ne tire pas un trait sur la croissance. Si j’ai envie de croître, on a le droit de croître, c’est tout à fait ok. Mais c’est plus d’avoir un rythme organique. Et moi je trouve un gros intérêt à ça: on a le temps de s’adapter aux évolutions. Parce que en fait les grands sauts en avant, des fois on n’est pas encore la personne qui est prête à vivre ça.

C’est un excellent point, c’est un excellent point. De vivre un plateau avant une croissance, ça fait en sorte que tu es prête à prendre la croissance. Oui. Et moi c’est un témoignage que j’entends beaucoup justement chez les gens qui ont des croissances très rapides: « je n’ai pas eu le temps de m’adapter et en fait c’est dur. » Et en plus c’est des gens qui là culpabilisent de se plaindre alors qu’ils réussissent.

Moi mon début en entrepreneuriat, c’est passé dans la phase extra rapide. Et je sais plus quoi faire dans le sens où on a lancé un produit avec les bonnes personnes sur la bonne audience, un bon fit, des centaines de milliers de dollars la première année. Mais au final on savait pas comment gérer l’argent, c’est une grosse claque d’en face les impôts ensuite. C’est une espèce de chute ensuite qui a suivi parce qu’on dépensait trop. Donc ça peut être un piège en fait de chercher cette croissance à tout prix sans être la personne qui est capable de la supporter.

Mais alors dans une moindre mesure j’ai vécu la même chose l’année dernière. J’ai eu plus d’argent que j’ai jamais eu sur mon compte bancaire de ma vie et je rentrais en congé maternité. Et mon compagnon à ce moment-là s’est pris un très gros rattrapage des impôts. Et là j’ai fait… Et c’est très bien comme tu dis, c’est pas parce qu’on a de l’argent qu’on sait le gérer. Donc depuis j’apprends parce que moi aussi j’étais là « t’inquiète, maman a de l’argent, je prends en charge les vacances… » Et ben je m’en suis bien mordu les doigts. Parce que en fait j’avais jamais appris à gérer beaucoup d’argent.

Mais aujourd’hui c’est ça qui m’a fait prendre conscience de cette valeur de la lenteur aussi. C’est en y allant trop vite. Oui, ça peut être frustrant des fois parce qu’en plus on n’attend plus pour rien aujourd’hui donc il faut réapprendre à la patience. En plus on se compare aux entrepreneurs qu’on voit qui ont souvent des croissances fulgurantes donc il faut arriver à prendre du recul par rapport à ça. Mais en vrai, qu’est-ce que c’est serein.

Moi aujourd’hui j’ai pas cette inquiétude de « est-ce que je vais être prête pour le pas suivant? » Parce qu’en fait le pas il vient vraiment de manière plus progressive. Depuis que je suis à mon compte j’alterne comme ça: croissance, je me stabilise, et en général ce que je baisse c’est le nombre d’heures donc j’augmente ma rentabilité, et puis après j’aurai une croissance et puis je baise mon temps de travail. Et là je suis à un stade où j’ai un temps de travail qui me convient très bien. Je suis plus dans l’optimisation de l’énergie que j’y mets et là je repars dans une phase de croissance.

Mais tu vois, cette année j’en ferai probablement pas parce que le monde du business en ligne il y a eu beaucoup de changements en 2022-2023, le marché change. Donc ça m’a pris une année de m’adapter: revoir mes offres, adapter, sortir de nouvelles choses. Je vais probablement faire le même chiffre d’affaires qu’l’année dernière. Mais en fait ça a été une année tellement tranquille, intéressante. Et je sais pas, je suis hyper contente de ce que je fais, des nouveaux projets. Et je l’aurais probablement pas fait si j’avais une croissance tu vois. T’aurais pas pu les prendre nécessairement. Ouais les nouveaux projets ça se prend quand on a de l’espace.

Ben ouais. Et l’air de rien quand tu es dans une phase de croissance ça t’occupe pas mal l’esprit parce que tu mets des actions en place pour ça. Moi je trouve beaucoup de goût dans la stagnation finalement.

Est-ce que t’as un message en terminant pour les entrepreneures qui écoutent qui sont elles aussi interpellées par cette vision du succès et qui préfèrent le temps aux euros? Comment est-ce que tu peux les aider à se choisir avant tout?

Penser à votre lit de mort. C’est horrible mais… Ah franchement non mais c’est glauque, c’est hyper glauque. C’est si vrai mais c’est tellement vrai. C’est un reality check pour moi. En fait je pense que c’est très lié au regret. Il y a quelque chose qui aide beaucoup: on n’est jamais garantie, quelles que soient les actions qu’on va faire, que ça va être un succès, parce qu’on maîtrise finalement assez peu de choses. Mais par contre quand on a fait des choix en partant de soi et en prenant la décision qu’on trouve la plus juste pour soi sur le moment, quand ça échoue on le regrette pas. On se dit « j’ai fait du mieux. » Et puis c’est ce genre d’échec après lesquels on rebondit.

Alors que quand on fait des choix pour suivre le mouvement des autres ou pour faire comme les autres, et en plus on le sent que c’est pas ce qu’il faut, là le regret il est vraiment difficile à vivre. Donc en fait vous risquez pas grand chose si vous partez de vous-même. Il y a jamais rien qui vous garantira le succès ou l’échec, on sait pas. Donc autant faire le choix de ce qui sera le moins douloureux et c’est partir de soi.

Et ça rejoint les regrets. Je pense qu’on est la génération qui avons les moyens aujourd’hui de s’autoriser ça, sociétalement. Et il faut le saisir. On n’est plus obligée d’abord souffrir pour après prendre du bon temps. Donc il faut attraper la perche.

C’est la bonne conclusion à cet épisode-là. 100%. Écoute, merci d’être venue partager tout ça, d’avoir donné une espèce d’autre perspective aussi sur le succès puis l’ambition parce que écoute, c’est autant dérangeant à la limite de se choisir autant que de choisir l’argent, de choisir un autre type de lifestyle.

Où est-ce que les gens peuvent te retrouver sur Internet? Alors je suis assez active sur Instagram à rebase Maslow Boat, sur LinkedIn aussi même si j’apporte les choses de manière un peu différente parce que j’ai pas la même cible. Et puis sur mon site web www.maslowboite.com, il y a toutes les infos les freebies les offres tout, il y a tout.

Fabuleux. Ben écoute, toi qui écoutes, si tu veux retrouver tous ces liens-là, ben tu peux te rendre au genevievegauvin.com/effrontée-48. Et ben évidemment si t’as aimé l’épisode d’aujourd’hui, si on t’a amené une nouvelle perspective un petit peu sur ton rythme de travail, sur comment est-ce que tu peux bâtir les choses et avoir un succès tout de même, partage l’épisode dans tes stories sur Instagram. Tag mon compte @_genevievegauvin et celui de Laure @maslowboite pour nous dire c’est quoi la chose que tu retiens de notre discussion. Et évidemment on a super hâte de savoir qu’est-ce que t’en as pensé.

Laure, un énorme merci d’être passée sur Effrontée, c’était une excellente discussion qu’on a eue en personne pour la première fois donc écoute, ce n’est que partie remise pour une prochaine discussion. Avec plaisir, merci beaucoup pour l’invitation. Bonne journée guys, on se reparle la semaine prochaine, bye là!

T’as aimé l’épisode? Évidemment vu que t’es rendu jusqu’ici. Merci beaucoup pour ton écoute en passant. Si tu veux supporter Effrontée, la meilleure façon de le faire c’est de me laisser un témoignage sur Apple Podcast. Va sur l’application Apple Podcast puis tape « Effrontée » dans la barre de recherche. Une fois que tu m’as trouvé, clique sur « S’abonner » puis descends en bas de la liste d’épisodes jusqu’à la section « Évaluation et avis ». Puis à partir de là c’est à toi de jouer. Laisse-moi 5 étoiles si t’aimes le contenu du podcast puis laisse-moi un témoignage. Dis-moi pourquoi t’écoutes le podcast puis comment est-ce que ça a un impact sur ta business puis ta vie. Un énorme merci d’avance d’avoir pris le temps. C’est vraiment des gens comme toi qui font que le show continue. À la semaine prochaine, là!

Pis toi? T’en as pensé quoi?

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